Monte Carlo 1973 Alpine A110 Andruet
Jean-Claude Andruet, vainqueur du Rallye Monte Carlo sur une Alpine A110 | AFP

Le Rallye Monte Carlo réinvente sa légende

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Trop à l'étroit en WRC, la mythique épreuve monégasque préfère la confidentialité de l'IRC pour mieux s'exprimer. Tant pis pour la FIA. Tant mieux pour le spectacle. Car avec un format plus proche des ses glorieuses années, le "Monte Carle" reprend son souffle et propose une édition du centenaire où figureront en bonne place les spéciales autour d'Antraiges et de Burzet, et le fabuleux col du Turini, de nuit. Le rallye, c'était vraiment mieux avant.

Tous les chemins mènent à Monaco

Si les moteurs vrombissent plus que de raison depuis janvier 1911, c'est à cause du ...carnaval de Nice. Pour rivaliser avec le défilé de couleurs et de musiques de la Promenade des Anglais en plein coeur de l'hiver, la Principauté a imaginé un autre défilé, celui de voitures venues de toutes l'Europe. A une époque où l'automobile en est encore à ses premiers tours de roues, rejoindre Monaco représente un sacré défi. L'histoire retiendra que c'est une Turcat-Méry, partie de Paris, qui gagnera ce premier concours d'élégance. Stoppé par la guerre et ses conséquences entre 1913 et 1923, le rallye va se muer en véritable course automobile au fil des ans. Renault et Hotchkiss se tailleront la part du lion jusqu'au 2e grand conflit mondial du siècle. Comme aux 24 Heures du Mans, 1949 marque le retour définitif à la compétition (seule les éditions 1975 et 1974 ont été annulée pour cause de crise pétrolière). Cette fois, le mythe est vraiment en marche.

Âge d'or, Âge de glace

Ce n'est qu'en 1963 que le rallye prend son allure "moderne". Cette année marque le début des spéciales sur routes fermées qui permettront d'établir un classement chronométré des concurents. Saab y obtient son deuxième grand résultat en Principauté mais ce sont les Mini Cooper S qui trustent les succès (1964, 1965, 1967). Le "pot de yaourt" britannique avait beau rendre la moitié des chevaux des Porsche, son agilité et sa légèreté faisaient des merveilles sur les routes enneigés du sud-est. La Mini est la première auto star de l'âge d'or du Monte Carlo. Qu'importe pour Porsche qui aura sa revanche en réalisant le triplé avec la 911 S (1968-1970). Entrent alors en scène les Alpine A110, Lancia Stratos HF, Audi Quattro, Renault 5 Turbo et autres Peugeot 205. Les premières images TV, les coulées blanches, l'asphalte verglacée, la nuit noire, l'incroyable fête populaire dans la montée du Turini, tous les souvenirs reviennent d'un seul coup. Grâce aux morceaux de bravoure des pilotes comme Röhrl, Andruet, Munari ou Ragnotti (et bien d'autres) dans des conditions parfois dantesques, le rallye Monte Carlo devient le fleuron du championnat du monde. Les hauts lieux du rallye sont connus dans le monde entier, la légende est née.

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Il y a une vie en dehors du WRC

Victime de son succès, le Mondial finit par perdre ses nerfs. Terrifiantes et si envoutantes, les Groupe B vont provoquer un changement radical de philosophie dans la discipline. Devant les accidents mortels qui se multiplient, la FIA prend peur et diminuent progressivement la puissance ces autos. Le Monte Carlo vit lui sur ses acquis et continue de séduire avec les exploits des Lancia Delta et l'avènement de nouveaux pilotes (Auriol, Sainz, Mäkinen). La magie opère toujours au détour d'un col enneigé où le brouillard a posé ses valises avec malice. La tradition des itinéraires de concentrations perdure elle jusqu'en 1996. Mais personne ne voit venir le danger d'un WRC formaté à la mode F1. Plus question de s'évader loin de du camp de base. Encore moins au milieu de la nuit. Sans ses spéciales ardéchoises ou son Turini, le rallye monégasque se retrouvent amputé d'un membre. Cela n'enlève rien aux cinq victoires de Loeb dans les années 2000. A cause de la règle de l'alternance, le Monte Carlo quitte le championnat du monde. L'Automobile Club de Monaco saisit la balle au bond pour rejoindre l'IRC. Le rallye y retrouve ses racines et une deuxième jeunesse. 100 ans, le bel âge pour une renaissance.

Le Monte Carlo 2011

Pour le centenaire de son épreuve, l’Automobile Club de Monaco a opté pour une « référence à la tradition », qui se traduira dès la première spéciale, le mercredi 19 janvier, par le retour de la spéciale « Moulinon-Antraigues », dans son tracé le plus classique, celui des années ’70. Après une halte à Vals-les-Bains, pour éventuellement changer de pneumatiques, les participants affronteront « le » Burzet, dans une version longue, comprenant tout le plateau de Lachamp-Raphaël, avec arrivée à Saint-Martial. Toujours dans le plus grand respect des « classiques », la journée se poursuivra par deux passages sur la boucle de Saint-Bonnet-le-Froid, avec départ et arrivée dans le village. Après cette journée passée dans l’Ardèche et la Haute-Loire, les concurrents franchiront le Rhône pour se rendre, le lendemain, dans le Vercors. Pour des raisons pratiques et de sélectivité des routes, la célèbre spéciale de Saint Jean-en-Royans a été divisée en deux tronçons, qui, jeudi 20 janvier, seront chacun parcourus à deux reprises. La journée du vendredi 21 est consacrée au retour vers Monaco et la Côte d’Azur avec, dès 9h du matin, le franchissement du col de Perty, souvent très enneigé, à l’occasion de la spéciale Montauban sur l’Ouvèze – Eygalayes. Le soir même, les rescapés partiront à l’assaut du col de Turini, disputé sur son tracé le plus classique, de Moulinet à la Bollène, composé de 12km d’une montée ininterrompue, suivis par 12km d’une descente aussi variée que vertigineuse. Comprenant deux spéciales, chacune parcourue à deux reprises, la « Nuit du Turini » précédera l’arrivée finale, sur le port de Monaco, samedi 22 janvier vers 1h du matin.