JSF Nanterre 2013
La joie des Nanterriens | AFP PHOTO / FRED DUFOUR

Nanterre : Après l’euphorie, la réflexion

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Champions de France de Pro A samedi soir, les joueurs de Nanterre ont célébré leur exploit tout le weekend et se sont réveillés ce lundi matin les idées encore engourdies par l’immense exploit réalisé face à la SIG. L’ivresse du titre est encore bien présente, mais le « petit » club géré par la famille Donnadieu depuis près de quarante ans devra vite se remettre au travail. L’objectif : poser au plus vite des bases stables qui permettront à la JSF de supporter son nouveau statut.

Quelles ambitions ?

L’histoire est désormais bien connue. Parti du plus bas échelon départemental en 1987, la JSF Nanterre s’est depuis hissée, sous la houlette de son coach Pascal Donnadieu, vers l’élite du basket français. Onze montées, aucune relégation, la Pro A en 2011, le titre deux ans plus tard, et un entraîneur qui ne sait « plus quels mots employer ». L’exploit était encore inconcevable mi-saison, où le club luttait pour se maintenir, ou même à l’orée des play-offs, que les verts abordaient en outsiders avant de faire tomber la meilleure équipe de la saison régulière (Gravelines), le champion en titre (Chalon) et le plus bel effectif de France (Strasbourg). Mais si tous les joueurs de Nanterre ont su se transcender au meilleur des moments le club va forcément vouloir chercher à recruter, cet été, un ou deux poids lourds pour ne pas prendre le risque de s’effondrer à la rentrée prochaine.
« Doubler Pro A et Euroligue, c’est dur » confirme Jean Donnadieu, le président du club, dans les colonnes de l’Équipe.
« Il faudra faire attention à ne pas chuter dans les deux compétitions. Nous voulons montrer qu’on peut faire de bonnes choses avec des moyens inférieurs ».

En effet, la JSF n’aura pas le droit de se permettre des folies financières. Avec 2,6 millions d’euros au compteur – dont la quasi-moitié provient actuellement des aides de la mairie de la ville – il n’est pas question d’attirer des stars surpayées. Modestes toute la saison, les dirigeants nanterriens devront le rester, bien que la barre des 3 millions devrait être franchie grâce aux sponsors. « S’ils ne viennent pas d’eux-mêmes après ce qu’on a montré, ce serait désespérant », estime Jean Donnadieu. « Cela mérite qu’on soit aidés pour assumer nos responsabilités à l’échelon européen ». Et, avant toute chose, que le club « se structure », rajoute Stephen Brun. « Qu’on déleste un peu de poids à Pascal qui fait tout, il est coach, il est manager, il va balayer les appartements ! » Une situation peu adaptée au standing Euroligue, une compétition qu’il faut « respecter », scande l'intérieur. « On s’est donné les moyens d’y aller, maintenant il ne faut pas faire n’importe quoi. On représentera la France, il faut absolument être sérieux ». Alain Béral, Président de la Ligue national de basket, a déjà promis d’aider le petit poucet pour qu’il parvienne à tenir ses promesses. Reste à savoir comment.

Quelle équipe ?

Malgré l’exploit, Nanterre sera bien forcé de faire le tri dans son effectif pour préparer l’intense saison qui s’annonce. En priorité, le club cherchera sans doute à conserver les principaux éléments de sa ligne arrière (David Lighty, Chris Warren, Trenton Meacham, Jérémy Nzeulie), insolents d’adresse pendant toutes les phases finales. Meilleur marqueur des play-offs côté francilien, Lighty a déjà fait savoir son envie de prolonger l’aventure dans les Hauts-de-Seine, reconnaissant envers un cadre qui l’a soutenu lors du décès de sa mère en février dernier. Quant à Meacham, que la JSF avait sorti de retraite en décembre, il devrait également se réengager, attisé par la perspective de l’Euroligue.

Dans la raquette, le club devra forcément trouver du soutien, car si Johan Passave-Ducteil, Stephen Brun, Marc Judith et Juan Palacios ont été héroïques face à l’immense secteur intérieur alsacien, la concurrence européenne sera encore d’une toute autre dimension. « On veut garder une large majorité de l’équipe […] mais on doit se renforcer au pivot », a ainsi expliqué Donnadieu père. « On cherche un poste cinq grand, bon, bien humainement et au prix raisonnable. Ça fait beaucoup de critères ! » Et dans ce club qui cultive un extraordinaire esprit de groupe, le plan humain, perçu comme la clé de la réussite sportive, est loin d'être le plus anecdotique. Pour mettre sur pied un effectif à leur convenance, les dirigeants sauront donc utiliser avec sagesse les 100 000 euros supplémentaires destinés aux salaires à la rentrée prochaine.

Quelle salle ?

La dernière grande interrogation du club en vue de la prochaine saison concerne les infrastructures dont il bénéficiera pour accueillir les cadors européens. Les 1.500 places de Palais des sports Maurice Thorez de Nanterre, qui n’avaient déjà pas satisfait la LNB lors des phases finales de Pro A, ne remplissaient pas les conditions exigées par le cahier des charges de la ligue pour accueillir les finales. Le club a donc été forcé de délocaliser au Stade Pierre de Coubertin (3500 places en configuration basket), bruyant comme jamais et plein comme un œuf lors des deux matches contre la SIG, malgré la différence de capacité.

La salle du XVIe arrondissement sera toutefois elle aussi insuffisante pour la C1, qui requiert un minimum de 5000 places. Comme Roanne, le champion de France 2007 qui avait joué ses matches européen à Clermont, la JSF devra donc une nouvelle fois déménager pour accueillir les plus grands clubs du Vieux Continent. Si la nouvelle KinderArena de Rouen ou le Zénith d’Orléans ont d’ores et déjà été évoqués, les dirigeants nanterriens souhaiteraient élire domicile à la halle Georges-Carpentier, dans le XIIIe arrondissement, capable d’accueillir le nombre de spectateurs exigé. Faut-il encore qu’ils puissent cohabiter avec les handballeurs du Paris SG, qui y joueront leurs matches de Ligue des Champions. Une délégation de l'Euroligue rencontrera prochainement les dirigeants nanterriens, bien décidés à prolonger le rêve.