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Sébastien Loeb a retrouvé son ancien patron chez Citroën Guy Fréquelin | DR

Fréquelin : "Une exceptionnelle rage de vaincre"

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Ancien patron de Sébastien Loeb chez Citroën, Guy Fréquelin est resté le père spirituel et le confident du septuple champion du monde. Présent en Alsace pour fêter "son" pilote, Fréquelin avoue son admiration et analyse les raisons de cette longévité au plus haut niveau.

Q : Guy Fréquelin, vous ne pouviez pas manquer ce “Loeb-Tour” en Alsace ?
R : “C’était indispensable pour moi de venir vivre ça auprès de Sébastien. Quand on a eu la chance comme moi de découvrir un pilote dans les formules de promotion Citroën, de l’amener à conquérir plusieurs titres mondiaux et de voir l’équipe continuer à gagner avec lui, une équipe que j’ai formée pendant le travail, la rigueur et la remise en question, je ne peux qu’être satisfait, joyeux et fier de ce qui se passe. Les voir continuer à gagner, c’est extraordinaire !”

Q : Vous êtes toujours aussi proches ?
R : “On a des rapports réguliers. Il ne se passe pratiquement pas un jour de course sans qu’il m’appelle pour me tenir informé de la façon dont ça se passe. Et puis on se voit parfois en dehors des rallye.”

Q : Quelle est la raison de cette incroyable longévité ?
R : “Son talent. Il a aussi cette capacité de concentration et de travail. Il a compris que, pour rester au sommet, il fallait qu’il travaille. Quand Carlos Sainz est parti, je lui ai demandé de s’occuper du développement des voitures pour qu’il puisse avoir la voiture qui lui convient parfaitement. Il s’est impliqué et a impliqué l’équipe autour de lui. Il a eu l’intelligence de se mettre dans la peau d’un pilote qui tire les wagons d’une équipe derrière lui.”

Q : Est-ce qu’il vous surprend encore ?
R : “Quand on voit ce qu’il a fait hier alors qu’il joue un championnat, il aurait pu la jouer petit bras en se disant j’ai encore deux rallyes pour gagner. Je lui avais d’ailleurs dit de ne pas forcer son talent même si t’es chez toi et que tu souhaites que le fête soit belle. En fait il a cette capacité à déjouer tous les pièges. Lors de la spéciale de 35 km, quand il colle 18 secondes à Sordo et 20 à Ogier, c’est du grand art, c’est exceptionnel, une rage de vaincre, une détermination, un coup de volant, c’est plein de choses qui font qu’il en est à sept titres mondiaux.”

Q : Vous imaginiez une aussi belle carrière ?
R : “C’est impossible d’imaginer cela. J’ai vu qu’il avait du talent. J’ai vu qu’il était déterminé. J’ai vu qu’il avait toutes les qualité pour le faire. Mais après, l’évolution de l’homme pendant plusieurs années, c’est impossible à prévoir. Conserver cette détermination permanente, on ne pouvait pas le savoir au début. Il n’y a que lui qui pouvait gérer cela.”

Q : Sébastien Ogier peut-il rouler dans ses traces ?
R : “Ogier a une ascension fulgurante aussi. Mais il y a une différence. Ogier est très sûr de lui, à la limite de l’arrogance. Il ne faudra pas que ça lui joue des tours. Quand on a l’impression d’être le meilleur, parfois on a déjà perdu. Il devra peut-être calmer ses ardeurs à ce niveau là.”

Q : Leur cohabitation pour s’avérer explosive en 2011 ?
R : “Seb (Loeb) n’est pas un looser. S’il fait la saison prochaine, ce ne sera pas pour finir deuxième...”

Q : S’il raccroche, ce sera pour faire quoi ?
R : “Je trouve que l’endurance, c’est très dangereux par rapport à ce que ça va lui rapporter. Il n’a rien à y gagner. Poursuivre une carrière après ce qu’il a vécu en rallye, ça veut dire qu’il doit être dans la meilleure voiture et au niveau des meilleurs pilotes, c’est prendre trop de risques. On fait de l’endurance son métier mais pas une seconde carrière. Conduire des voitures fermées sur circuit, pourquoi pas.”

Q : Vous avez lu son livre ?
R : “Il m’avait envoyé ses feuillets avant la parution. J’ai trouvé ça très intéressant et instructif. Bien entendu, je n’avais pas cru à son explication de chute en VTT pour justifier son épaule broyée...”