Thomas Heurtel
Thomas Heurtel, ici face à la Russie en préparation, fait les frais du retour de Tony Parker en équipe de France | POL EMILE / SIPA/SIPA

Thomas Heurtel, le 13e homme

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Grand absent de la liste des douze joueurs retenus par Vincent Collet pour participer à l’EuroBasket 2015, Thomas Heurtel (26 ans) est "surpris et déçu" du choix réalisé dimanche par le sélectionneur. Son profil plaidait a priori en sa faveur, mais les circonstances en ont voulu autrement. Explications.

Vincent Collet a annoncé la nouvelle à ses joueurs juste après leur sieste, dimanche, lors du meeting d’avant-match : Mouhammadou Jaiteh et Thomas Heurtel n’iront pas à l’Euro. Pour le premier – par ailleurs très convaincant depuis le début de la préparation – c’était attendu. Pour le second, en revanche, c’était beaucoup moins évident. Heurtel était, avec Evan Fournier et Charles Kahudi, voire Antoine Diot et Mickael Gelabale, l’un des nombreux candidats au dernier siège éjectable de la liste. "Ça n’était pas une décision facile", admettait hier encore le sélectionneur.

Pourquoi ça fait débat

Parce que Thomas Heurtel avait joué un rôle déterminant dans la quête à la médaille de bronze, l’été passé lors de la Coupe du monde 2014. En l’absence de Tony Parker, le meneur de jeu formé à Pau-Orthez, propulsé titulaire, avait dépassé toutes les espérances. Son quart de finale face à l’Espagne ultra-favorite, à Madrid, restera même dans les annales du basket français : 13 points, 4 passes, et le shoot du tournoi à une minute du buzzer final. "J’étais rentré dans la compétition un peu timidement, mais petit à petit, j’ai su prendre mes marques, nous confiait-il le mois dernier. Ce qui s’est passé contre l’Espagne, ça a été un déclic. Ça a changé le regard du public français, qui me connaissait peu". Et pour cause : depuis son départ de Strasbourg en 2010, Heurtel évolue dans les championnats étrangers peu médiatisés dans l’Hexagone. Apès Alicante et Vitoria, où il s’est révélé à l’échelle européenne, le natif de Béziers a pris les rênes de l’Efes Istanbul la saison passée, devenant ainsi le cadre d’une équipe qui vise l’Euroligue. Le meilleur joueur de la dernière coupe de Turquie assure avoir "gagné en maturité, en leadership".

Ce nouveau statut semblait avoir fait d’Heurtel un nouvel élément incontournable en équipe de France. Au début de la préparation, personne, pas même Vincent Collet, ne semblait d’ailleurs prêt à l’écarter. "Quand on a commencé le 19 juillet, on n’était pas du tout dans cette optique : cette idée de nous effleurait même pas", a reconnu dimanche le coach strasbourgeois. Le retour de Tony Parker lui donnait forcément moins de liberté, mais en tant que seul autre meneur pur du groupe (Antoine Diot et Nando de Colo sont des arrières avant d’être des postes un), passeur avant d’être shooteur, sa place semblait légitime. En outre, habitué au jeu européen et aux responsabilités qu’exigent la mène d’une sélection nationale, sur la lancée d’une belle coupe du Monde et d’une grosse saison en club, il représentait une alternative très solide – certains diront la seule alternative – derrière "TP" au poste un.

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Pourquoi son départ est légitime

Parce que, comme l’a clairement expliqué Vincent Collet dimanche en conférence de presse, "c’est toujours difficile pour les meneurs de s’exprimer derrière Tony : il prend beaucoup de place". Le retour en sélection du meneur des Spurs, économisé depuis le début de la préparation, a un impact tel qu’il ne laisse plus aucune place significative à Thomas Heurtel. Derrière TP, a précisé Collet, "donner des miettes à l’un (Antoine Diot) et à l’autre (Thomas Heurtel) n’était pas le moyen pour qu’un des deux soit réellement performant". Entre l’arrière de la SIG qu’il connaît parfaitement (il l’avait lancé au Mans en 2007) et le meneur d’Istanbul qu’il ne voulait pas cantonner à un rôle de réserviste, Collet a fait son choix. Ce dernier ne repose pas sur de vagues convictions : depuis le début de la préparation, certes limité à de courtes séquences, Heurtel ne convainc pas. "Il y a aussi la montée en puissance de Nando (de Colo), précise Collet. Il est à l’aise et joue à son meilleur niveau".

Ses concurrents dans la course au dernier fauteuil, Evan Fournier et Charles Kahudi, remplissent eux d’autres cases nécessaires à l’équilibre du jeu tricolore. "Charles est capable d’amener son explosivité, sa férocité, son impact défensif", se défend le sélectionneur, qui s’est toujours beaucoup reposé sur l’apport de l’ex-Manceau en sortie de banc. "Evan, comme l’an passé, monte en puissance. Il a d’abord été desservi par son manque d’expérience européenne mais les jours, les semaines qui passent lui permettent de trouver les timings, d’être à l’aise", ajoute-t-il. Une préférence logique tant l’apport offensif du Magic, sans pareil sur le banc tricolore, est évident. Sur les trois derniers matches de préparation, il affiche une réussite insolente (10/13 aux tirs, dont 5/7 longue distance), bien que limité à de brefs passages. La défense du titre européen se fera donc sans le deuxième meilleur marqueur des Bleus lors du dernier Mondial. Sauf blessure. Mais cela "ne pouvait pas être le seul critère de choix, conclut Collet. Quand on tranche, on peut simplement avoir l’humilité d’espérer ne pas s’être trompé".

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