Quartararo / Pourchaire : les phénomènes tricolores des sports mécaniques

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Fabio Quartararo et Théo Pourchaire, les phénomènes tricolores du début de saison en sport meca
Fabio Quartararo et Théo Pourchaire, les phénomènes tricolores du début de saison en sport meca |

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Ils sont aujourd'hui les deux talents les plus prometteurs des sports mécaniques en France. Fabio Quartararo et Théo Pourchaire brillent chacun en ce début de saison, l'un en MotoGP, l'autre en Formule 3. Si ces prémices confirment toute la maestria des deux jeunes pilotes, leur parcours n'en est pas moins semé d'embuches pour arriver au sommet. Pour Théo Pourchaire, l'exemple de son compatriote à deux roues laisse imaginer un avenir brillant mais aussi quelques épreuves.

Les sports mécaniques n'attendaient qu'eux en France. Depuis près de 20 ans, l'Hexagone peine à se replacer au sommet des deux plus grandes disciplines de vitesse à quatre et à deux roues, la Formule 1 et le MotoGP. Mais en quelques semaines à peine, l'horizon s'est à nouveau éclairé par les étincelles créées par Fabio Quartararo et Théo Pourchaire. Le premier nommé a réconcilié la première marche des podiums et la Marseillaise en s'imposant lors du premier Grand Prix de la saison Moto GP. Le deuxième semble emprunter la même voie vers le succès, avec deux roues de plus, mais cette même irrépressible capacité à faire tout plus vite que les autres. Quartararo / Pourchaire, voilà le duo qui fait rêver à des jours heureux pour le contingent tricolore sur les circuits.

Demandez donc à Fabio Quartararo. La nouvelle coqueluche des fans de moto en France a confirmé sa très belle saison inaugurale dans l'élite en s'adjugeant le premier succès de sa carrière dimanche dernier à Jerez. Le jeune Niçois tournait autour de la victoire depuis ses débuts dans la catégorie-reine en 2019. Un véritable exploit alors que le Français court pour Yamaha-Petronas, qui n'est pas une écurie officielle et ne dispose donc pas des meilleurs atouts mécaniques du plateau. Mais avec le pilote de 21 ans, la patience n'est guère de mise. Yamaha ne s'y est d'ailleurs pas trompé et l'a engagé dans son équipe-mère pour les deux prochaines années, tout en lui permettant de disposer du même matériel en 2020 que sa future formation. Un long chemin après avoir connu bien des obstacles sur son parcours.

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Deux trajectoires supersoniques

Une telle histoire qui pourrait donner comme un sentiment de déjà-vu à Théo Pourchaire. Celle d'une précocité hors du commun tout d'abord. Dès leur plus jeune âge, le prodige de Grasse et Quartararo ont su imposer leur vitesse dans les différentes catégories de jeunes. El Diablo a remporté dès 14 ans son premier titre en CEV Moto3, l'antichambre de trois championnats élite. Pourchaire a, lui, découvert le karting à deux ans et demi et a décroché successivement les sacres de champion régional minimes PACA-Corse, puis champion national Minimes, Cadets et OK Juniors en tout juste six saisons. Leader chez les Minimes à 9 ans quand ses adversaires comptent trois ou quatre années de plus que lui, il termine à treize ans 3e pour sa première participation au championnat du monde en OK Juniors en 2016, quand son compatriote Victor Martins, titré cette saison-là, file vers ses 16 ans. Quartararo éclabousse pour sa part le paddock de son talent dès 2014, en signant à 15 ans le doublé en CEV Moto3, laissant dans son échappement des adversaires qui venaient de fêter leur majorité.

Les deux pilotes partagent chacun dans leur art des capacités évidentes : vitesse, maîtrise et une confiance en soi très au-dessus de la moyenne. Mais cette avance sur les autres se heurte parfois aux règlement, plutôt que sur le chrono. En 2013, le pilote moto est trop jeune pour pouvoir rejoindre le championnat du monde de Moto 3, sorte de troisième division mondiale où les talents en devenir peuvent éclore avant de rejoindre les grands. Six ans plus tard, Pourchaire n'a pu rejoindre la F3 aussi tôt qu'il l'aurait souhaité, faute de ne pas avoir encore 16 ans. Il file alors pour un an en F4 allemande (quand Quartararo avait dû s'exiler en Espagne pour trouver un défi plus relevé durant son enfance), dans l'écurie d'un certain Ralf Schumacher, et aux côtés notamment d'Arthur Leclerc, le petit frère de Charles, pilote F1 chez Ferrari. Les voitures vont 10 secondes plus vite outre-Rhin ? La belle affaire pour Théo Pourchaire… encore une fois champion.

Théo Pourchaire (ART Grand Prix) après sa victoire au Grand Prix de Hongrie de F3
Théo Pourchaire (ART Grand Prix) après sa victoire au Grand Prix de Hongrie de F3 © ANTONIN VINCENT / DPPI MEDIA / DPPI VIA AFP

Une place en académie, la porte d'entrée nécessaire vers la F1 ? 

Le jeune homme de 16 ans n'en est pas encore à se battre parmi les cadors en Formule 1 mais fait aujourd'hui ses armes en Formule 3, l'équivalent de la Moto 3, le volant à la place du guidon. A cet âge, il est encore bien trop tôt pour garantir à coup sûr de quoi demain sera fait. Nombreux sont ceux qui, pétris de talent, se sont écrasés face à la pression, à la concurrence ou à la malchance. Mais Pourchaire semble fait d'un bois à part, ceux qui permettent de s'autoriser tous les rêves et griller quelques étapes en route. "Passer de la F4 à la F3, ce n'est pas vraiment un parcours classique, c'est une grosse marche, nous explique-t-il. On passe habituellement par la Formule Renault entre les deux. On a voulu tenter ça parce que je m'en sentais capable."

S'il n'a toujours pas le droit de passer son permis ou de savourer le champagne sur le podium, le Français peut désormais faire face à ceux qui sont promis eux aussi à des baquets au plus haut niveau. La F1, c'est l'objectif assumé pour le jeune homme, à la maturité étonnante. Il est d'ailleurs couvé en ce sens par son écurie ART, qui déjà pouponné de nombreuses futurs stars (Nico Rosberg, Lewis Hamilton, ou encore Valtteri Bottas), mais aussi par Sauber, qui l'a inclus dans sa nouvelle académie en 2019. "Elle m'apporte beaucoup, que ce soit l'accès au simulateur de Formule 1, mais aussi financièrement. Ils vont m'apporter du support technique, de l'aide sur le pilotage, l'apprentissage avec les pneus Pirelli de la F1… Ils ont beaucoup d'expérience et cela ne peut que m'aider."

Ces centres de formation mis en place par les écuries de Formule 1 depuis une dizaine d'années sont devenus le passage presque nécessaire pour espérer grimper les échelons, et en avoir les moyens. "Ce n'est pas obligatoire de faire partie d'une académie, tant que les pilotes ont assez d'argent, nous assure Pourchaire. Mais c'est un support financier énorme. Et puis une académie t'apporte une place en Formule 1 normalement. Quand tu signes un contrat avec eux, ce n'est pas une promesse mais tu sais qu'ils peuvent t'emmener en F1." Sur les 20 pilotes engagés cette saison, 18 sont passés par ces structures.

  • Red Bull Junior Team : Sebastian Vettel, Daniel Ricciardo, Daniil Kvyat, Max Verstappen, Pierre Gasly, Carlos Sainz Jr., Alexander Albon (coupé du programme au bout d'une saison)
  • Ferrari Driver Academy : Sergio Pérez, Lance Stroll, Charles Leclerc, Antonio Giovinazzi
  • Mercedes Junior Team : Esteban Ocon, George Russell
  • Renault Sport Academy : Romain Grosjean, Nicholas Latifi
  • McLaren Young Driver Programme : Lewis Hamilton, Kevin Magnussen, Lando Norris

"Mais on ne parle pas encore de place de F1 pour moi, je n'ai que 16 ans, ils attendent encore un peu, tempère Pourchaire. Ils veulent me supporter, me suivre en F3, en F2, et on verra après." Son début de saison, avec deux victoires consécutives en Autriche et en Hongrie et une troisième place provisoire au championnat pilotes, devrait conforter la place du Français parmi les jeunes pilotes du futur en sport auto. Avant de peut-être imiter Fabio Quartararo au sommet. Pour y parvenir, le Niçois avait dû connaître plusieurs saisons d'apprentissage avant de pleinement s'exprimer et d'être aujourd'hui un candidat légitime au titre de champion du monde de Moto GP.