Stephen Curry
Passes à l'aveugle, shoots impossibles : Stephen Curry tente n'importe quoi et réussit presque tout | EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Comment Stephen Curry révolutionne le jeu

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On pensait avoir tout vu l’an passé, mais non : Stephen Curry, le meneur des Golden State Warriors (10 victoires en 10 matches) a entamé la nouvelle saison NBA à un rythme délirant. Au-delà des statistiques (46 points la nuit passée, 33,3 en moyenne), son jeu fascine parce qu’il est fait de prises de risques d’ordinaire interdites, de gestes inconsidérés et de shoots absurdes qu’il réussit avec une régularité insolente – tout en sublimant le collectif. Curry casse les codes du basket moderne, et personne n’y est insensible.

Dans une vidéo publiée par la NBA, jeudi, tout le génie de Stephen Curry est condensé en 30 secondes de slow-motion. Il intercepte la balle dans sa moitié de terrain, tente de feinter un premier défenseur en dribblant entre les jambes mais rate son grigri. Sur le point de perdre le cuir, il fait demi-tour, récupère le précieux sésame orange et lève le regard. La voie est libre. Un dribble dans le dos pour effacer JaMychal Green. Déséquilibré, il heurte Russ Smith mais au lieu de s’écrouler, le MVP absorbe le contact et envoie le ballon sur une jambe, à une main, dans une gestuelle qui n’est pas sans rappeler celle du teardrop de Tony Parker. Sauf qu’au lieu d’être dans la raquette, Curry est à dix mètres du cercle. Qu’importe. Le résultat est le même.

Des choix offensifs irrationnels

Quand il était à l’université de Davidson, son coach Bob McKillop avait créé, de manière informelle, un "permis de shooter". "Ce permis pouvait vous être accordé ou révoqué selon votre sélection de tirs en match, raconte Stephen Curry dans The Big Podcast. Heureusement, dès ma première année, j’ai trouvé mon adresse, je n’ai jamais eu à m’en faire à ce sujet". En NBA, le Californien a visiblement la même liberté : sous l'ère Mark Jackson déjà, et plus encore depuis que Steve Kerr a pris les rênes des Warriors, le Californien fait des choix offensifs irrationnels. Il shoote en transition à huit, neuf, parfois dix mètres, sur un ou plusieurs adversaires. Quand il attaque le panier, il attend parfois le retour de son défenseur direct pour chercher le contact et conclure, main gauche, derrière le panier, à l’aveugle et avec la faute. Stephen Curry est comme un skieur spécialiste de la descente qui ne peut s’empêcher de faire du hors-piste. Un pilote qui conduit sa voiture de tourisme comme une Formule 1. Avec tous ses points sur son permis.

S’il n’est pas le premier joueur à réussir de tels shoots, Curry est l’un des seuls à le faire aussi souvent et avec une telle régularité. Sa sélection de tirs est improbable, mais il shoote à 48% derrière l’arc (60% à deux-points), et domine déjà haut-la-main le classement des meilleurs scoreurs du Championnat (plus de 10 points de moyenne d’avance sur Carmelo Anthony qui ferme le Top 10). Chaque soir de match est l’occasion pour lui d’ajouter de nouvelles merveilles à sa collection : ses highlights face à Minnesota la nuit passée (46 points), où l’on compte une bonne demi-douzaine de paniers venus d’ailleurs, ne dérogent pas à la règle. A ce niveau-là, ce n’est pas un hasard. "Tous les shoots que vous me voyez prendre en match, je les ai déjà pris à l’entraînement, assure-t-il. Je travaille ces tirs peu orthodoxes, sur un pied, en déséquilibre, une main devant le visage. C’est comme de la mémoire musculaire. Il faut juste être suffisamment confiant au moment de déclencher."

"Ralentir le temps"

Déjà considéré comme le meilleur shooteur de la planète la saison passée, Stephen Curry a encore amélioré sa gestuelle cet été, assure son entraîneur personnel Brandon Payne. Ce dernier, pour faire progresser son poulain, l’a initié à des exercices de stimulation cognitive, de sorte à ce qu’il parvienne à "ralentir le temps dans son esprit" pour prendre de meilleures décisions de manière naturelle et immédiate. Car les Golden State Warriors prônent un basket enlevé où la balle tourne beaucoup sur jeu placé, mais où chaque phase de transition, chaque contre-attaque est exploitée. Curry s’y épanouit avec une euphorie contagieuse pour ses équipiers, démoralisante pour ses adversaires. Il capitalise sur la moindre erreur des défenseurs adverses, même minime, et sait en faire profiter ses équipiers. Ethan Sherwood, journaliste à ESPN, parle de "l’impact de l’ombre" du numéro 30 : "Il est devenu une menace omniprésente. Il va toujours provoquer la crainte et attirer l’attention. Il est comme le fantôme du film ‘The Sixth Man’, inclinant de manière imperceptible le jeu en faveur de Golden State (…) Il inspire une peur viscérale".

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Les chiffres tendent à renforcer ce constat. Dans le sillage de son meneur, la franchise d’Oakland a enchaîné un dixième succès de rang la nuit passée contre Minnesota –  et elle a remporté ses dix rencontres avec un écart moyen de 17,1 points. Curry, lui, en est à plus de 33 unités de moyenne. Il a déjà terminé 4 quart-temps à plus de 20 points depuis la reprise. Il est le meilleur intercepteur du Championnat. A lui tout seul, il a marqué plus de trois-points que tout l’effectif de Memphis, de Brooklyn ou du Minnesota. Et il est sur les bases d’une année à 425 paniers primés, ce qui lui permettrait de pulvériser son propre record (286 l’an passé, 272 en 2013 ans, les deux meilleures saisons de l’histoire derrière l’arc). Avec lui, l’exploit est devenu une routine et l’exercice de la comparaison semble vain. Allen Iverson pour la taille et le scoring, Isiah Thomas pour la prise de risque et la vitesse d’exécution, Steve Nash pour la vision de jeu et le shoot. Hier, Kevin Garnett s’est osé à une autre analogie : "Comme Michael Jordan, il est unique."

Stephen Curry affiche de meilleures statistiques que Michael Jordan en 1995-96, la meilleure saison de l'histoire pour une franchise NBA (72 victoires)
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