Dacoury
La joie de Dacoury et du banc limougeaud | OLIVIER MORIN / AFP

André Garcia : "On a commenté tout le match au téléphone"

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Il y a 20 ans, le Limoges CSP rentrait dans l’histoire du sport français. En remportant le Championnat d’Europe des Clubs 1993 (ex-Euroligue) face au Benetton Trévise de Toni Kukoc, les « Jaunes » devenaient la première équipe tricolore à se hisser sur le toit du Vieux Continent. Pour l’occasion, FranceTV Sport s’est entretenu avec plusieurs acteurs, commentateurs et spectateurs de la mythique finale, à Athènes. Jusqu’au 15 avril, date-anniversaire du titre, retrouvez chaque jour le témoignage d’un personnage qui vécu l’évènement de l’intérieur.

Au micro de France Télévisions pour commenter le Final Four 1993, André Garcia nous livre les coulisses de la retransmission de la finale, en direct sur France 2, et les secrets d’une équipe qui avait la « foi ».

- Pourquoi France Télévisions avait-il choisi de diffuser la rencontre en direct à une heure de grande écoute ?
André Garcia : "En 1991, France 3 avait acheté les droits du Final Four, car ce dernier allait se dérouler en France cette année-là. Comme personne ne les avait, la chaîne les a obtenus pour trois ans. On a donc assisté à la victoire de Split et de Kukoc en 1991, puis au succès du Partizan Belgrade à la dernière seconde en 1992, jusqu’à – coup de chance – la qualification de Limoges pour la finale à quatre en 1993. Mais comme on pensait que Limoges n’avait aucune chance face au Real, seule la demi-finale était programmée. Le CSP s’est donc qualifié pour une finale que personne ne devait diffuser! Et changer une grille, ce n’est pas facile."

- Pourtant, le match a finalement bien été programmé…
A.D : "On s’est retrouvé à table, après la demi-finale au Pirée, avec le président de la Fédération Française de Basket, Yvan Mainini. On lui a dit que les finales ne devaient pas être retransmises. La seule solution, c’était de montrer que la notion de service public était encore importante, et qu’on ne pouvait priver le pays d’une telle finale. Il fallait avoir l’ego de le faire, quitte à forcer les portes. Je crois donc savoir que Mainini, en rentrant en France, a fait téléphoner tous les gens de son comité directeur au standard de France 2, jusqu’à ce que le président de France Télévisions de l’époque, Hervé Bourges, prenne la décision de diffuser le match. On était très heureux, mais assez craintifs, car on se retrouvait face une équipe a priori plus forte… jusqu’à la fameuse interception sur Toni Kukoc. Un problème de micro nous avait d’ailleurs obligés à commenter tout le match avec un téléphone ancien, qu’on se passait l’un à l’autre [avec Patrick Montel, ndlr] à chaque fois qu’on avait fini une phrase. C’était folklorique, mais le plus important était de permettre aux Français de suivre ce match."

« Ils avaient foi en eux »

- Quel était l’argument principal de Limoges pour espérer battre Trévise ?
A.D : "Une défense bien au point, élaborée par Maljkovic. Ils ne pouvaient pas marquer 100 points. Ils en étaient techniquement capables, mais ce n’était pas leur objectif. S’ils arrivaient à juguler leur adversaire sous les 60 points, c’était une victoire presque assurée. Tout le talent de l’entraîneur, c’est d’avoir su donner un style à cette équipe, et une foi en eux. Il a insufflé une grande confiance à ses joueurs. Collectivement, Limoges représentait une force énorme."

- Quelles images vous restent de cette finale aujourd’hui ?
A.D : "J’ai surtout en mémoire le bloc de Limoges, la force collective qu’ils dégageaient. Je pense que s’ils semblaient si costauds, c’est parce qu’ils se disaient tous avant la finale : « on a fait ce qu’on devait faire ». Pour cela, ils savaient qu’ils seraient très difficiles à battre. Je retiens aussi cette détermination. Évidemment, je me souviens aussi d’avoir vu beaucoup de couleur jaune autour de moi, pendant et après le match."

« Avant d’être le sport de l’année 2000, il fallait être celui de l’année 1995, 96… »

- Pourquoi le basket n’a-t-il pas réussi à "décoller" en France après Limoges?
A.D : "Dans ces années-là, on oubliait qu’avant de devenir « le sport de l’an 2000 », il fallait être le sport de l’année 1995, 96… Il y a eu des drôles de choix qui ont été faits, comme celui de l’argent tout de suite plutôt que la diffusion au plus grand nombre. Il y a aussi eu la volonté de la NBA de phagocyter le basket mondial. Ils avaient ce désir hégémonique et se sont donc tournés vers les meilleurs joueurs étrangers… qu’ils ne font parfois pas jouer. David Stern a fait de la NBA un produit, et ce produit a supplanté tout le monde. Les baskets nationaux se sont fait submerger, alors que notre avait une vraie légitimité et un public. Il aurait fallu qu’une grande chaîne s’empare du basket, diffuse un match par semaine et le fasse savoir. La transmission sur TPS Star (qui détenait l’exclusivité de la Pro A entre 2003 et 2007, ndlr), ça n’a pas été une grande réussite…"

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