Stephen Brun: "Une aventure inimaginable"

Stephen Brun: "Une aventure inimaginable"

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Ex-chien fou du basket français, pas tout à fait assagi encore, l'ancien international Stephen Brun vit une "aventure inimaginable" avec Nanterre, qu'il peut conduire en finale du Championnat de France en cas de deuxième victoire sur Chalon-sur-Saône mercredi.

Avant-dernier budget de ProA, Nanterre est en passe de réaliser un exploit extraordinaire contre le champion en titre dans son petit Palais des sports que Stephen Brun a découvert il y a deux saisons. Auparavant, il a vécu la disgrâce en France, l'exil à Lausanne pour 500 euros pas mois, conduit sans permis en Croatie, connu l'équipe de France sous Michel Gomez. Et gagné le titre de champion avec Nancy, avant d'atterrir à Nanterre pour une expérience nouvelle qu'il raconte à l'AFP.

- Nanterre à une victoire de la finale de ProA, c'était envisageable ?
Stephen Brun: "Pas du tout, pas du tout ! Déjà, l'année dernière, on a fait une superbe saison, et je pensais que ça allait être un enfer pour faire aussi bien et même se maintenir. Alors, imaginer une finale de Coupe de France et une demi-finale de ProA, c'était juste impossible, une aventure inimaginable."

- Comment l'expliquer ?
SB: "Il y a plein de raisons: l'entraîneur, les hommes, la mayonnaise qui  prend. Le groupe s'est aussi construit dans le deuil. Cet hiver, David Lighty a perdu sa maman. Il y a quinze jours, en déplacement à Limoges, j'ai trouvé le préparateur physique en larmes par terre à l'hôtel. Son papa venait de mourir. On est quatre ou cinq dans l'équipe à avoir été très proches de Thierry Rupert.  Trois décès, ça fait beaucoup dans une saison. Ça nous a soudés."

- Les moyens sont pourtant limités...
SB: "C'est sûr qu'au niveau des infrastructures... A Nancy, c'était belle salle et beaux hôtels. A Nanterre c'est Campanile et voyage en bus. En arrivant, le club nous a mis dans un appart', c'était dans un vrai bloc. Je  suis revenu de mon premier entraînement et j'ai trouvé ma femme en pleurs qui me disait: il faut qu'on parte d'ici."

- Pour certains, Nanterre en demi-finales avec sa petite salle illustre aussi la faiblesse de la ProA aujourd'hui...
SB : "Ce qui est sûr c'est qu'on a pris un retard énorme. En Euroligue, au  bout de deux mois, il n'y a plus d'équipe française. C'est catastrophique. J'espère que ça va se faire avec les Qatariens au Paris-Levallois. Car je ne  vois pas un mécène français arriver et balancer des millions dans le basket."

- Nanterre n'est plus si loin d'une qualification en Euroligue...
SB : "Ce serait énorme mais ça créerait des problèmes. C'est déjà le bazar pour organiser une demi-finale de Championnat de France chez nous. Alors, imaginez pour l'Euroligue. Spanoulis (MVP de l'Euroligue), il va arriver et il va dire: bon elle est où la vraie salle ? Pas celle de l'échauffement."

- Votre avenir vous le voyez à Nanterre ?
SB : "Moi j'aimerais bien rester. J'ai toujours dit à mes potes que Paris était une ville pourrie. Au final c'est pas mal, il y a plein de trucs à faire, toujours quelque chose d'ouvert. Et puis ma femme est en CDI, mon fils est bien et j'adore mon boulot de commentateur sur Sport+. Alors, bien sûr, ça me fait  chier qu'on ait une petite salle, qu'on ne soit jamais télévisé. Mais je n'ai  plus 22 ans où tu vas n'importe où pour 500 euros de plus."

- Depuis vos débuts, le basket français a-t-il beaucoup changé ?
SB : "Il est devenu plus athlétique mais il y a moins de cerveau. Et puis, les temps ont changé. Le casque sur les oreilles, les Ipad, maintenant c'est comme ça. J'aurais aimé être de la génération d'avant, celle des Sciarra,  Bonato et Foirest. Rester à table, boire le café et écouter leurs histoires pendant des heures. Mais je ne critique pas. Moi aussi j'ai un casque."

 

AFP