Les Spurs de San Antonio
Gregg Popovich entouré de ses joueurs parmi lesquels les cadres Boris Diaw, Tim Duncan, Manu Ginobili, Tony Parker | AFP - GETTY IMAGES

Popovich, match ultime avec les Spurs ?

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San Antonio n'est plus qu'à une victoire d'un 5e titre de champion NBA de l'ère Gregg Popovich. La nuit prochaine, à domicile, l'équipe peut conclure la série contre le double tenant du titre, Miami. Arrivé aux manettes des Spurs en 1996, le technicien dispute sa sixième finale NBA avec cette franchise, qu'il a façonnée au fil du temps. Face à un LeBron James que beaucoup pensaient inarrêtable, San Antonio et ses stars trentenaires, impressionnants depuis la finale de conférence contre le Thunder, peuvent enfoncer le clou avec leur jeu si collectif. Au Texas, dans ce match 5, cet anti-conformisme peut écrire une page de plus de sa légende.

Le visage buriné, le regard pénétrant et les bons mots, Gregg Popovich est unique. Il le sait et il en joue. A 65 ans, pour sa sixième finale NBA avec les Spurs, il continue de parfaire son image. Comme l'y oblige le règlement de la NBA, "Pop", 65 ans, doit se soumettre à  deux reprises par match aux questions des journalistes de la chaîne de  télévision qui retransmet en direct les rencontres des Spurs. L'exercice ne lui plaît guère, et il ne se prive pas de le  montrer, visage fermé ou moue boudeuse, et/ou à le faire savoir avec des  réponses monosyllabiques quand la question trouve, et c'est rare, grâce à ses  yeux. Tous ses joueurs ont eu quelques difficultés à leurs débuts sous le maillot  de San Antonio à se faire aux méthodes, au franc-parler, au sens du détail et à  l'autorité d'un entraîneur qui se définit lui-même comme un maniaque. 

Une légende et un savoir-faire

La légende, qu'il s'est bien gardé de dissiper, veut que Popovich, entraîneur de l'équipe de basket de l'US Air Force, ait travaillé pour les  services secrets américains, en Turquie et en Europe de l'Est. "C'est quelqu'un qui est à la fois très proche des joueurs et à la fois  ferme, très directif. Contrairement à l'image qu'on peut en avoir, il sait  décompresser. Il est très exigeant, il a une vision bien à lui, mais il sait  s'adapter", résume le capitaine de l'équipe de France, Boris Diaw, devenu si décisif lors de sa 2e saison chez les Spurs.

C'est tout cela, et aussi son flair, son entente avec son patron RC Buford, qui ont fait de son équipe un collectif hors norme, avec des joueurs de toute nationalité (un Argentin, deux Français, deux Australiens, un Canadien, un Brésilien, six Américains). En NBA, là où la performance et les statistiques individuelles sont privilégiées, il a érigé le collectif en règle absolue. Face à la 3e masse salariale de la NBA (Miami) et à ses stars incroyables (LeBron James, Dywane Wade, Chris Bosh) qui ont mené le Heat à conserver son titre l'an dernier et être encore en lice pour un troisième sacre consécutif, il a imposé ce jeu fait de passes, de joueurs interchangeables, et d'une défense intraitable. 

Un destin lié à celui de Tim Duncan

Le collectif, il s'inclut dedans. Gregg Popovich le martèle depuis quelques temps déjà: son destin est lié à celui de Tim Duncan. "Mon coup de chance", comme il appelle son joueur de 38 ans, est arrivé au Texas pour éclore aux côtés de l'Amiral, David Robinson. Après les Twin Towers, l'entraîneur a pu faire évoluer sa formation pour créer le Big Three (Dunca, Parker, Ginobili). Depuis que les deux hommes se sont associés, dans le courant de la saison 1996-97, San  Antonio a remporté quatre titres NBA (1999, 2003, 2005, 2007), atteint les  play-offs à 17 reprises de suite et développé l'un des baskets les plus efficaces, plutôt que spectaculaires, de l'histoire de la NBA. Tony Parker et Manu Ginobili ont pris la même voie. Le point commun des joueurs qui réussissent ici ? "L'état d'esprit. Cela ne garantit pas de gagner le  titre chaque année, mais ils font preuve chaque année d'un dévouement rare pour devenir la meilleure équipe possible", assure le maçon de ce bel édifice.

Les trois hommes se trouvent au crépuscule de leur carrière. Le technicien le sait. Il vient d'affirmer: "Je ne suis pas fatigué. J'aimerais continuer d'entraîner." Mais il lie son futur à celui de Duncan: "Un jour, peut-être au cours du 3e quart-temps d'un match, Tim se dirigera  vers la sortie. Il dira: 'C'est fini pour moi'. Et dès qu'il aura dit cela, je  serai à dix pas derrière lui, parce que je ne suis pas stupide". Il sait à qui il doit son palmarès. Mais le géant des Iles Vierges semble bien parti pour prolonger l'aventure, la saison prochaine. Par ricochet, Popovich devrait se satisfaire de la poursuite de son action, même si les rumeurs annonçaient sa possible retraite en cas de 5e bague. 

Un 5e coach à 5 titres NBA et plus ?

Cette nuit, en cas de succès dans le match N.5 contre Miami et peut-être d'une nouvelle démonstration collective, il peut entrer dans un club très fermé, celui des entraîneurs couronnés de cinq titres NBA ou  plus, présidé par Phil Jackson (onze avec les Chicago Bulls et les Los Angeles  Lakers) et qui ne compte pour l'heure que trois autres membres: Red Auerbach (neuf avec Boston), John Kundia (cinq avec les Lakers de Minneapolis) et Pat Riley (cinq avec les Lakers de Los Angeles et le Miami Heat), actuel président du Heat. 

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