Covid-19 : Jeep Elite, Pro B, Ligue Féminine… Le casse-tête du rebond pour le basket français

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
L'international français de l'ASVEL Guerschon Yabusele face au joueur de Roanne Juvonte Reddic
L'international français de l'ASVEL Guerschon Yabusele face au joueur de Roanne Juvonte Reddic | PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

L'élite du basket français a repris le chemin des parquets. Alors que l'antichambre, la Pro B, a débuté sa saison le 15 septembre dernier, la 1re journée de Jeep Elite a lieu cette semaine en dépit des risques sanitaires liés au coronavirus. La Covid-19 a déjà pourtant largement perturbé la reprise, des matches de présaison à la finale de la Coupe de France féminine qui n'a finalement pas eu lieu samedi dernier. Et les complications s'annoncent multiples. La 1re journée de la Ligue féminine, prévue vendredi et samedi, a d'ailleurs été reportée.

Dans l'ombre de la Ligue 1, dont l'arrêt a été jugé par certains prématuré avait beaucoup fait couler d'encre, d'autres sports collectifs ont eux aussi repris vie des mois après l'arrêt brutal des compétitions. Le basketteurs et basketteuses de l'Hexagone retrouvent enfin les parquets après une saison blanche, sans vainqueur, ni véritable perdant. La Ligue Nationale de basket (LNB) et la Ligue Féminine de basket (LFB) espéraient sans doute pouvoir offrir un joli feu d'artifice aux supporters et aux passionnés pour célébrer le retour aux affaires de la Jeep Elite, de la Pro B et de la Ligue Féminine. Sauf que le coronavirus est toujours bien présent. Et qu'il ne semble pas prêt de vouloir laisser la balle orange tourner en paix.

A l'heure de se présenter sur la ligne de départ de la saison 2020-2021, pas un seul club professionnel ne part dans les mêmes conditions. Comme si la présaison n'était pas suffisamment synonyme de tâtonnement, de recherche de sensation, la Covid-19 a corsé un peu plus la donne et n'a épargné personne. Les contaminations ont été nombreuses au sein des effectifs et ont contraint l'annulation de près de 40% des rencontres de préparation prévues, sans compter les arrivées tardives de nombreux joueurs étrangers bloqués dans leurs pays. Si Roanne a été la formation de Jeep Elite la plus épargnée et a pu disputer dix rencontres amicales entre le 19 août et le 18 septembre, Nanterre n'a pu prendre part qu'à deux matches à cause de joueurs malades du coronavirus.

à voir aussi L'histoire d'Elia Fontaine, basketteuse belge de 18 ans, amputée à cause du Covid-19 L'histoire d'Elia Fontaine, basketteuse belge de 18 ans, amputée à cause du Covid-19

Cette fois, la LNB a anticipé

Face à cette situation et après avoir longtemps tergiversé sur le sort de la saison 2019-2020, la Jeep Elite a cette fois retenu la leçon. La priorité est de mener à bien la saison régulière, quitte à sacrifier la phase finale des play-offs. Et si jamais le championnat venait à ne pouvoir aller à son terme, un champion serait désigné par un calcul hybride étonnant : un système de ranking qui prend en compte les résultats des trois dernières saisons.

Autour du championnat aussi, la tendance est à la prévision et à la précaution. Le All-Star Game à Bercy, traditionnel match entre les meilleurs joueurs de la division à mi-saison a été d'ores et déjà annulé. La Leaders Cup, la compétition disputée au terme de la phase aller du championnat, pourrait subir le même sort. La LNB se laisse jusqu'à la mi-novembre pour trancher et éviter la longue attente qui avait conclu l'exercice 2019-2020 entre frustration et crispation. D'ici là, le championnat permettra peut-être d'y voir plus clair, alors que les joueurs de Pro B ont déjà débuté leur Leaders Cup, débutée pour la deuxième division avant le championnat.

"À un moment donné, il faut être cohérent" : le mic-mac des procédures

La Ligue assure en tout cas être bien consciente des risques de report nombreux ces prochaines semaines. Un comité sanitaire a été mis en place avec un protocole strict : tests PCR tous les lundis et des recours possibles à ce comité pour demander un report si deux joueurs ou trois membres de la délégation complète d'une équipe (joueurs, encadrement technique, staff médical) sont testés positifs simultanément. Ce même protocole a été repris dans les grandes lignes par la Fédération française de basket pour la Ligue Féminine. Mais il est encore loin de faire l'unanimité. 

La finale de la Coupe de France, autre compétition régie par la FFBB, qui devait se disputer samedi dernier entre Lyon et Bourges en préambule de la saison n'a finalement pas eu lieu suite au refus des deux équipes de prendre part à la rencontre. Trois joueurs berruyères, et une Lyonnaise avaient été testées positives au coronavirus plus tôt dans la semaine. "Le test a été fait lundi, donc on a effectivement été des cas contacts avec les filles positives, a expliqué Elodie Godin, capitaine de Bourges, au Berry Républicain. Quand tu fais le test lundi et que tu es négative, jeudi ou vendredi tu peux être positive. C’est le problème avec ces tests. Quand on en a eu les résultats mercredi, tout le monde pensait que le match allait être annulé.

à voir aussi Basket : la finale de la Coupe de France dames entre Bourges et l'ASVEL annulée au dernier moment Basket : la finale de la Coupe de France dames entre Bourges et l'ASVEL annulée au dernier moment

Le comité avait alors considéré le report comme non indispensable puisque Bourges pouvait compter sur huit joueuses professionnelles, malgré les trois cas positifs. "Sans vouloir polémiquer sur les protocoles, je vois celui des garçons qui dit que tout le monde doit être à l’isolement s’il y a trois cas positifs. Et nous les filles, on a trois cas mais il faut aller jouer une finale à Bercy, s'est agacée Elodie Godin au Berry Républicain. En Pro B, il y a eu un match annulé pour un cas… Et nous on veut nous foutre sur un parquet avec trois cas confirmés. À un moment donné, il faut être cohérent."

Deux autres joueuses des Tango ont été déclarées positives à la Covid-19 mercredi après de nouveaux tests. Et l'hécatombe ne fait peut-être que débuter. Le Portel (Jeep Elite), déjà largement perturbé durant sa préparation, a annoncé mercredi le report de ses deux premiers matches de championnat prévus samedi 26 puis mercredi 30 septembre à domicile.

Le public pourra-t-il être au rendez-vous ?

Outre les conséquences déjà lourdes sur les parquets, les clubs s'attendent aussi à souffrir autour. La fin de saison sabordée par la Covid-19 a laissé des traces pour le moment modérées dans les caisses : seulement 5% de baisse moyenne des budgets cette saison selon la Direction nationale du conseil et du contrôle de gestion des clubs professionnels (DNCCG). Mais si la plupart des partenaires privés ont maintenu leur engagement, la billetterie va, elle, être frappée de plein fouet. 

La Ligue Nationale de basket doit revoir intégralement sa copie sur la jauge des spectateurs, basée sur l'ancienne "palette de couleur" du gouvernement pour les zones d'alerte. Si les départements actuellement en "vigilance" permettent un accueil de public jusqu'à 5000 spectateurs sans distanciation supérieure, l'incertitude est totale pour ceux placés en alertes par le gouvernement, en particulier ceux en alerte renforcée. C'est le cas pour les villes de Lille ou Rouen qui comptent des clubs en Pro B, ou encore de Villeurbanne (Jeep Elite) et Villeneuve d'Ascq (Ligue Féminine) limitrophes de Lyon et Lille. Le club villeurbannais a d'ores et déjà fermé sa billetterie "jusqu'à nouvel ordre" et s'en fie à la jauge de 1000 personnes fixée par le gouvernement pour les événements publics dans les départements en alerte. Olivier Véran a également brandi cette menace d'alerte "renforcée" sur Dijon et Strasbourg, deux pensionnaires de Jeep Elite. Dans ces zones, les salles de sport et gymnases devront être fermées. L'Etat par la voix des différents préfets va désormais devoir clarifier la situation et accorder aux clubs des dérogations grâce à "un protocole sanitaire strict", comme évoqué par le ministre de la Santé.

à voir aussi Jauge abaissée à 1 000 spectateurs, fermeture des gymnases... ce qu'il faut retenir des nouvelles mesures sanitaires concernant le sport Jauge abaissée à 1 000 spectateurs, fermeture des gymnases... ce qu'il faut retenir des nouvelles mesures sanitaires concernant le sport

Et ensuite, l'Europe

Dans ce flot d'inconnues, l'espoir et le plaisir de retrouver les terrains subsiste encore. Les premières rencontres de Jeep Elite Nanterre – Bourg-en-Bresse et Monaco – Boulogne-Levallois ont eu lieu mercredi sans accroc. La Ligue Féminine devait reprendre, elle, vendredi et samedi, malgré les doutes sur la tenue de plusieurs matches (Charnay – Lyon, Saint-Amand – Landerneau, et Bourges – La Roche Vendée). La 1re journée a finalement été reportée. "Le groupe sanitaire fédéral (...) a décidé du report des six rencontres de la première journée de Ligue Féminine. La date du 14 octobre 2020 a été retenue par la Commission fédérale des compétitions pour jouer ces matches", a indiqué la LFB.

Et les clubs ne sont pas au bout de leurs peines. La confusion est plus grande encore sur la scène européenne, déjà reconnue en temps sanitaires normaux pour son manque de lisibilité. A chaque Coupe d'Europe ses organisateurs et donc sa gestion particulière. L'Euroligue et l'Eurocoupe masculine, gérées par l'Euroleague, proposent un protocole permissif mais aux sanctions drastiques : trois reports possibles maximum par rencontre mais un match perdu par forfait pour l'équipe responsable si aucune date de reprogrammation n'est disponible, ou si elle n'est pas en mesure d'aligner huit joueurs négatifs au coronavirus.

La FIBA Europe, division européenne de la Fédération Internationale de basket, a d'ores et déjà allégé la formule de l'Euroligue et de l'Eurocoupe féminine cette saison avec une phase de groupe disputées sur deux fenêtres et en un même lieu. La FIBA a également annoncé ce jeudi une refonte de la Ligue des champions masculine 2020-2021 pour diminuer le nombre de rencontres. Mais tout ça, ce sera pour un autre temps.