Valentino Rossi
Valentino Rossi | GIGI SOLDANO / DPPI MEDIA

MotoGP : Sur la route d'un dixième titre, Rossi exécute le plan parfait

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Il est dans la position du chassé, celle qui incombe au leader d’un Championnat où son coéquipier le talonne et où le double tenant du titre retrouve son meilleur niveau. Valentino Rossi (Yamaha) quitte Indianapolis avec neuf points d’avance sur Jorge Lorenzo (Yamaha) et 66 sur Marc Marquez (Honda) au classement du Mondial MotoGP. L’Italien a surtout enchaîné un quatorzième podium consécutif, son dixième en autant de courses cette saison, qui lui permet de garder la main face à la concurrence.

Tout est possible avec Rossi. "The Doctor" en a encore fait la démonstration dimanche. Sur un tracé loin d’être favorable à sa machine, au sortir d’un week-end où il n’avait jamais pu rivaliser avec les meilleurs durant les essais, le natif d’Urbino (36 ans) a de nouveau épaté son monde en course. Parti de la huitième place sur la grille de départ, il a soufflé la troisième à Dani Pedrosa dans le dernier tour pour poursuivre sa belle série sur les podiums de MotoGP. "La surprise a été Valentino, a reconnu le dindon de la farce après la course. Je savais que son rythme était un peu plus lent que celui de Marc et de Jorge. Valentino a cependant fait un gros pas en avant, comme d’habitude, et nous avons dû nous battre pour le podium avec lui."

Un combat perdu par le Catalan, comme souvent face à Rossi, et une nouvelle preuve de la capacité du nonuple champion du monde à donner le meilleur de lui-même lorsqu’il lutte directement avec ses concurrents sur la piste. "Je savais que ces trois points (la différence entre la troisième et la quatrième places, ndlr) étaient plus importants pour moi que pour Dani, a analysé le principal intéressé après la course. Je me suis donné à fond et je n’ai pas pu le rattraper tout de suite. C’était difficile physiquement et quand je suis revenu sur lui, j’ai essayé de partir devant, mais il revenait à chaque fois. Dans le dernier tour, j’avais heureusement deux ou trois endroits où je pouvais attaquer. C’est une bataille que j’ai appréciée et c’est un podium de plus."

La qualif, un point faible qui ne lui coûte quasiment rien

Rossi en a bien conscience, ses soucis récurrents en qualification pourraient finir par lui causer des tourments. Il ne s’est qualifié qu’une seule fois en première ligne sur dix manches disputées en 2015. C’était à Assen, où il avait réalisé le doublé pole-victoire. "Nous savons que nous devons souffrir ici à Indianapolis, mais j’espérais moins souffrir lors des essais. Si j’étais parti en deuxième ligne, tout aurait été plus facile. Nous devons travailler là-dessus parce que c’est notre, ou plutôt mon, point faible." Sauf que pour l’instant, il ne l’a pas empêché de truster les podiums et de trôner sans discontinuer en tête du classement des pilotes depuis son succès inaugural au Qatar.

Voilà certainement pourquoi la concurrence commence à accuser le coup. Avec un retard de 66 unités, Marquez sait que le trou sera compliqué à résorber en huit courses et la régularité de Rossi ne plaide pas en sa faveur. "Ce sera difficile de revenir dans le Championnat parce que les deux pilotes Yamaha sont très forts", a-t-il reconnu à Indy, malgré une deuxième victoire de rang après celle empochée au Sachsenring et des sensations retrouvées avec le retour à son châssis de 2014. Son trou d’air de la première moitié de saison le condamne à espérer une baisse de régime de Rossi. Elle se fait encore attendre.

Brno, encore un circuit qui ne lui réussit pas

Lorenzo n’a pas les mêmes préoccupations. Avec seulement neuf points à rattraper, il n’a encore aucune raison de s’avouer vaincu. Mais lui aussi est reparti des Etats-Unis touché moralement. Bien au courant des difficultés de Rossi à trouver la bonne carburation, il pensait revenir au plus près de son partenaire chez Yamaha au classement général. Il repart finalement avec un maigre butin sous le bras. "Nous avons fait de notre mieux pour récupérer plus de points, a souligné le Majorquin. Ça aurait pu être douze si j’avais remporté la course et que Valentino avait fini quatrième, mais il a fini par doubler Dani et j’ai perdu ma position face à Marc. Nous n’avons donc repris que quatre points, mais avoir neuf points de retard est bien mieux que d’en avoir dix-sept." CQFD.

Derrière l’évidence comptable se cache une impression qui trompe rarement. Plus les semaines passent et plus Rossi apparait sûr de son fait. Il ne panique jamais, saisit toutes les opportunités qui se présentent et s’applique à prendre un maximum de points course après course. Depuis le début de l’année, il n’a pas réalisé la moindre contre-performance. L’inamovible numéro 46 a toujours optimisé son résultat, en fonction de sa forme du moment et de ses affinités avec le circuit. Alors que se profile Brno, où il n’a plus gagné depuis 2009 et où son podium la saison passée est le seul sur lequel il y est monté ces cinq dernières années, c’est encore cette idée qui devrait guider Rossi. Celle qui doit le mener à une dixième couronne mondiale.

Geoffrey Steines