Bjelica
Nemanja Bjelica pourrait intégrer le cinq-type de l'EuroBasket 2015 | PHILIPPE HUGUEN / AFP

EuroBasket : Nemanja Bjelica, la guigne dure trois ans

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Nemanja Bjelica (27 ans), MVP de l’Euroligue la saison passée, est l’un des atouts majeurs de la Serbie qui tentera de priver la France de médaille dimanche (14h00). Des rues de Belgrade jusqu’à la NBA, le parcours de l’ailier a été marqué par les blessures et les coups du sort, à tel point qu’il a un temps envisagé d’arrêter le basket. Portrait.

Le ‘Blok 70’ est un quartier résidentiel posé au bord de la Save, l’un des deux fleuves qui traversent Belgrade. Il est constellé de bâtiments gris sans âme qui accueillaient, du temps de l’ex-Yougoslavie, les familles d’ouvriers venus s’installer dans la capitale serbe. Il s’agit aujourd’hui du quartier chinois de la ville. C’est là que Nemanja Bjelica est né et à grandi. Là, aussi, que sa carrière de basketteur pro a failli voler en éclats.

C’était il y a dix ans. Le jeune espoir de 17 ans, couvé par les formateurs du prestigieux Partizan Belgrade, était rentré de l’entraînement avec deux amis quand quinze voyous leur étaient tombés dessus. "Il faisaient tous parti d’un gang, raconte Bjelica dans une interview accordée en 2010 au site de l’Euroligue. Ils nous ont sérieusement amochés. J’en suis sorti avec un coude cassé et un énorme hématome sur la jambe". L’adolescent est arrêté pendant quatre mois. C'est le début d’une longue période de galères. "Une fois guéri, le Partizan m’a coupé de l’effectif, estimant que ma génération n’était pas assez prometteuse et préférant tout miser sur la génération suivante". Tous les joueurs nés en 1988 sont invités à trouver un autre club. Bjelica s’accroche et intègre un nouvel effectif, le KK Superfund. La plupart de ses anciens coéquipiers se retrouvent à la rue. "Ils ne savaient pas quoi faire d’eux-mêmes".

"Pourquoi moi?"

En pleine lumière au Partizan, l’ailier est passé sous les radars. Il végète dans un groupe sans avenir où il n’a pas sa place. Son agent lui dégote une opportunité à Rimini, en deuxième division italienne. Bjelica accepte, mais le club se rend compte après-coup qu’il ne peut engager plus de deux joueurs étrangers, et le transfère immédiatement à Traiskirchen, formation du très modeste championnat autrichien. Plombé par des problèmes de visa, il manque la quasi-totalité de sa première saison, trouve ses aises l’année suivante (8,5 points de moyenne), et s’apprête à prendre son envol dans un nouveau pays quand il se fracture la jambe. "J’étais désespéré, se souvient-il. La malchance m’avait retrouvé. Je me demandais : ‘pourquoi moi ?’". C’en est trop pour le joueur, qui à 20 ans, envisage d’arrêter le basket pour de bon.

Sept ans plus tard, Nemanja Bjelica a squatté quelques-uns des meilleurs clubs européens et se prépare à débuter une seconde carrière en NBA. Nommé MVP de la saison d’Euroligue en mai dernier (12,1 points à 56% de réussite et 8,5 rebonds de moyenne), il rejoindra dès la fin de l’Euro les Timberwolves de Minnesota, qui l’avaient drafté en 2010. Pourtant, Bjelica assure qu’il péricliterait aujourd’hui encore en Autriche s’il n’avait pas été repéré par Svetislav Pesic, ancien joueur du Partizan devenu sélectionneur l’Allemagne (champion d’Europe 1993) puis de la Yougoslavie (champion d’Europe 2001 et champion du monde l’année suivante).

Le professeur

Le jeune joueur avait rencontré Pesic en 2008, l’été de sa rééducation, à Belgrade. L'entraîneur, qui venait de prendre les rênes de l’Etoile Rouge, l’autre club phare de la ville, avait mis à l’essai ce grand ailier encore un peu brut de décoffrage. Appréciant sa vision de jeu, sa rapidité et sa qualité de dribbles, rares chez un joueur de sa taille (2,08m), il lui avait fait une place dans son effectif. "J’étais terrorisé à l’idée de jouer pour lui, se rappelle Bjelica. Je l’avais vu à la télé, quand il avait gagné la Coupe du monde à Indianapolis. Les sept premiers jours, je n’arrivais pas à croire que je m’entraînais sous ses ordres. Je lui dois tout".

En 2009, le Serbe explose : il passe de 4,6 à 18,9 points de moyenne, porte l’Etoile Rouge qui file en finale du Championnat. Il figure sur la liste des douze joueurs retenus par le légendaire Dusan Ivkovic pour participer à l’Euro. Il rentrera avec une médaille d’argent. La célébration sur le balcon de l’hôtel de ville de Belgrade restera comme "le plus beau moment de (sa) vie". Après trois saisons dans à Vitoria, dans le meilleur championnat européen (la Liga ACB), il a signé en 2013 au Fenerbahçe, où il est devenu l’an passé le meilleur joueur de la saison d’Euroligue. La consécration.

Auréolé de ce nouveau statut de superstar, il a entamé l’EuroBasket 2015 tambour battant. D’entrée, il a battu son record en sélection (24 points) face à l'Espagne. "C’est un joueur fantastique, très difficile à défendre, avait lâché, admiratif, Sergio Scariolo, le sélectionneur de la Roja. Il est très mature, aussi. C’est ce qui lui a permis de traverser tous les moments difficiles qu’il a connus au début de sa carrière". Vingt-quatre heures plus tard, contre l’Allemagne, il sauvait son équipe en réussissant le shoot de la victoire. Et a depuis enchaîné les coups d’éclat, contre l’Italie (19 points à 8/10, 9 rebonds) ou la Finlande (19 points, 14 rebonds). Dimanche, son duel face à Nicolas Batum pourrait dicter l’issue du match pour la troisième place, mais Bjelica, surnommé "le professeur" par son équipier Miroslav Raduljica, n’est pas du genre à perdre son sang-froid. Son secret ? "Me rappeler d’où je viens, la situation dans laquelle j’étais il y a sept ans. Ça m’apaise".

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