Kobe Bryant face à Michael Jordan
Kobe Bryant face à Michael Jordan, en 2003 | REUTERS/Gary Hershorn

Kobe Bryant s’en ira comme Michael Jordan : trop tard

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Kobe Bryant (37 ans), méconnaissable depuis la reprise (15,5 points à 30% aux tirs), a annoncé dimanche qu’il fera ses adieux au basket à la fin de cette saison, la vingtième de sa carrière. En cela, il pousse jusqu’au bout le mimétisme avec la carrière de son modèle, Michael Jordan, qui n’avait lui non plus pas su raccrocher à temps.

Le 10 septembre 2001, veille des attentats à New York, Michael Jordan accordait un entretien à The Associated Press et au Chicago Sun-Times afin d’annoncer son grand retour à la compétition. Trois ans plus tôt, il avait tiré sa révérence sur 'The Last Shot', le plus célèbre panier de sa carrière qui lui avait permis de décrocher un sixième et dernier titre NBA avec les Bulls. Mais "par amour du jeu", MJ voulait s’offrir un ultime challenge à Washington, dans un effectif sans expérience qui ne pouvait prétendre viser le titre. Ses deux dernières saisons dans la capitale (2001-2003) ne l’empêcheront pas de rester le leader statistique de la franchise, mais elles terniront un peu la légende. Jordan aurait pu partir à son apogée. Il ne l’a pas fait.

Quatorze ans plus tard, Kobe Bryant peut nourrir le même regret. Sacré trois fois au début de sa carrière avec Shaquille O’Neal (2000, 2001, 2002), il s’est définitivement installé parmi les meilleurs joueurs de l’histoire en remportant deux bagues supplémentaires (2009, 2010), à plus de 30 ans mais en tournant encore à plein régime. Le génie était toujours là. Ces trois dernières années, il s'est progressivement effacé, plombé par le poids des années et les blessures, sans que Bryant ne change d’avis : il voulait un sixième titre pour égaler Jordan qui l’a tant fasciné et continue encore de l’obséder. C'est pour cela qu'il a signé une ultime prolongation de contrat (48 millions de dollars sur deux ans) à l’été 2014. Celle de trop.

"Triste à voir"

Ce dimanche, après une nouvelle contre-performance face à Indiana (4/20 aux tirs), Kobe Bryant a admis l’inadmissible : "Il a fallu accepter le fait que je n’avais plus envie de faire tout cela (…) Le feu intérieur n’est plus le même". Le compétiteur a même reconnu qu’il ne s’agissait désormais plus de performer, mais de limiter les dégâts ("Je fais tout ce qui est possible pour jouer le moins mal possible"). Non seulement cela sonne faux, mais en plus c’était évitable. Le "Black Mamba" aurait pu s’arrêter à temps. Après le dernier titre en 2010, face aux Celtics ? En même temps que Phil Jackson, en 2011 ? Après sa grave blessure au talon d’Achille, en 2013 ? A chaque fois il est revenu, avec la même idée fixe qu’il y a quinze ans, quand Jackson avait pris les rênes des Lakers et découvert à quel point Bryant était "déterminé à surpasser Jordan pour devenir le meilleur joueur de l’histoire".

Cette obsession lui aura permis de vivre une carrière hors-norme en NBA (17 sélections au All-Star Game, 431 matches à plus de 30 points – dont un à 81 unités), mais elle aura gâché sa fin de carrière. Depuis la reprise fin octobre, le basket qu’il propose est indigne de son passé, de son incommensurable talent. Il ne voulait pas d’une fin de parcours où tous - adversaires, coaches, public des quatre coins des Etats-Unis - acclameraient l’idole déclinante? Et bien, il l’aura. Comme Jordan l’avait eu à Washington, lui qui évoque avec le recul une expérience "décevante" (74 victoires, 90 défaites). Le talent ne l’avait pas quitté, mais la flamme s’amenuisait et le physique ne suivait pas. Bryant a fait le même constat d'échec : "Mon cœur  peut accepter les critiques. Mon esprit peut gérer les efforts. Mais mon corps sait qu'il est temps de dire au revoir". A 66 matches de la fin de sa carrière NBA, le voilà parti pour une longue tournée d’adieu où l’adversaire autrefois impitoyable n’est aujourd’hui plus qu’un symbole que l’on respecte mais que l’on sait sans danger. Sous couvert d’anonymat, un joueur NBA a déclaré au L.A Times qu’il ne lui reste "plus rien", qu’il est "triste à voir jouer car il était si bon, avant (…) mais cette saison, c’est dégueulasse".

"De la beauté dans cette souffrance"

Porté par l’adversité, Bryant assure toutefois qu’il parviendra à trouver du plaisir dans ces derniers mois de compétition où toute ambition autre que celle d’arriver en avril sans subir de pépin physique semblera démesurée. "Il y a de la beauté dans cette souffrance, explique-t-il. Ça semble bizarre, mais j’aime la beauté des moments difficiles autant que celle des moments de bonheur. C’est un processus qui fait que l’on apprend beaucoup sur soi-même". Il y a dix ans déjà, Jordan relativisait de la sorte : "Je n’ai certes pas atteint mes objectifs mais j’ai beaucoup appris à Washington. Cela a fait partie de mon processus d’apprentissage". Le rapprochement des deux parcours restera valable jusqu’au bout, et ce n’est pas anodin si c’est vers MJ que Bryant s’était tourné cet été pour évoquer ses derniers mois de compétition. "Il était l’un des premiers à savoir, assure le Laker. Il m’a dit d’en profiter, de savourer, dans les bons comme dans les mauvais moments".

Dans une véritable déclaration d’amour au basket, publiée la nuit passée sur le Players Tribune, Bryant écrit : "Cette saison est la dernière que je peux t’offrir / Tu as donné à un petit garçon de 6 ans son rêve de Laker. Et pour ça, je t'aimerai toujours". Il y a douze ans, Michael Jordan avait déjà officialisé sa retraite en rédigeant une lettre ouverte similaire, dans laquelle il s’adressait lui aussi à son sport : "Cela fait 28 ans que mes parents nous ont présenté l’un à l’autre dans mon garage / Je t’aime et si mes jours en NBA sont terminés, notre relation ne cessera jamais". 

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