Ricky Brabec remporte le Dakar 2020
Ricky Brabec est le premier Américain à remporter un Dakar toutes catégories confondues | FREDERIC LE FLOC H / DPPI Media / DPPI

Rallyes-raids : Le road book fait sa révolution numérique

Publié le , modifié le

A l’heure du télétravail pour tous, le Dakar bascule à son tour dans le tout numérique. Fini le bon vieux rouleau de papier, place au road book 2.0 ! Ou quand le rallye raid fait son entrée dans le monde digital…

Les trousses et les crayons de couleurs vont rester au fond du cartable. Fini, les longues soirées de « coloriage » au coin du feu. Terminé, les annotations manuscrites à chaque danger notifié. Le bon vieux road book, ce long et précieux bout de papier qu’on découvrait et qu’on déroulait avec envie chaque soir sur un coin de table du bivouac, celui qu’on ramenait à la maison comme un trophée après l’arrivée, appartient désormais au passé. Tant pis pour les nostalgiques, place au numérique ! 

"C’est le futur !"

Dès cet automne, à l’occasion du Rallye du Maroc (9/14 octobre), les concurrents seront équipés d’une tablette numérique en lieu et place du bon vieux rouleau de papier. Un appareil scellé au tableau de bord, fourni par l’organisateur et activé le matin même de chaque spéciale. "C’est le futur !", résume Mathieu Baumel, copilote de Nasser Al-Attiyah, triple vainqueur du Dakar. "La vie sera différente pour nous sur le bivouac, c’est certain. Mais dans le même temps, notre travail ne sera plus le même. Il va falloir interpréter pendant qu’on roule. Savoir adapter sa vitesse pour s’accorder le temps de la réflexion, si besoin..."


Rallyes-raids : Le road book fait sa révolution numérique
© DR

Les soirées s’annoncent plus tranquilles pour les copilotes. "Ça change notre façon de travailler, très clairement", confirme Xavier Panseri, copilote de Khalid Al-Qassimi, 6e en 2018. "Je n’ai pas encore eu la possibilité de l’essayer, mais je trouve ça plutôt bien." Même réaction côté motards : "C’est une belle évolution. Il faut vivre avec son temps. C’est un beau projet, c’est pertinent", analyse Adrien Van Beveren, pilote Yamaha France. "On devrait normalement pouvoir adopter notre propre code couleur, personnaliser la tablette. Reste la question de la consommation électrique car question batterie, à moto, on est déjà limite."

"Beaucoup moins de tricherie possible"

Avant le départ en spéciale, chaque concurrent disposera de 15 minutes pour analyser le parcours du jour. Un système déjà testé cette année à plusieurs reprises en Arabie Saoudite. "C’est un gain de temps et de travail pour tout le monde", reconnaît Christian Lavieille, vainqueur en véhicules de série cette année. "Ça signifie aussi beaucoup moins de tricherie possible." 

Dans le collimateur de cette évolution digitale : les fameux « mapmen », ces cartographes noctambules qui passaient la nuit à revisiter le road book et livraient chaque matin un tracé clé en main de la spéciale du jour. Il n’y avait plus qu’à suivre la piste modélisée en 3D… Légal, mais pas franchement dans l’esprit. La tablette, c’est un retour promis à une « vraie » navigation. Reste le risque, toujours possible, qu’un hacker « craque » le road book à distance… 

Pour des questions de timing de livraison, lié à la situation actuelle, le passage au numérique devrait être progressif. Seuls les autos, camions et SSV pourraient en être équipés dans un premier temps. "On avance bien", précise David Castera, organisateur du Maroc et directeur du Dakar, à l’origine de cette petite révolution technologique. "Ce passage à l’électronique, c’est aussi la garantie de pouvoir intervenir et modifier le road book si nécessaire jusqu’au tout dernier moment. Ce sera toujours plus simple que la version papier. " Quand le rallye-raid se met à la page…

à voir aussi Stéphane Peterhansel : "Tous les voyants étaient au vert" Stéphane Peterhansel : "Tous les voyants étaient au vert"

Vers un Dakar d’antan ?!

La présence -très- remarquée de Jacky Ickx et Hubert Auriol sur le bivouac du Dakar 2020 était un premier signe. Un premier clin d’œil au passé, particulièrement apprécié. En janvier prochain, l’histoire pourrait bien reprendre la piste… 
A l’époque, son père bichonnait les BM’ d’Hubert Auriol. Logique que David Castera soit sensible à la riche histoire du Dakar. D’où l’idée de remettre en piste les vieilles gloires du rallye, si possible dès janvier prochain. Un projet déjà bien avancé, même si tout n’est pas encore arrêté. Nom de code : « Dakar Classic »… 
L’idée ? Organiser un  rallye de régularité, réservé aux véhicules d’époque (autos et camions d’avant l’an 2000). Un tracé parallèle à la course, mais un seul et même bivouac partagé avec les « modernes ».  Le projet devrait être dévoilé officiellement mi-juin. Et si la R20 des frères Marreau, la 205 d’Ari Vatanen, la Porsche de René Metge ou le Daf de Jan de Rooy sortaient du musée pour un « Goodwood des sables » ?  Chiche ?! Parfum de nostalgie garanti, bel hommage à ces années folles qui ont fait l’âme et tout le sel du Dakar.

Gael Robic gael_robic