L'esprit collectif à l'heure du confinement

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Auteur·e : Apolline Merle
Elric Delord en plein temps mort avec les joueurs du Mans
Elric Delord en plein temps mort avec les joueurs du Mans | Dominique BREUGNOT-TEAMDBC-PICTURES.COM

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Habitués à se côtoyer presque au quotidien, lors des entraînements et des matchs, les joueurs des sports collectifs subissent comme tout le monde le confinement. Alors que chacun est confiné chez lui, il n’est pas toujours simple de garder l’esprit d’équipe avec cette distanciation sociale imposée. Un vrai casse-tête pour les joueurs et entraîneurs de Jeep Elite.

Le turnover, les clubs de basket en ont l’habitude. Les équipes changent régulièrement du fait des contrats assez courts signés par les joueurs. Mais l’éloignement social imposé par les mesures de confinement est une période inédite pour les équipes, que ce soit pour les entraîneurs ou pour les joueurs. “Nous ne sommes pas à plaindre. La cause est plus grande que nous individuellement. Mais psychologiquement, ce n’est pas facile, ça casse nos habitudes”, confie Yakuba Ouattara, arrière de l’AS Monaco Basket. 

Pour continuer à maintenir un lien, Elric Delord, l’entraîneur du Mans Sarthe Basket, appellent ses joueurs régulièrement pour prendre de leurs nouvelles et continuer à travailler comme ils le peuvent. “Je leur ai envoyé des matchs pour qu'on puisse continuer à se projeter sur le jeu et essayer de garder un minimum de cohésion opératoire au cas où il y aurait une reprise, explique le coach. Et même si la saison ne reprend pas, certains joueurs sont de toute façon sous contrat l'année prochaine, ils seront donc amenés à jouer ensemble. Cela est bénéfique dans tous les cas.” Sur la cohésion opératoire, il est donc difficile de faire plus pour Elric Delord. Et pour la cohésion sociale, l’entraîneur du Mans, avoue ne pas pouvoir faire grand chose : “Certains joueurs sont proches, d’autres moins. Si les joueurs ne s'appellent pas entre eux, je ne peux pas les obliger à rester en contact.”

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Loin des yeux, près du coeur ? 

Yakuba Ouattara reconnaît, lui, qu’il n’est pas toujours simple d’entretenir le contact. “C’est compliqué de garder ce lien d’équipe à distance. C’est vrai que l’on se parle moins qu’avant. Mais on communique toujours avec notre chat groupe d’équipe, on prend des nouvelles de temps en temps. D’ailleurs, il y a quelques jours, c'était l'anniversaire d'un de mes coéquipiers, J. J. O’Brien, on l'a fêté ensemble... à distance”, sourit Yakuba.

Mais l’arrière de Monaco reste pour autant confiant. “Même si on ne se parle pas pendant un moment, le lien entre nous on l'a. Je sais que demain, lorsqu’on se retrouvera, ça sera comme avant le confinement, tout va repartir naturellement.” Le principal souci du confinement en revanche pour “Yak”, c’est la cohésion sur le terrain. “Les automatismes au sein d’une équipe se travaillent tout au long de l’année afin d’acquérir une certaine confiance. Et ces choses-là se perdent assez rapidement.” 

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Le départ des joueurs étrangers

Autre difficulté pour les équipes, le départ des joueurs étrangers. Avec le confinement, ils ont été nombreux à avoir rejoint leur famille dans leur pays. “Les différents fuseaux horaires ne nous empêchent pas de communiquer. La seule chose, c’est que ceux qui sont en France ou en Europe vont davantage communiquer entre eux, et ceux qui sont aux Etats-Unis répondront plus tard”, précise l’arrière de Monaco. Mais les différentes plages horaires des joueurs sont davantage un handicap pour le staff sportif. “On pourrait prévoir des entraînements collectifs par visio avec l’équipe, mais on ne le fait pas car tous les joueurs ne sont pas actuellement sur les mêmes fuseaux horaires, puisque certains sont rentrés aux Etats-Unis par exemple”, souligne Elric Delord

Du coup, chaque joueur s'entraîne de son côté, à son rythme. “Diego, notre préparateur physique a établi pour chacun d’entre nous un programme, qui permet à tous de travailler sur certains aspects de nos corps, selon nos besoins. Le bon côté, c’est que nous pouvons travailler sur des choses que nous n’avons pas le temps de faire habituellement”, détaille Yakuba Ouattara. A l’inverse, suivant si chacun a pu courir ou faire de la musculation par exemple, les joueurs auront tous des conditions physiques différentes, et c’est ce décalage qui peut compliquer la reprise, s’il y a. “Il faudra arriver à ce que tout le monde regagne une forme collective pour pouvoir reprendre la compétition”, ajoute encore Yak

“Quand nous pourrons nous retrouver, on sera comme des grands enfants”

Et l’éloignement social entre les joueurs, pourrait-il créer une facture au sein de l’équipe lors du retour sur les terrains ? Elric Delord balaie la question d’un revers de la main. “Nous, on le voit chaque année lors de l’intersaison, qui dure un ou deux mois suivant le parcours en play-off. Des nouvelles têtes arrivent chaque année, et pour autant les joueurs qui se connaissent retrouvent vite une manière de fonctionner entre eux.” Une vision partagée par Yakuba Ouattara. “Je suis persuadé qu’il n’y aura pas de problème lors de la reprise. On s’entend tous super bien. Quand nous pourrons nous retrouver, on sera comme des grands enfants.

Mais la plus grande crainte de Yak, c’est la reformation physique de l’équipe une fois le déconfinement proclamé. “Etant donné que les frontières sont fermées, s’il y a une reprise de la saison, les joueurs étrangers, qui sont rentrés chez eux, pourront-ils nous rejoindre ?” Pour l'heure, cette question reste en suspens.