EuroBasket France
Les douze Français médaillés de bronze à l'Euro 2015 | AFP

EuroBasket : Le bilan des Bleus, joueur par joueur

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Médaillée de bronze dimanche à Lille, l’équipe de France, meilleur bilan de l’EuroBasket 2015 (huit victoires, une défaite), a réalisé un championnat solide mais regrettera à jamais le scénario de la demi-finale perdue face à l’Espagne. Pour Vincent Collet, il s’agit désormais de "pérenniser ce groupe marqué par le mélange des générations" en vue du tournoi de qualification olympique, en juillet prochain. Qui a marqué des points ? Qui a déçu ? Qui a terminé dans le cinq-type du tournoi ? On fait le bilan, joueur par joueur.

Tony Parker
Stats : 12,0 points, 2,2 rebonds, 4,2 passes
Après un repos bien mérité l’été dernier, Tony Parker a fait son retour en équipe de France pour jouer l’Euro à la maison. Sans doute l’avait-il rêvé autrement. Sur le plan collectif, évidemment, puisqu’il ne rêvait que d’or et devra rentrer à San Antonio avec une médaille de bronze. Mais sur le plan individuel, le meneur des Spurs n’a tout simplement pas été au niveau. Il l’a admis vendredi matin, au lendemain de la défaite face à l’Espagne. Le meilleur marqueur de l’histoire de l’EuroBasket avait pourtant fait le nécessaire, notamment au niveau de la préparation physique, pour aborder la compétition dans les meilleures dispositions. Mais il n’a jamais trouvé le bon rythme, incapable de "jouer comme (il) joue depuis 15 ans". Un instant de grâce, toutefois : ses neuf points d’affilée salvateurs face à la Lettonie en quart de finale. Et puis, ça aurait pu être pire, car une défaite en huitième aurait mis fin à sa carrière internationale. Qualifié pour le TQO, la France pourra encore compter sur le plus grand joueur de basket de son histoire pour une dernière danse en 2016.

Léo Westermann
Stats : 2,7 points, 0,6 rebond, 1,0 passe
Le meneur limougeaud n’avait pas prévu de passer ses vacances à Montpellier et à Lille. Deux jours avant le début de l’Euro, il s’entraînait encore avec ses équipiers du CSP pour préparer la prochaine saison de Pro A, bien loin des préoccupations de ses compatriotes retenus par Vincent Collet sur la liste des douze. Mais le forfait de dernière minute d’Antoine Diot, suivi par "l’affaire Thomas Heurtel", retenu par son club, a poussé le sélectionneur à jeter son dévolu sur l’Alsacien, qui avait déjà participé à une campagne de préparation des Bleus sans jamais participer à une compétition officielle. Utilisé huit minutes seulement durant les phases finales, Westermann a surtout été décisif face à la Bosnie au premier tour, où ses trois shoots derrière l’arc avaient débridé l’attaque française. Du reste, il s’est montré encore un peu tendre, même s’il est difficile de s’illustrer avec si peu de temps de jeu. Du haut de ses 23 ans, il sera sans nul doute l’un des candidats à la succession de Tony Parker.


Nando De Colo
Stats : 13,1 points, 5,2 rebonds, 3,7 passes
Le grand public connaissait déjà Nando De Colo avant l’Euro : joueur de collectif, appliqué, shooteur fiable, sixième homme précieux. Mais il ne connaissait pas ce Nando de Colo là : leader imperturbable, slasher agressif, capable de mener le jeu de l’équipe de France en lieu et place de TP comme s’il avait fait ça toute sa vie. Devant son public, le joueur du CSKA Moscou a réalisé un tournoi de rêve. Elu dans le cinq-type du tournoi après une nouvelle perf contre la Serbie (20 points), il est entré dans une nouvelle dimension. Difficile de croire qu’il y a un peu plus d’un an, les Raptors avaient à peine utilisé le Nordiste, dont la justesse, la régularité et le volume de jeu ont impressionné ses propres équipiers. Nicolas Batum estime qu’il est "l’un des joueurs les plus sous-estimés dans le basket mondial". Ces deux dernières semaines, il a tout simplement été le meilleur arrière de l’EuroBasket. 

Evan Fournier
Stats : 6,8 points, 1,8 rebond, 1,4 passe
Evan Fournier a soufflé le chaud et le froid ces deux dernières semaines. Dans la foulée d’une très bonne prépa, l’arrière d’Orlando a été tantôt brillant (12 points et 3 interceptions contre la Turquie, 15 points à 6/7 contre la Serbe), tantôt frustrant (2 point à 0/3 contre la Bosnie, 0 point à 0/3 contre la Russie). Il était certes difficile d’être régulier dans ce rôle d’électron libre appelé à amener de l’énergie et du scoring en sortie de banc, mais Fournier a parfois eu du mal à dynamiser l’attaque tricolore dans le bon tempo. Au lieu de s’ajuster à la défense adversaire, "il va tout droit", avait résumé Vincent Collet. Sans doute par souci de vouloir trop bien faire, mais aussi par manque d’expérience. Il semble toutefois certain que Fournier fasse partie des futurs plans du sélectionneur français, ce qui a du sens tant l’ancien Poitevin parvient à électriser le jeu sur de courtes séquences.

Charles Kahudi
Stats : 3,0 points, 3,0 rebonds, 0,9 passe
En onze minutes passées sur le parquet face à la Serbie, Charles Kahudi a rappelé pourquoi sa présence en équipe de France ne souffrait d’aucune contestation. Placé en défense sur le meilleur attaquant adverse, Milos Teodosic, le nouveau pensionnaire de Villeurbanne a réalisé un travail défensif ahurissant, se maintenant toujours à moins d’un mètre du meneur serbe, l’empêchant de prendre le moindre shoot facile – le moindre shoot tout court, en fait. Il avait fait son retour sur le banc ovationné par le public du stade Pierre-Mauroy, qui avait repris son nom en chœur. Et même s’il n’aime pas se présenter comme le porte-bonheur de l’équipe de France, il faut rappeler que Kahudi est monsieur 100% : en quatre campagnes, il a décroché quatre médailles (2011, 2013, 2014, 2015).

Mickaël Gelabale
Stats : 6,4 points, 2,4 rebonds, 0,4 passe
L’assurance tous risques de l’équipe de France. D’un calme olympien, sur et en dehors du terrain, Mickaël Gelabale a encore joué un rôle crucial cet été. Pas gêné le moins du monde par l’émergence de De Colo qui l’a recalé sur le banc, le Guadeloupéen a rempli sa mission, laquelle consiste souvent à débloquer l’attaque tricolore quand celle-ci s’enlise dans des choix compliqués, car l’ailier manceau rend tout plus facile, même les tirs impossibles. Décisif contre la Pologne (12 points à 6/7), précieux dans les moments difficiles contre l’Espagne (10 points), Gelabale n’a certes pas réalisé la saison de sa vie l’an passé à Limoges, mais il a confirmé qu’il reste un inconditionnel en sélection. 

Nicolas Batum
Stats : 9,1 points, 3,6 rebonds, 1,3 passe
Leader de l’attaque tricolore durant la Coupe du monde 2014, Nicolas Batum dit avoir pris beaucoup du plaisir à se mettre en retrait, « moins dans la finition », avec les retours combinés de Parker et De Colo. Il n’a pourtant pas réussi à se libérer totalement pendant cette campagne européenne. Jamais il n’a terminé à plus de 50% de réussite ; jamais il n’a franchi la barre des 16 points ; jamais il n’a mis plus de deux tirs à trois-points. Malgré de nombreux ratés, il a sans doute sorti son meilleur match contre l’Espagne (14 points, 7 rebonds), où son missile derrière l’arc a envoyé les deux équipes en prolongation. Mais le paradoxe Batum faisant son œuvre, l’ailier de Charlotte a ensuite manqué les trois lancers-francs de l’égalisation, lui qui s’était "juré de ne jamais manquer de lancer important en équipe de France".


Florent Piétrus
Stats : 1,2 point, 2,9 rebonds, 0,2 passe
Dans la retenue offensive qui le caractérise (il n’a rentré que quatre paniers durant toute la compétition et n’a pas mis le moindre point de toutes les phases finales !), Florent Piétrus a réalisé un Euro à son image : solide, dévoué au collectif et à la défense. Il a pris deux fois plus de rebonds qu’il n’a tenté de tirs et a intercepté plus de balles qu’il n’en a perdu. Dans le groupe, sa voix fluette porte toujours autant et tape juste. Avant l’Espagne, il appelait à "défendre comme des chiens". Avant la Serbie, il voulait que les siens jouent pour la médaille de bronze "comme si c’était une finale". Et si le TQO n’est que dans un an, Piétrus annonce déjà la couleur : "il faut savoir se retrousser les manches et repartir au charbon".

Boris Diaw
Stats : 6,2 points, 3,0 rebonds, 4,0 passes
En 2013, quand la France avait été sacrée championne d’Europe, Boris Diaw était encore le troisième marqueur des Bleus, leur deuxième rebondeur et leur meilleur passeur. Deux ans plus tard, l’homme à tout faire des Spurs, mieux entouré, pèse nettement moins sur le jeu des Bleus. Il joue un peu moins de minutes, shoote peu, ne prend quasiment plus jamais sa chance à trois-points (trois tentatives seulement dans le tournoi), et se place plus que jamais dans le rôle du facilitateur de jeu. Faire un bilan individuel avec Diaw semble dérisoire, tant ses performances ne sont destinées qu’à huiler le collectif tricolore. Il n’y a qu’en quart de finale, face à la Lettonie, que le capitaine des Bleus s’est illustré en attaque (14 points à 7/12). Le lendemain, en conférence de presse, il s’amusait en glissant que "(sa) confiance est inébranlable", avant de rappeler que "tout ce qui compte, ce sont les intérêts de l’équipe".

Joffrey Lauvergne
Stats : 9,6 points, 5,6 rebonds, 0,8 passe
L’infatigable intérieur des Nuggets a définitivement trouvé sa place en équipe de France. La concurrence intérieure était pourtant énorme (Noah, Séraphin, Ajinça), mais Lauvergne est passé entre les mailles du filet, et c’est tant mieux. Il fallait voir son visage, lors du huitième de finale contre la Turquie (12 points, 9 rebonds), ou en demie contre l’Espagne (11 points à 5/7) : il bouillonnait ! Encore un peu sous-dimensionné pour dominer en attaque dans la peinture, il a en revanche développé un tir plutôt fiable dans le périmètre. En défense, il a fait le bonheur de Vincent Collet qui peut compter sur lui pour défendre tant sur les intérieurs que les arrières adverses. Et quelle activité ! Le meilleur remplaçant français de l’Euro.

Rudy Gobert
Stats : 10,4 points, 8,1 rebonds, 2,0 contres
Rudy Gobert a changé le visage de l’équipe de France. Avec lui, tout semble plus facile. En attaque, il est un point d’ancrage idéal, un ramasse-miettes qui prend presque autant de rebonds offensifs (34) que défensifs (39), un insatiable poseur d’écrans. En défense, il est tout simplement le joueur le plus dissuasif d’Europe. Aucun autre pivot ne parvient à ce point à faire de la raquette un domaine dans lequel on ne rentre pas sans avoir peur de se faire contrer (18 blocks dans le tournoi). Appliqué, volontaire, Gobert a mis tout le monde d’accord jusqu’au bout, son dernier match dans le tournoi étant sans doute le meilleur de sa jeune carrière en sélection (15 points, 14 rebonds, 3 contres). Si seulement il n’avait pas été gêné par les fautes en demi-finale…

Mouhammadou Jaiteh
Stats : 2,0 points, 1,7 rebonds
Rappelé par Vincent Collet à neuf jours du début de la compétition suite au forfait d’Alexis Ajinça, Mam Jaiteh, le plus jeune joueur du groupe tricolore (20 ans), a passé deux semaines "extraordinaires". Forcément peu utilisé pour sa première compétition internationale, le pivot de Nanterre n’a joué que 18 minutes durant le tournoi (cinq rebonds et trois paniers marqués). Mais l’essentiel était ailleurs. "Tout le monde savait que ma présence n’était pas prévue : être là, c’est du bonus, j’essaye chaque jour d’apprendre et de retenir des choses sur et en dehors du terrain, avait-il déclaré avant la demi-finale contre l’Espagne. J’ai la chance d’être avec les meilleurs. Pour moi, c’est juste exceptionnel". Conscient qu’il est appelé à jouer un rôle au sein de cette équipe, dans un futur proche, il a tenté de "rattraper le peu d’écart" qui le sépare encore de Rudy Gobert et Joffrey Lauvergne à son poste. Dans la vie du groupe tricolore, il a "essayé d’être celui qui est toujours de bonne humeur".

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