Limoges CSP
L'hôtel de ville de Limoges à l'occasion du titre européen du CSP | MARTINE JEANTAUD

Il y a 20 ans, Limoges capitale européenne du basket

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Le 15 avril 1993, le Limoges CSP devenait la première équipe de l’histoire du sport collectif français à se hisser sur le toit du Vieux Continent. En remportant le Championnat d’Europe des Clubs (ex-Euroligue) face au Benetton Trévise, les hommes de Bozidar Maljkovic réalisaient un exploit impensable. Pour clôturer sa semaine spéciale, Francetv sport vous propose de revivre la grande finale. Comme si vous y étiez.

Athènes, 21h15. Le Palais des Sports de la Paix et de l’Amitié porte mal son nom. Excédés par l’arbitrage lors de la demi-finale – perdue – face à Trévise, plusieurs centaines de supporters du PAOK Salonique quittent la salle, alors que la finale est sur le point de commencer. Ils viennent de remporter le match pour la troisième place, face au Real Madrid, mais ce lot de consolation ne leur suffit pas. Une partie de l’arène se vide.

Les supporters grecs qui ont décidé de rester pour le grand final du Championnat d’Europe des Clubs 1993 ont clairement choisi leur camp. Éliminés par le Benetton à la surprise générale deux jours plus tôt, ils donnent de la voix pour le Petit Poucet du Final Four. Le CSP Limoges, cette bande de guerriers parés d’or, guidés par un sorcier serbe qui a fait d’un collectif soudé, en quelques mois, la meilleure défense de tout le Vieux Continent. A la « yougo ». Comprenez avec dureté, rigueur et discipline.

Kukoc, l’ennemi numéro un

Dans cette atmosphère pesante et devant près d’une centaine de supporters limougeauds qui ont fait le déplacement dans la capitale grecque, l’objectif premier du CSP est perceptible dès les premiers instants du match : contenir le meilleur joueur européen, le gaucher croate Toni Kukoc, 25 ans alors, qui joue là son dernier match d’Euroligue avant de rejoindre les Bulls de Chicago à l’été 93. C’est Jure Zdovc, le meneur qui a sauvé Limoges en quart de finale, contre l’Olympiakos avec un shoot à 3 secondes de la sirène, qui a la lourde tâche de défendre sur le prodige.

Le Slovène s’en sort plutôt bien, mais l’entame de match des français n’est pas bonne. L’adresse n’est pas au rendez-vous, et Trévise passe rapidement un 7-0 sous l’impulsion de l’Américain Terry Teagle, qui sort de dix belles saisons NBA entre Golden State et Los Angeles. Les Jaunes font trop de fautes, et font preuve d’une « inefficacité consternante », lance Patrick Montel au micro de France 2.

Dacoury en plein cauchemar

Sur la ligne des lancers, Willie Redden ouvre le compteur de Limoges, avant que la gâchette Michael Young ne fasse lâcher le panneau d’affichage de la salle, qui tombe en panne à 9-4.  « Le sapeur-pompier » Richard Dacoury, gêné par les fautes en demi-finale, a débuté sur le banc et fait enfin son entrée. Les siens accusent déjà sept points de retard (13-6) et sont toujours aussi peu en réussite aux shoots. Dans un match haché, Terry Teagle fait son show : à 17-8, Maljkovic décide de lancer Fred Forte et Franck Butter, mais le CSP ne se relance pas pour autant. Quelques instants plus tard, « Dac » subit déjà sa troisième faute. « Cela ressemble à un cauchemar », se désole André Garcia. Le capitaine de Limoges, resté sur le parquet, prend même sa quatrième quelques secondes plus tard. Il retourne s’asseoir dans un mélange de colère et d’incrédulité. « C’est un drame », lâche Montel.

Mais comme c’est dans la difficulté qu’on reconnaît les champions, Michael Young maintient les siens en vie longue distance, bien soutenu par Willie Redden qui réduit l’écart à trois petites unités (19-16) et par le rempart Jim Bilba qui joue juste. La fin de première mi-temps est marquée par les sanctions des arbitres, notamment en faveur de Kukoc, surprotégé (6 fautes provoquées à lui seul lors des 20 premières minutes). Et si Young rate un smash, Teagle, lui, n’arrête pas. A la sirène, Redden permet au CSP de limiter les dégâts. 28-22, un écart « inespéré ».

La remontée, puis l’inimaginable

Dans son discours à la mi-temps, Bozidar Maljkovic, qui voue une confiance sans borne à ses joueurs, les rassure. Le Serbe sait que ce match, parti sur des bases inférieures à 60 points par équipe, est taillé pour la sienne. Et il a raison. Dès les premiers instants de la deuxième mi-temps, Michael Young « retrouve sa patte magique » derrière l’arc, mais Teagle redonne de l’air aux Italiens, qui s’envolent (39-29). Un gouffre.

Limoges ne lâche rien, et le match se durcit. La défense jaune, toujours aussi étouffante, est moins sanctionnée. C’est un basket agressif et engagé, « de combat », lance Montel. Et parce que la meilleure attaque, c’est la défense, Zdovc et Bilba grignotent l’avance de Trévise. Jimmy Vérove, qui avait passé deux semaines dans le coma moins d’un an plus tôt, vit un rêve éveillé avec ce retour inespéré à la compétition : son panier primé transcende totalement le CSP qui n’est plus qu’à 4 points (43-39).

Un héros nommé Forte

Comme un symbole, Richard Dacoury fait son retour dans le match : il provoque la cinquième faute de Viannini, puis ne tremble pas sur la ligne des lancers. L’exploit prend forme lorsque Michael Young donne l'avantage à Limoges pour la première fois du match (44-43). Kukoc répond immédiatement à trois points sur une rare errance défensive du CSP. Le mano a mano final débute.

Entre quelques lancers, Butter est héroïque en défense et Zdovc prend ses responsabilités à la conclusion : Limoges s’approche de la délivrance (54-50). Mais malgré la sortie de Rusconi (5 fautes, 15 rebonds), Kukoc est inarrêtable et égalise (55-55). Il reste 41 secondes quand, solide, Bilba réussit ses deux lancers. Le moment dont Kukoc rêvait pour porter le coup final. Il remonte la balle. Demande un écran. Les défenseurs switchent, et le petit Fred Forte, 23 ans, se retrouve à contenir le long Croate qui a réussi tous ses derniers shoots.  Deux dribbles. Prise d’appui. Forte tend le bras. Du bout des doigts, il touche la balle. Kukoc mime une faute et se désarticule. L’arbitre ne mord pas. « La plus belle interception de l’histoire du basket français ».

Zdovc, envoyé sur la ligne des lancers, accroît l’écart à 4 unités (59-55). Le score ne bougera plus : à genoux le long du banc, Dacoury qui ne tient plus en place voit Teagle rater son ultime tentative, puis Young gober un incroyable rebond. Il peut enfin exulter. Pendant que Butter bondit aux quatre coins du terrain, Kukoc, le regard dans le vide, retourne s’asseoir sur son banc. Le CSP est champion d'Europe. Mêlé aux supporters français, le public grec reprend en cœur « Limoges ! Limoges ! ». Vingt ans plus tard, leurs chants résonnent encore.

Sur les traces des héros de 1993  Voir la video

Semaine spéciale Limoges 93 :
Dacoury : "Le trophée le plus extraordinaire de ma carrière" (1/2)
Dacoury : "En 92, je suis sur le point de prendre ma retraite" (2/2)
Guillin : "L'un des plus grands exploits du basket français"
Jeantaud, supportrice du CSP: "Une liesse totale"
Butter : "Fier d’avoir fait partie de cette équipe" (1/2)
Butter : "Je me demande encore comment c’était possible" (2/2)
Garcia : "On a commenté tout le match au téléphone"