L'Audi R18 Ultra N.3 prend le dessus sur la e-tron quattro N.1
L'Audi R18 Ultra N.3 prend le dessus sur la e-tron quattro N.1 | DR

Succès Ultra classique pour Audi

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La première victoire d’une hybride en endurance attendra au moins un gros mois et les 24 Heures du Mans. Malgré un excellent départ sous la pluie, les Audi R18 e-tron quattro ont subi la loi de la R18 Ultra uniquement thermique aux 6h00 de Spa, deuxième manche du championnat du monde (WEC). La N.3 de Dumas, Duval et Gené s’est imposée devant les trois autres voitures du constructeur Allemand pour un quarté inédit en Belgique (3-1-4-2).

Si l’on doutait de l’efficacité des e-tron quattro sous la pluie, il suffisait d’un tour pour s’apercevoir que les hybrides d’Audi n’avaient rien à craindre sur le mouillé. Lotterer et Kristensen s’envolaient dès le départ, ne laissant aux Ultra qu’une image de plus en plus furtive. Course pliée ? Pas vraiment. Car après la pluie, point de soleil mais un asphalte sèchant tour après tour. Marc Gené, suppléant de Bernhard en Belgique, tentait un coup de poker avec des pneus slicks pendant que les deux e-tron restaient en intermédaire. Contrainte de changer son capot avant l’heure de course, la N.2 perdait le contact. A coup de quatre secondes gagnées au tour, Gené faisait lui un festival pour combler la moitié de son retard. Le changement de pilote ne changeait rien à la remontée de la N.3. Déchaîné, Loïc Duval reprenait lui aussi une trentaine de secondes à Tréluyer avant d’arriver dans ses échappements. Les appels de phare de l’Ultra N.3 n’impressionnaient guère le vainqueur du Mans 2011 alors le nouveau venu chez Audi passait à l’offensive. Incisif, il finissait par s’emparer du commandement au 63e tour. A la mi-course, 14 secondes séparaient les deux Audi.

Audi en mode Ultra

Assez calme jusque-là, la ronde s’animait avec deux safety car coup sur coup. Au 93e tour, un accrochage entre les deux richissimes « gentlemen drivers » Luis Perez Companc (Oreca-Nissan N.49) et Tracy Krohn (Ferrari N.57) provoquait une première neutralisation. Deux petits tours sous drapeau vert et la Norma venait s’encastrer dans les pneus au milieu du raidillon de l’eau rouge. Sorti des stands en pneus froids, Philippe Haezebrouck détruisait sa LMP2. On risque de ne pas la revoir au Mans dans un mois si la coque est touchée. Placée derrière la deuxième voiture de sécurité (ndlr : A Spa, deux voitures neutralisent les concurrents en cas de safety car), l’Audi N.1 perdait elle de précieuses secondes et toute chance de s’imposer à la régulière. Dernier relayeur de la R18 de tête, Romain Dumas terminait le travail en toute quiétude devant la première hybride et la deuxième Ultra. Cette victoire d’une Audi thermique est une demi-surprise car les hybrides avaient dominé tous les essais. Sans concurrent, l’occasion était belle pour le constructeur d’Ingolstadt d’imposer sa technologie e-tron quattro pour la première fois. Mais Le Mans offre une caisse de résonance bien plus importante sur le plan marketing et Audi aura encore un peu de temps pour rectifier le tir.

Lola-Toyota en attendant Toyota

Audi intouchable, ils étaient plusieurs à se battre pour la catégorie fictive des LMP1 essence. Avec sa Dome, le Team Pescarolo s’est battu autant que ses moyens le lui permettaient. Après un départ prudent, Sébastien Bourdais se hissait jusqu’en 5e position devant la HPD du Strakka Racing. Au gré des ravitaillements et des safety car, la hiérarchie des essais finissait par se retrouver en piste tandis que la Dome S102.5 glissait dans le classement à cause d’un boîtier électronique. Heidfeld puis Prost retrouvaient eux leur vélocité et offraient à la Lola-Toyota N.12 de Rebellion le titre honorifique de la meilleure voiture essence en attendant l’entrée en lice de Totoya au Mans. A cinq tours de retard du vainqueur quand même. L’arrivée des TS030 est attendue avec impatience dans ce tout nouveau championnat du monde d’endurance qui ne survivrait peut-être pas à une deuxième saison à deux vitesses entre Audi et ses challengers.

Une Zytek dompte le LMP2

Catégorie la plus dense et la plus disputée sur le papier, le LMP2 n’a pas produit un suspense haletant. La Zytek de l’équipe Jota y a pourtant mis du siens en écopant d’une pénalité de trente secondes à deux heures de l’arrivée. Mais Sam Hancock et Simon Dolan avaient de la marge et ont rapidement repris la tête des petits prototypes. Deux Oreca-Nissan (N.25 et N.48) ont complété le podium. Dans le clan français, on a hâte de passer aux 24 Heures du Mans. Malgré leur statut, OAK Racing et Signatech n’ont pas pesé sur la course. Seule la Morgan-Judd N.35 Heinemeir Hansson et Leinders a occupé un temps la troisième marche de la classe. Copie à revoir. En GTE, Pro comme Am, Porsche a mis tout le monde d'accord. La Felbermayr-Proton N.77 a dominé les Ferrari d'AF Corse et Luxury au terme d'un superbe duel jusqu'au dernier virage. Même combat et même résultat chez les "amateurs" avec le doublé des Porschistes, la 67 d'Imsa Performance Matmut devançant l'autre 911 RSR de Felbermayr.

Réactions

Romain Dumas: "Cette victoire, c'est une belle surprise. En début de course, sur sol humide, la Quattro avec ses quatre roues motrices avait vraiment un gros avantage sur nous. On a perdu beaucoup de temps. Mais à Spa, il y a toujours des retournements de situation et c'est qu'il s'est passé. On a effectué un choix de pneus différent des autres ce qui nous permis de refaire notre retard de la première heure. Puis on s'est retrouvé dans le coup en vitesse pure sur sol sec. Nous n'avons fait aucune erreur. Les mécanos ont très très bien travaillé: la voiture était parfaite. Tout s'est bien passé. Nos réglages étaient peut-être meilleurs que ceux des Audi hybrides... Je ne sais pas ce qui n'a pas bien fonctionné chez eux. Mais l'important, c'était qu'une Audi gagne. On va continuer à travailler pour arriver aux 24 Heures du Mans dans les meilleures conditions. Toyota n'était pas présent à Spa. Au Mans ce sera donc une autre histoire".

Marc Gené: "La course s'est sans doute jouée sur le premier changement de pneus quand nous avons décidé d'abandonner les pneus pluie pour des +slicks+. La piste s'asséchait (après une heure de course, ndlr). Je me suis dit qu'il fallait prendre un risque pour tenter de faire la différence. J'en ai parlé aux ingénieurs. Alors que certaines autres équipes ont opté pour des intermédiaires ou ont préféré attendre en conservant les pneus pluie, j'ai opté pour m'équiper rapidement des slicks. J'avais confiance. Et ce fut la bonne décision. Car nous avons pris la tête puis au relais suivant Romain a accru l'avantage".

Loic Duval: "Pour être franc, on ne pensait pas être à pareille fête sur le sec. On a été capable d'attaquer. La voiture était simplement parfaite. Nous étions les plus rapides".

André Lotterer: "On a connu un excellent début de course. Sur piste mouillée le système Quattro était vraiment un avantage. Malheureusement, ce fut moins bon sur le sec. Je ne sais pas pourquoi. Il faudra analyser... Cela dit, cette course est très encourageante en vue du Mans, c'est une bonne base de travail".

Benoît Tréluyer: "Ce n'est pas la meilleure course de ma carrière. J'ai fait quelques erreurs; le choix de pneumatique n'a pas été très bon. Il faudra analyser tout ça".

Classement des 6 Heures de Spa

1. Dumas-Duval-Gené (FRA-FRA-ESP/Audi R18 Ultra) 160 tours
2. Fässler-Lotterer-Treluyer (SUI/GER/FRA/Audi R18 e-tron) à 46.801
3. Jarvis-Bonanomis (GBR-ITA/Audi R18 Ultra) 159 tours
4. Capello-Kristensen-McNish (ITA-DEN-GBR/Audi R18 e-tron) 159 tours
5. Prost-Jani-Heidfeld (FRA-SUI-GER/Lola Toyota) 156 tours
6. Bellichi-Primat (ITA-SUI/Lola Toyota) 155 tours
7. Leventis-Watts-Kane (GBR-GBR-GBR/Strakka Honda) 154 tours
8. Dolan-Hancock (GBR-GBR/Zytek Nissan) 151 tours
9. Martin-Kerr-Graves (AUS-GBR-GBR/Oreca Nissan) 151 tours
10. Hughes-Firth-Hartley (GBR-GBR-NZL/Oreca Nissan) 151 tours
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15. Bourdais-Minassian (FRA-FRA/Pescarolo Dome) 148 tours
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Xavier Richard @littletwitman