Thomas Pesquet : "Je suis astronaute par dépit, si j'avais pu faire basketteur, j'aurais choisi ça"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Thomas Pesquet en impesanteur dans la Station Spatiale Internationale
Thomas Pesquet en impesanteur dans la Station Spatiale Internationale | ESA / NASA / Flickr Thomas Pesquet

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A quelques mois de son retour dans l'espace pour la mission Alpha, l'astronaute français de l'ESA Thomas Pesquet peut savourer son autre grande passion : le basket. Fou de NBA (dont la nouvelle saison débute dans la nuit de mardi à mercredi), le premier Européen assigné à une mission sur la navette privée Crew Dragon de SpaceX profite de son temps à Houston pour suivre l'actualité de la ligue nord-américaine. Et Pesquet l'avoue, devenir basketteur aurait été son rêve.

Bonjour Thomas, comment allez-vous à quelques mois de votre retour dans l'espace ?
Thomas Pesquet : "Ca va très bien ! Je suis en plein entraînement, c'est un peu comme préparer les Jeux Olympiques ou les Playoffs NBA (rires).  La situation sanitaire ne rend pas les choses simples, on a masque en permanence, on fait attention. On a adapté quelques activités mais globalement, on arrive à se préparer, on sera prêt à temps pour décoller vers le printemps."

"Je suis astronaute par dépit"

Vous êtes un fan de basket, joueur dans votre enfance. Vous avez toujours le temps aujourd'hui de suivre la NBA ?
T.P. : "J'ai toujours plus ou moins cette tradition. Quand je me lève le matin, un des premiers trucs que je fais, c'est de checker les résultats de la nuit. Je faisais ça dans mes premières années en tant qu'ingénieur, je prenais deux minutes en arrivant au bureau pour regarder les feuilles de match et le Top 10 des meilleures actions de la nuit. J'ai toujours gardé ça, même à bord d'ISS, la Station Spatiale Internationale. Je me faisais envoyer des vidéos, et j'avais des collègues américains donc on avait la chaîne ESPN et l'émission SportsCenter allumée. J'ai suivi avec beaucoup d'attention la NBA. Aujourd'hui, c'est plus facile, étant aux Etats-Unis, je suis à la bonne heure. J'ai pu regarder les derniers playoffs à partir des finales de conférence, où j'ai vu tous les matches. C'est ma passion, je suis astronaute par dépit ! Si j'avais pu faire basketteur, j'aurais choisi ça."

Et quand on est en mission dans l'espace, on a encore le temps de prendre deux minutes le matin pour regarder les résultats ?
T.P. : "C'est plutôt le soir désormais, le matin, ça commence tôt. A 7h30 tous les matins dans l'ISS, ce serait compliqué, je ne suis pas vraiment du matin ! Mais après la journée de travail, on finit à 19h45 – 20h00, on a le temps de se relaxer, de décompresser. J'aimais bien ce petit rituel de regarder SportsCenter. Je n'avais pas vraiment porté chance à Tony Parker, il s'était blessé au genou pendant les Playoffs avec San Antonio en 2017. J'espère que je ne porte pas entièrement malheur, parce que je vais continuer à m'y intéresser."

Vous êtes actuellement à Houston, vous avez le temps d'aller voir des matches dans les salles quand les conditions sanitaires le permettent ?
T.P. : "Bien sûr ! J'y suis allé huit ou dix fois aller voir les Rockets (Ndlr : la franchise de Houston). J'essaie de caler ça quand les Français viennent. Quand Tony Parker et Boris Diaw étaient venus avec les San Antonio Spurs, je les avais invités à la NASA. On avait une visite toute la journée. J'avais aussi croisé Nicolas Batum avec les Charlotte Hornets il n'y a pas si longtemps. J'y vais toujours avec des amis, des collègues astronautes américains, des Français qui viennent me rendre visite. C'est toujours sympa."

Thomas Pesquet avec Tony Parker et Boris Diaw, alors joueurs des San Antonio Spurs, lors d'une visite du Space Center de la NASA, à Houston
Thomas Pesquet avec Tony Parker et Boris Diaw, alors joueurs des San Antonio Spurs, lors d'une visite du Space Center de la NASA, à Houston © Lauren Harnett / Flickr Thomas Pesquet

Depuis la retraite de Parker et Diaw, vous avez encore des contacts avec la nouvelle génération de joueurs français ? 
T.P. : "J'ai toujours gardé contact avec Tony, mais il est super occupé évidemment. On s'écrit régulièrement avec Boris, on essaie de se croiser mais ça rate à chaque fois. Nicolas Batum, s'il vient avec les Los Angeles Clippers à Houston, ce serait sympa de se voir. La nouvelle génération, je la connais moins, j'ai quasiment le même âge que TP, Boris et compagnie. C'est un peu la "légende" mais j'ai joué contre Tony étant plus petit, parce que son père jouait à Dieppe à une époque et je viens de là-bas. On connaissait son père, et pas lui, il était encore tout petit ! Mais il était déjà surclassé de deux catégories. Avec les nouveaux, on n'a pas ce lien-là, qui est à l'origine de tout ça. Mais j'étais allé voir un match des New York Knicks et Frank Ntiilikina m'avait gentiment offert une place. On s'était rencontré en coup de vent mais on n'avait pas vraiment pu discuter. J'étais aussi allé voir le match de la NBA à Paris en début d'année. Quand j'aurais plus de temps, ce sera peut-être plus facile."

"Les Lakers favoris pour le titre ? J'aime quand il y a des nouveaux champions"

La saison 2020-2021 va commencer, avez-vous un favori pour le titre ?
T.P. : "C'est difficile à dire. Ce serait facile de tout miser sur les Los Angeles Lakers (champion la saison dernière). Les Milwaukee Bucks se sont un peu renforcés à l'Est. Ce serait plus intéressant d'avoir de la diversité. J'ai énormément de respect pour LeBron James. Maintenant, ça y est, il a assis son héritage, ce serait sympa d'avoir d'autres qui gagnent. Ce qui m'avait frustré par exemple dans les années Michael Jordan dont j'étais un énorme fan, c'est qu'il y a plein de joueurs comme Karl Malone, John Stockton, Patrick Ewing ou Reggie Miller qui n'ont jamais pu gagner à cause de lui. J'aime bien quand il y a des nouveaux champions, des gars qui accèdent au titre. Quand Golden State y est parvenu (en 2015, 2017 puis 2018), c'était top au début. Puis, on se lasse, on a envie que d'autres remportent la bague. On verra."

Quel est votre joueur ou votre équipe coup de cœur en ce moment ?
T.P. : "J'ai bien aimé les Denver Nuggets, leur parcours était très sympa lors des playoffs, avec Jamal Murray en feu au tir. Et je suis un grand fan de Nikola Jokic, j'aime son jeu à l'ancienne, aucune détente mais une vision du jeu complètement dingue pour un mec de 2,15m. J'aimais bien le Utah de Rudy Gobert aussi, la série Utah – Denver était complètement folle. Par contre, les Rockets c'est la catastrophe. Je n'ai jamais été un gros fan de Russell Westbrook mais là, il y a un sacré trou à la mène. Surtout avec les velléités de départ de James Harden. Ils ont récupéré DeMarcus Cousins, mais dans quel état ? C'est un grand point d'interrogation."

Dans l'histoire de l'ISS, il y a déjà eu un ballon emmené dans l'espace, un ballon de foot retrouvé dans les débris de la mission Challenger, qui s'était écrasé peu après son décollage en 1986. A quand un ballon de basket ?
T.P. : "Il y en a eu un, le mien ! Je ne l'ai pas emmené moi-même mais quand on a des véhicules de ravitaillement, nos familles peuvent nous envoyer des colis d'un kilo avec ce qui peut nous faire plaisir : des dessins des enfants, des chocolats, des t-shirts… Ma compagne avait mis un ballon officiel, un Spalding NBA. J'avais ça dans la station et je l'ai laissé, il est encore là-haut. J'essaierai de le ramener à la fin de la deuxième mission, il est quand même à moi, pas à la NASA ! (rires) On avait fait aussi une vidéo pour les Houston Rockets avec mon collègue américain Shane Kimbrough qui était assez marrante, je lui passais le ballon hors cadre et il dribblait ensuite. Je n'ai jamais vu le résultat final mais les Rockets l'avaient utilisée avant un match."