Tony Parker
Tony Parker | RONALD MARTINEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Un piédestal pour Tony Parker

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En remportant leur quatrième victoire d’affilée contre Memphis, les Spurs de San Antonio se sont hissés cette nuit en Finale NBA, six ans après leur dernier sacre. Auteur de 37 points, Tony Parker a encore été éblouissant. Longtemps marginalisé outre-Atlantique, trop souvent snobé, le frenchy de 31 ans est d’une rare constance dans l’excellence. Il est aujourd’hui, indéniablement, le meilleur meneur du monde.

« Ce n’est pas bien grave, ils m’oublient toujours de toute façon », lançait il y a deux semaines Tony Parker. Les 119 journalistes américains, choisis pour désigner les All-NBA Teams, les équipes-types de la saison régulière, ne lui ont une nouvelle fois pas accordé leurs faveurs. Oublié du premier cinq depuis le début de sa carrière, le Français a vu, cette année encore, son nom relégué dans la « second team », le jury lui ayant préféré Chris Paul et Kobe Bryant, tous deux éliminés au premier tour des playoffs. A l’annonce des résultats, le meneur préférait en sourire, et relativiser. « Je joue pour mes coéquipiers, Coach Pop, les Spurs et la ville de San Antonio ».

TP déjà dans l'histoire

Une ligne de conduite admirable à laquelle Parker s’accroche sans faillir. Cette saison, le douzième exercice NBA de sa carrière, il a moyenné 20,3 points, 7,6 passes et 3,0 rebonds. En playoffs comme chaque année, "TP", qui n’a pas manqué les phases finales depuis ses débuts dans la grande ligue en 2001, a assumé ses responsabilités. Il a haussé encore son niveau de jeu, endossé l’habit du leader qui lui sied si bien, et, chose nouvelle, commencé à titiller quelques records.

Le 6 juin prochain, Parker jouera en effet ses quatrièmes Finales NBA parmi les 20 meilleurs marqueurs (18e devant Kevin McHale) et les 20 meilleurs passeurs (17e devant LeBron James) de l’histoire des playoffs NBA. « C’est un honneur de se retrouver au milieu de joueurs qui ont écrit l’histoire de la ligue », a récemment déclaré l’intéressé au micro de RMC. « Battre des records comme ça, jamais je n’aurais pu l’imaginer quand j’étais jeune ».

Personne, sauf peut-être Gregg Popovich, le gourou des Spurs. En 2001, le coach avait détesté le jeune Français lors de leur première rencontre. Il l’avait trouvé arrogant et nonchalant, défenseur moyen, shooteur irrégulier, passeur médiocre. Deux entraînements plus tard, charmé, « Pop’ » l’avait finalement sélectionné puis propulsé, après quatre matches et à seulement 19 ans, meneur titulaire de la franchise texane. Un rôle dont il n’a plus bougé depuis.

 

TP et ses deux coéquipiers français, Boris Diaw et Nando de Colo
TP et ses deux coéquipiers français, Boris Diaw et Nando de Colo

Transcendé par son mentor serbe et l’indéboulonnable duo Tim Duncan / Manu Ginobili, Parker a depuis soulevé à trois reprises le trophée Larry O’Brien (2003, 2005, 2007), décrochant même lors du dernier sacre le titre de MVP des Finales. Une première pour un joueur européen.

Cinq fois All-Star depuis 2006, Tony Parker n’a jamais été choisi par les fans dans l’équipe titulaire. Il est vrai que son jeu ne correspond pas tout à fait aux valeurs généralement privilégiées par les fans du basket spectaculaire, clinquant et flashy.

Une promesse à tenir

Le jeu du numéro 9, tout en efficacité, tourne d’abord autour de l’utilisation optimale des écrans de ses coéquipiers, du shoot mi-distance et d’une capacité unique à se faufiler dans les défenses adverses pour attaquer le panier. Peu importe s’il doit se mettre en retrait le temps de quelques rencontres : le natif de Bruges est un joueur qui ne prend les choses en main que s’il en ressent le besoin. Ainsi, il navigue sans difficulté entre performances collectives (18 passes décisives il y a une semaine) et exploits individuels (37 points la nuit dernière, dont 25 en deuxième mi-temps).

Professionnel exemplaire, compétiteur hors-norme, Parker aime les défis. Il ne refuse pas ceux que lui proposent l’équipe de France. Il est sublimé par ceux qui lui offrent la NBA, l’une des ligues sportives où le rythme et la concurrence ont déjà étouffé un nombre étourdissant de talents. L’an passé, éliminé par le Thunder d’Oklahoma City, le trentenaire avait fait la promesse à Tim Duncan, en fin de carrière (37 ans), de lui offrir une cinquième bague. Homme de parole, le Français n’a plus qu’une marche à franchir. Qu’il y parvienne ou non, sa place au panthéon du basket mondial est déjà réservée.

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