L'équipe de France féminine de baseball lors d'une rencontre face aux Pays-Bas en phase de groupes des championnats d'Europe à Rouen
L'équipe de France féminine de baseball lors d'une rencontre face aux Pays-Bas en phase de groupes des championnats d'Europe à Rouen | FFBS / Yoann Montagne

Championnat d'Europe : De la création à la consécration en quelques mois, les Bleues à pas de géantes

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La France organise cette semaine le premier championnat d'Europe féminin de baseball, à Rouen. Les Bleues sont déjà qualifiées pour la finale samedi et peuvent décrocher leur place pour les Mondiaux 2020. Un vrai bond pour une sélection qui n'existait pas il y a encore quelques mois et pour un sport en plein essor.

Elles ne sont pas professionnelles. Elles ne courent pas après la gloire. A vrai dire, pour certaines joueuses, elles ne courraient pas tout court à ce niveau-là. L'équipe de France féminine de baseball n'est encore qu'un nouveau-né, mais, déjà, elle domine les Championnats d'Europe qu'elle organise à Rouen cette semaine. Alors que le baseball souffre d'un manque de notoriété en France vis-à-vis des Etats-Unis ou du continent asiatique, la sélection féminine peine un peu plus encore à se faire connaître. Longtemps, les joueuses ont été cantonnées au softball, sorte de version alternative du baseball qui se joue notamment sur un terrain plus petit et avec une batte plus petite. A tort, la discipline a donné l'impression de n'être qu'un "sport de filles", la faute notamment aux Jeux Olympiques où le baseball est chasse gardée aux hommes. Ce premier Euro dans l'Hexagone a pour but de casser ces codes et faire grandir un sport qui ne demandait que cela.

Si l'équipe de France féminine de softball participe aux championnats du monde depuis 2010, celle de baseball n'existait tout simplement pas. Pas de championnat de France, pas de circuit professionnel dans l'Hexagone, le baseball toussait encore à l'idée de se conjuguer au féminin malgré les bonnes performances de sa cousine, 6e des Europe de softball en juillet dernier. La fédération française se lance dans l'aventure. Il faut donc tout construire, à commencer par un effectif. Créer une équipe de toute pièce, mode d'emploi. "On a organisé un camp de détection en janvier, qui nous a permis d'identifier des athlètes intéressées et qui avaient le potentiel pour en faire partie" explique André Lachance, le manager canadien de la sélection. Quelques semaines plus tard, un autre rassemblement a lieu avec des joueuses de softball, prêtes à se lancer dans l'aventure. "J'ai reçu un appel de la fédération, et j'ai dû envoyer des vidéos pour être invitée au camp", se rappelle Marjorie Brunel.

"Devoir passer du baseball au softball, cela frustrait beaucoup de filles"

La Clermontoise, qui évolue sur le champ gauche pour le club de Clapiers-Jacou en première division de softball féminine a dû s'entraîner avec une équipe régionale masculine pour ces championnats d'Europe. Comme d'autres joueuses, elle a passé une bonne partie de sa jeunesse à faire du baseball avant d'être conduite à pratiquer le softball. "Jusqu'à il y a peu, à 15 ans, on était poussées au softball et cela frustrait beaucoup de filles, explique-t-elle. Certaines continuaient le softball parce qu'il le fallait, d'autres arrêtaient complètement." André Lachance confirme et regrette cette situation. "En Europe, des règles existaient dans plusieurs pays pour amener les joueuses parfois dès 12 ans à jouer au softball malgré leur passion et leur amour pour le baseball. Leur offrir un programme, des compétitions comme ces championnats d'Europe, c'est leur rendre service. C'est comme cela que cela a débuté en Amérique d'ailleurs."

Mélissa Mayeux le sait certainement mieux que quiconque. A 20 ans, la star de la sélection a rejoint les Etats-Unis en 2017 pour évoluer en université. Celle qui avait été la première femme retenue pour des camps de la MLB, le championnat nord-américain de baseball, il y a quatre ans, fait du softball à plein temps à Miami-Dade puis à la rentrée à la fac de Louisiana-Lafayette. Mais pour celle que son entraîneur qualifie de "belle ambassadrice du baseball féminin", la possibilité de faire partie de la première équipe de France féminine était trop tentante. "Les deux disciplines ne sont pas incompatibles, assure-t-elle. Le softball est une opportunité de jouer toute l'année pour moi aujourd'hui. Mais même si la taille de la balle est différente, le principe est le même."

La qualification pour les Mondiaux en jeu

Avec une équipe hybride, constituée de spécialistes du baseball comme de "transfuges" du softball, les Bleues font mieux que se défendre. Invaincues lors de la première phase avec quatre victoires, elles se sont même qualifiées pour la finale de la compétition une journée avant la fin de la phase de poule contre la République Tchèque et les Pays-Bas. Les trois nations sont pour l'instant les seules en lice, et resteront à jamais comme les pionnières. "Mais d'autres pays pourraient être intéressés, est convaincu Lachance. Faire cette première compétition européenne devrait permettre de voir débuter des programmes partout en Europe."

Outre les bons résultats sur le terrain, la compétition est aussi une réussite dans les tribunes. "Habituellement, il n'y a pas beaucoup de communication, hormis au sein de la fédération, même quand on a terminé 6e des derniers Championnats d'Europe, ce qui était déjà un bon résultat, se réjouit Mayeux. Là, on voit des affiches dans la ville, cela fait plaisir." "On voit même des fans des autres pays qui viennent encourager leurs équipes" surenchérit André Lachance.

Samedi, l'équipe de France jouera pour le premier titre de champion d'Europe de l'histoire mais aussi pour un billet pour les Championnats du monde en cas de sacre. "L'objectif était de se qualifier pour les Mondiaux. On a encore du travail, précise le manager des Bleues. On aime ce que l'on a vu jusque-là." Il faudra pour cela se défaire des Pays-Bas, "une équipe constituée à 100% de joueuses de baseball" décrit Mélissa Mayeux, et dominée à deux reprises lors de la première phase (4-3, 15-10) par les Tricolores. "Je suis très agréablement surprise de notre niveau, complète-t-elle, surtout pour une équipe qui vient juste de se construire. Tout le monde peut lancer, être à la batte. On ne pourra pas jouer le Top 3 mondial mais on pourra faire mieux que se défendre." "Ce n'est pas encore le rêve olympique, les championnats du monde, c'est déjà un bon début !" sourit pour sa part Marjorie Brunel.

Une qualification mettrait en tout cas le pied à l'étrier pour accélérer le développement de cette équipe et du baseball féminin dans l'Hexagone. Si les joueuses n'ont pas encore de visibilité à court terme, l'envie est bien présente et ne demande qu'à un peu plus se concrétiser. "Il faut voir ça avec la fédération. Si on se qualifie samedi, bien des choses peuvent arriver. Au Canada, des équipes féminines de baseball jouent dans des ligues avec des équipes masculines et cela fonctionne très bien" explique André Lachance.