LeBron James brandit le trophée de MVP des Finales 2016
LeBron James au milieu des siens, là où il est le mieux | EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

De paria de la NBA à légende, LeBron James l'histoire d'une rédemption

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Arrivé en NBA comme le meilleur lycéen de tous les temps, LeBron James est devenu un paria, détesté par la majorité en 2010 quand il a quitté Cleveland pour Miami. Six ans plus tard, le King est redevenu le maître incontesté d'une Ligue dont il est désormais une légende.

. The Decision

9 juillet 2010. Le pire moment de la carrière de LeBron James. Une faute de communication. Tant sur le fond que sur la forme. Dans une NBA pas encore habituée au regroupement de stars (malgré le Big Three formé par Paul Pierce, Kevin Garnett et Ray Allen à Boston), voir le double MVP en titre rejoindre Chris Bosh et Dwyane Wade à Miami sonne comme un aveu d’impuissance. Sur la forme, l’élu auto-proclamé se donne en spectacle dans une interview télévisée, faisant fi des sentiments des fans de Cleveland. « Je n’ai jamais voulu quitter Cleveland, lâche LeBron devant des millions d’Américains. Mon cœur sera toujours là-bas. […] Dans un monde parfait, j’aurais adoré resté. […] Mais j’ai l’impression qu’il est temps pour moi de partir ».

A Cleveland, c’est un déferlement de haine. On brûle les maillots du « King » en pleine rue et le propriétaire de la franchise des Cavaliers, Dan Gilbert, se fend d’une lettre incendiaire dans laquelle il fustige un « lâche » et un « traître ». Dans un élan d’enthousiasme, Gilbert promet même que Cleveland remportera un titre avant James. Promesse finalement non tenue mais cette sortie va mettre de l’huile sur un feu déjà bien attisé entre LeBron et ses anciens fans.

. Retour à Cleveland avec Miami 

Les fans de Cleveland remontés contre LeBron James
Les fans de Cleveland remontés contre LeBron James

Quasiment cinq mois après son annonce, LeBron James fait son retour dans son ancien jardin, la Quicken Loans Arena, avec le maillot de Miami sur le dos. Comme un amour passé venant se pavaner avec sa nouvelle conquête. Trahis, les fans des Cavaliers n’ont pas encore eu l’occasion de montrer à leur ancien leader tout le mal qu’ils pensent de lui. En quelques secondes, les 20 000 billets pour le match sont vendus. Conspués sur chaque ballon qu’il touche, le numéro 6 de Miami passe une soirée plus que compliquée… émotionnellement. Car sportivement, tout se passe bien avec un récital à 38 points, 8 passes décisives et 5 rebonds. De manière injuste, cette performance de haut vol nourrit un peu plus la rancœur de Cleveland pour son ancien chouchou. D’une certaine manière, cet exutoire était aussi nécessaire dans la normalisation des relations entre James et son ancienne franchise. S’il n’est pas encore pardonné, il est au moins respecté pour avoir affronter cette atmosphère hostile sans broncher.

. ​L’échec de 2011

S’il est respecté ce soir-là, LeBron James n’en demeure pas moins la superstar qui s’est alliée à d’autres pour gagner. De ce fait, un nombre impressionnant de spectateurs de la NBA souhaite sa défaite. Ces gens-là vont être servis quand en 2011, l’ailier du Heat de Miami se casse les dents sur les Dallas Mavericks en Finales NBA. Alors que l’occasion de faire taire les critiques est superbe, James fait preuve d’une étonnante faiblesse mentale, ne pesant que très peu dans les dernières minutes des matches,  James touche le fond. Des voix s’élèvent, et elles sont nombreuses, pour douter publiquement de la capacité du King à remporter le moindre titre. Un observateur avisé de la NBA racontait pour ESPN comment il avait vécu ces moments : « C’était atroce, atroce… J’ai regardé le match plusieurs fois, au ralenti et je l’ai étudié. Je l’ai le plus souvent vu immobile à regarder les autres. Je voyais des ballons tomber près de lui et lui ne pas réagir. » La volonté de LeBron James, sa capacité à être dur, à être bon dans les moments importants, à mener une équipe vers le titre, sont sévèrement remises en cause. Après deux finales NBA disputées, James n’a toujours pas de bague.

. ​L’apogée en 2012

Une anomalie qu’il va corriger dès la saison suivante. Plus concentré que jamais, James survole la saison régulière et récupère le titre de MVP que lui a subtilisé Derrick Rose en 2011, la faute à une côte d’amour en chute libre. Surtout il règne sur les Playoffs (30,3 points, 9,7 rebonds, 5,6 passes de moyenne) et les Finales (28,6 points, 10,2 rebonds, 7,4 passes). Face à la valeur montante, Kevin Durant, et Oklahoma City, James est au sommet de son art. Le Heat ne fait pas de détail et écarte le Thunder 4-1 pour glaner le deuxième titre de son histoire, le premier pour LeBron James. Enfin se dit-on, le compteur est débloqué. Pour la première fois de sa carrière, le gamin de l’Ohio est sacré MVP des Finales. Un match symbolise à lui seul le règne de l’Elu sur la NBA : le match 6 de la finale de conférence est. Miami est mené 3-2 par Boston. Sur le parquet mythique des Celtics, James compile 45 points, 15 rebonds et 5 passes décisives. Une tornade.

. ​Le doublé en 2013 

Le célèbre shoot de Ray Allen au match 6 des Finales 2013
Le célèbre shoot de Ray Allen au match 6 des Finales 2013

LeBron James peut remercier Ray Allen. Sans l’ancien meilleur shooteur de tous les temps en NBA (détrôné depuis par Stephen Curry), l’ailier de Miami aurait une nouvelle fois buté sur les Spurs, comme en 2007. Le shoot décisif de son coéquipier au match 6 lui a offert une occasion de briller. Au match 7, James enquille 37 points, 12 rebonds et 4 passes. Une nouvelle fois, c’est lui qui fait la différence dans les moments chauds. Les critiques d’hier sont oubliées. James est bien le meilleur joueur de la NBA, celui que tous les propriétaires rêveraient d’avoir dans leur équipe. Pour la première fois depuis les Lakers en 2002, une franchise conserve son titre. Sur les livres de records, James rejoint Kareem Abdul-Jabbar et Michael Jordan en possédant deux bagues de champion, deux titres de MVP et deux titres de MVP des Finales.

. ​Le retour à la maison

Si The Decision était sans doute la pire des manières d’annoncer son départ de Cleveland, la lettre, « I’m coming home », publiée par Sports Illustrated pour son retour à la maison est d’une justesse incroyable. « Ma relation avec le nord-est de l’Ohio, (là où est situé Cleveland), est plus grande que celle avec le basketball. Je ne l’avais pas réalisé il y a quatre ans (au moment de partir), maintenant oui », lâche-t-il quasiment en préambule.

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« Je ne fais pas de conférence de presse ou une fête. Maintenant, il est l’heure de travailler ». C’est un LeBron James mature et serein qui revient à Cleveland. Très émouvante, sa lettre mêle excuses et projections. Moins enflammé qu’à son arrivée à Miami, James ne promet pas de titre, il sait à quel point il est difficile d’y parvenir. Il promet en revanche d’être un leader, non pas seulement pour son équipe ou pour sa franchise mais toute une communauté. « Je suis prêt à relever le défi, je rentre à la maison » conclue-t-il.

. L’échec de 2015

LeBron James est un tel joueur que même quand il perd une finale, il est question de lui attribuer le trophée de MVP. Avec 35,8 points, 13,3 rebonds et 8,8 passes décisives, le « King » règne sur les joutes face aux Warriors de Curry. Las, privé de Kyrie Irving et Kevin Love, James se démultiplie mais il ne peut emmener Cleveland au sommet. Une nouvelle fois, il a entrevu le Graal mais celui-ci se refuse à lui. Les deux titres à Miami ne pèseraient pas bien lourds face à un trophée glané avec les Cavaliers. Toujours est-il que LeBron James a créé quelque chose autour de sa personne. Certains le caricaturent même en gouverneur de l’Ohio tant il est important pour l’état. On dit souvent qu’une équipe qui a chuté en finale est favorite pour l’emporter la saison suivante. Le rendez-vous est pris. Le chemin de la rédemption de LeBron James touche à sa fin.

. ​Le Graal en 2016

Cinquante-deux ans que Cleveland attendait un titre dans les sports majeurs américains. Qui d’autre que LeBron James, symbole de ce coin industriel du pays et loin d’être le plus flashy des Etats-Unis, pouvait mettre fin à cette malédiction ? Lui qui a essayé de 2003 à 2010 puis de nouveau en 2015 d’inscrire le nom des Cavaliers au palmarès de la NBA ?

Et pourtant la saison n’a pas été de tout repos. Le coach David Blatt remplacé par le soldat de James, Tyron Lue, les rumeurs de bisbille entre Kevin Love et le reste de l’équipe, autant de facteurs qui auraient pu faire exploser le projet. Oui mais de son passage à Miami, LeBron a appris une chose : comment fédérer autour de lui. Même menés 3-1 en Finales NBA par la meilleure équipe de saison régulière de tous les temps, les Golden State Warriors (73-9), Cleveland ne s’est pas avoué vaincu. Trois victoires de suite plus tard dont un match 7 au couteau ponctué par un triple-double du King et les Cavs peuvent enfin soulever le si convoité trophée Larry O’Brien. Plus qu’ailleurs, les fans l’ont mérité, eux qui ont tant souffert du mauvais sort jeté sur eux. Dans sa lettre, James avait cette phrase prémonitoire : « Dans le nord-est de l’Ohio, rien ne vous ai donné. Tout se mérite. Vous travaillez pour ce que vous avez ». Paria en 2010, LeBron James est désormais une légende de la NBA. Sa rédemption est totale.

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