Joffrey Lauvergne
Joffrey Lauvergne | NOLWENN LE GOUIC/LANDOV/MAXPPP/MAXPPP

EuroBasket : Joffrey Lauvergne, l’énergie vitale des Bleus

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Titulaire à la dernière Coupe du monde, Joffrey Lauvergne ne devait que ramasser les miettes cette année à l’Euro. Mais Joakim Noah a dit non, Kevin Séraphin n’a pas été retenu, Alexis Ajinça a été rappelé en dernière minute par sa franchise NBA, et voilà l’intérieur de 23 ans de nouveau appelé à jouer un rôle majeur en sélection. "Toujours à 200%", il se présente comme le shot d’adrénaline nécessaire à la défense du titre continental.

Il refuse de présenter le départ d’Alexis Ajinça comme une opportunité. Difficile, pourtant, de ne pas faire le lien entre le forfait très tardif du pivot des Pelicans, annoncé vendredi dernier, et la performance de Joffrey Lauvergne, vingt-quatre heures plus tard face à l’Allemagne. Avec 13 points et 8 rebonds en 14 minutes de jeu, l’ancien Chalonnais, plutôt discret voire décevant depuis le début de la préparation, s’illustrait enfin. Libéré par la certitude d’être la doublure directe de Rudy Gobert et convaincu d’avoir moins manqué d’envie que d’opportunités depuis le premier rassemblement tricolore à l’INSEP en juillet. "Les gens oublient que j’étais titulaire l’an dernier : je sais jouer au basket", sifflait-il. Vexé ? Disons plutôt piqué au vif.

"Il brasse du vent"

Une semaine plus tôt, Vincent Collet, "pas satisfait" par son niveau de jeu, l’avait pris à partie devant les médias. "Il est complet, c’est un energizer et plutôt un bon profiteur offensif. Mais s’il brasse beaucoup, c’est parfois plus du vent qu’autre chose". Lauvergne n’avait pas tiqué ("s’il le dit, je dois l’écouter") et s’était remis au boulot. Lundi, rassemblé avec les Bleus à Marcoussis, il revenait sur les critiques du sélectionneur avec un peu plus de recul. "Dans l’absolu, j’aurais préféré que ça reste privé, mais chaque coach a des façons différentes de faire passer des messages. Ce qu’il faut retenir, c’est ce qu’il m’a dit, assure-t-il sans la moindre once d’aigreur. J’aime beaucoup Vincent, et je pense que Vincent m’apprécie également. Il a fait ça en essayant de tirer le meilleur de moi".

La transition entre le club et la sélection est particulièrement acrobatique pour l’actuel pensionnaire des Denver Nuggets. S’il avait été recruté par le prestigieux Partizan Belgrade à l’hiver 2012, c’était bien pour son basket débordant d’énergie, ses allures de guerrier dans la raquette, ses prises de position autoritaires au poste bas et ses capacités à sortir les coudes au rebond. "La passion, seulement la passion. C’est comme ça que je joue, nous confie-t-il. C’est ma manière de prendre du plaisir sur un terrain. Cette passion plaisait à Belgrade, elle plait à Denver. En équipe de France, c’est différent. Vincent aimerait que je sois moins fou-fou. C’est une culture différente, qui prône un basket très cérébral".

Jusqu’à l’épuisement

Un monde où il détonne parfois, mais dans lequel il a vite trouvé sa place : intégré au groupe France dès l’été 2013 alors qu’il était sans club six mois plus tôt, l’équipe de France a offert à Lauvergne une reconnaissance nationale et un moyen de mettre à profit tous les qualités acquises sous les ordres de Dusko Vujosevic, le coach du Partizan, connu pour faire travailler ses joueurs jusqu’à l’épuisement physique et mental. Beaucoup auraient craqué pour moins que ça, mais le natif de Mulhouse, lui, n’en demandait pas tant. C’est parce qu’il estimait qu’on ne le faisait pas assez travailler qu’il avait soudainement quitté Chalon il y a trois ans. "M’entraîner une heure par jour, parce qu’il faut que les cadres récupèrent, ça ne me convenait pas : je me suis pris en main".

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A Belgrade, il adhère aux méthodes de son nouveau mentor, s’investit pleinement dans les entraînements interminables 'à la yougo', et cultive sa haine de la défaite. Son shoot est défaillant ? Il le travaille à raison de 1000 tentatives à trois points par jour, et s’offre ainsi un solide tir dans le périmètre. En cela, il intègre à sa palette offensive une arme que ne possédait pas son père Stéphane, 19 saisons pro et 16 sélections en équipe de France au compteur. C’est de lui qu’il tire son tempérament et sa faculté naturelle à se muer en bourreau de travail. "J’ai toujours eu envie de faire comme lui, même mieux", reconnaît le fiston.

S’il est toujours victime d’errements défensifs, Lauvergne a su se rendre essentiel parmi les Bleus. "Il est hargneux, plein d’énergie (…), c’est ce qu’on aime, souligne Nicolas Batum. On sait ce qu’il apporte depuis deux ans et on ne va pas douter de son investissement à l’Euro". L’intéressé reconnaît sa tendance à la dispersion, mais promet qu’il va "(se) concentrer", conscient que sa marge de progression dans le domaine est encore immense. "Il faut savoir se calmer, ne pas s’énerver ni contre l’adversaire ni contre les arbitres, explique-t-il dans une tentative d’autocritique. Mais je suis toujours à 200%. C’est aussi pour ça que je suis dans le groupe (…). L’énergie déployée, c’est un trait de caractère naturel et pour moi, c’est la chose la plus importante. Quand tu as ça, peut importe ce que tu fais : ça servira toujours à quelque chose".

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