La NBA de retour après quatre mois d'incertitudes

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Monier
NBA Giannis Antetokounmpo
Giannis Antetokounmpo (Milwaukee Bucks) | Reuters

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Après avoir vue sa saison interrompue par le coronavirus, la NBA retrouve les parquets dans la nuit de jeudi à vendredi. Entre risques sanitaires et mouvements sociaux aux Etats-Unis, le chemin vers la reprise a été tortueux.

L’attente a été longue. 141 jours séparent le test positif au coronavirus de Rudy Gobert, le 11 mars, et la reprise de la NBA, ce 30 juillet. Plus de quatre mois marqués par l’explosion du coronavirus aux Etats-Unis, les débats sur la fin de saison mais aussi une vague de mouvements sociaux contre les violences policières.

Un arrêt précipité

Le 11 mars, la NBA, et une grande partie des Etats-Unis, se pensaient sans doute encore à l’abri du coronavirus. Rudy Gobert met brutalement fin au fantasme, avec un test positif juste avant le match d’Utah contre Oklahoma City. La NBA annule les rencontres prévues ce soir-là dans une drôle d’ambiance. Joueurs sur le parquet, public dans les gradins, l’hypothèse d’un test positif est rapidement soulevée, mais la confirmation se fait attendre. Pendant ce temps, Dallas-Denver, déjà entamé, va à son terme. On ne se doute pas qu’il faudra attendre quatre mois pour revoir du basket.

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Les équipes se mettent à l’arrêt et les premiers débats commencent. Plusieurs stars, comme Kevin Love à Cleveland, se mobilisent pour soutenir les employés des enceintes de NBA laissés sur le carreau. Certaines franchises s’engagent à maintenir leurs salaires pendant l’interruption. Du côté des joueurs, un accord est trouvé avec les propriétaires, début avril, pour sur une réduction temporaire des salaires, à hauteur de 25%, de mai jusqu’à une éventuelle reprise.

Une "bulle" pour sauver la saison

Avant d’élaborer les plans d’un retour sur les parquets, il a fallu décider s’il allait avoir lieu. “Nous devons simplement accepter que, au moins pour le mois d'avril, nous ne serons pas en mesure de prendre des décisions”, expliquait le patron de la ligue Adam Silver début avril, alors que les Etats-Unis dépassaient la barre des 10 000 morts. Il faudra un peu moins de deux mois pour que la situation commence à devenir plus claire et que les propriétaires se mettent d’accord. Un temps évoqué, la possibilité d’arrêter définitivement la saison est écartée le 1er mai. Les 30 franchises votent pour la mener à son terme, peu importe comment. Et ce alors que l’épidémie continue de se propager dans le pays.

La reprise prend forme. L’idée d’une bulle, ou de plusieurs, pour conclure le championnat fuite dans la presse. L’objectif : rassembler les équipes pour limiter les déplacements, et donc les risques de contamination. Las Vegas et Houston sont évoqués, mais la Floride, pourtant un des états les plus touchés par le covid-19, est retenue. Le 23 mai, le choix du Disney World d’Orlando est officialisé. Le 4 juin, les propriétaires et la NBA s’accordent sur une reprise le 31 juillet, avec 22 équipes sur 30, celles encore à portée des play-offs. Le lendemain, le syndicat des joueurs donne son accord et ouvre des négociations concrètes sur la mise en oeuvre de ce plan. Mais un autre événement va éloigner l’attention du basket.

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La NBA rattrapée par l'actualité

Le 25 mai, la mort de George Floyd, un afro-américain asphyxié par un policier lors de son interpellation à Minneapolis, déclenche une vague de manifestations contre les violences policières et le racisme. Le mouvement "Black Lives Matter" se répand dans tous les Etats-Unis, amplifié par chaque nouvelle affaire et par la répression des manifestations. Dans une NBA composée à plus de 80% par des joueurs noirs ou métisses, ils sont nombreux à afficher leur soutien : mobilisation médiatique (en utilisant leur célébrité, leurs plateformes), mobilisation financière (en soutenant des associations, des familles de victimes) et mobilisation physique (en participant à des manifestations).

Face à l’ampleur du mouvement, la question se pose : une reprise de la NBA ne risquerait-elle pas d’être une distraction inopportune ? Une crainte qui s'ajoute à celle des risques sanitaires. “Quel message envoyons nous en reprenant ?", témoigne anonymement un joueur à ESPN. "Nous sommes dans la rue à marcher et protester, et nous devons quitter nos familles dans cette inquiétante période pour pour aller jouer dans un endroit où n’iront pas les propriétaires ? En quoi cela a-t-il du sens ? Ce serait reculer. Disney World n’est pas magique à ce point.

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Kyrie Irving, le meneur des Brooklyn Nets, est un des plus fervents opposants à la reprise. Il l’exprime aux autres lors d’une conversation téléphonique collective, rassemblant plus de 80 joueurs NBA. Mais la majorité reste favorable à un retour et négocie avec la NBA la mise en avant de messages militants lors des matches (slogans sur les parquets et sur les maillots, à la place des noms). La bulle peut alors progressivement se mettre en place.

"Opt-out" et confinement

La date fixée, encore faut-il l’atteindre. La NBA laisse le droit à chaque joueur de refuser de rejoindre Orlando, c’est le “opt-out”. Ils renoncent alors à un peu moins de 1% de leur salaire à chaque match manqué (dans la limite de 14 rencontres). Dix joueurs, sur les 352 attendus, décident de faire l’impasse, citant généralement des raisons médicales (proche fragile, naissance d’un enfant, ...) et parfois professionnelles (pas de risque avant d’être agent libre cet été, équipe trop éloignée des play-offs, …). Parmi eux, le joueur des Lakers Avery Bradley ou l’ailier de Portland, Trevor Ariza. D’autres manquent à l’appel sur choix de leur équipe, comme les Nets Kyrie Irving, encore convalescent après son opération de l’épaule, et Spencer Dinwiddie, insuffisamment remis du coronavirus.

A partir du 7 juillet, les équipes commencent à arriver dans la bulle d’Orlando, avec deux jours de quarantaine pour chaque joueur. Il faut ensuite s’assurer que les joueurs respectent le strict protocole sanitaire, avec notamment la mise en place d’une ligne téléphonique pour dénoncer les écarts. Ceux-ci sont sanctionnés, comme celui de Lou Williams. Le meneur des Clippers, autorisé à quitter la bulle pour un enterrement, est allé acheter de la nourriture... dans un strip-club d’Atlanta. Dix jours de confinement et de nombreux tests l’attendaient à son retour.

Depuis le début de la bulle, seuls deux joueurs ont été testés positifs et rapidement mis à l’écart. Depuis le 13 juillet, tous les tests sont revenus négatifs. La reprise de la NBA a pu suivre son cours, pas à pas. Avec d'abord la reprise des entraînements collectifs, puis celle des scrimmages (matches d’entraînement). Et enfin le retour de la saison, ce jeudi soir. La conclusion d’un long chemin et le début d’un autre, qui doit durer jusqu’à fin septembre.