Moto GP : le phénomène Fabio Quartararo, tout sauf une surprise

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Auteur·e : Clément Pons
Fabio Quartararo.

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En signant sa première victoire dans l'élite ce dimanche à Jérez (Espagne), une saison à peine après son arrivée en MotoGP, Fabio Quartararo est venu justifier tous les espoirs placés en lui. Non, cette victoire du Français de 21 ans - la première d'un Tricolore depuis 1999 - ne doit rien au hasard. Elle était attendue. Et constitue, peut-être, le point de départ d'une carrière d'exception pour, bien plus qu'un pilote, un phénomène.

Les yeux levés vers le ciel. Comme un témoignage du long chemin parcouru pour en arriver là. Un sourire d'abord timide, puis ensuite perçant au moment de sabrer le champagne sur le podium. Et le poing rageur, symbole de l'énergie qui habite encore, même après un Grand Prix sous tension, celui qui vient de signer son premier succès dans l'élite. 

Cet après-midi sur le circuit de Jérez, en Espagne, il ne fallait pas être un expert de la communication non verbale et de la gestuelle pour saisir toute l'émotion exprimée par Fabio Quartararo. Le Niçois a mis fin à 21 ans de disette côté français en 500 cm3, depuis le dernier succès de Régis Laconi en septembre 1999. C'était déjà en Espagne, à Valence. "Il y avait des conditions de course particulières", se souvient d'ailleurs Michel Turco, reporter et consultant moto. "La piste était mouillée puis a séché, il avait les bons pneus... C'était une victoire sur un coup de dés en quelque sorte. Là, c'est un vrai succès qu'on attendait et qui arrive au bon moment."

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L'heure de la confirmation pour "El Diablo"

Voir le pilote Petronas Yamaha - SRT débloquer son compteur est en effet tout sauf une surprise. De l'aveu de plusieurs spécialistes de la discipline, cette victoire n'était qu'une question de temps. De circonstances aussi. Ce dimanche, la chute de Marc Marquez  - qui souffre d'une fracture de l'humérus droit - a rebattu les cartes. "Mais s'il a chuté, c'est parce que Fabio lui mettait la pression", tient à nous préciser Christian Sarron, vainqueur du Grand Prix d'Allemagne en 1985. "Il a fait une course absolument fantastique parce que croyez-moi que pour rester aussi concentré, aussi propre, ne pas commettre d'erreurs en Moto GP pendant la durée d'une course avec cette température sur la piste qui rend la moto encore plus délicate à piloter... C'est très compliqué."

"L'expérience de l'an dernier lui a servi", poursuit Michel Turco. "Il a parfaitement géré, il ne s'est pas affolé sur les premiers tours quand il s'est fait doubler parce que la stratégie, c'était quand même d'essayer de partir en tête. Avec sa moto, c'est toujours un peu plus compliqué de doubler du fait du manque de chevaux. Il est resté bien concentré et ça a payé."

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 "Cela fait très longtemps qu’il roule, sa famille a tout mis en oeuvre pour qu'il devienne pilote" (Régis Laconi)

"El Diablo", surnom fièrement exhibé sur le postérieur de sa combinaison en cuir, a fait parler l'une de ses principales qualités pour s'imposer : la maturité. Paradoxal quand on voit le visage tout juste sorti de l'adolescence de Fabio Quartararo, 21 ans, contrastant avec sa taille (1m77) déjà bien développée. Quand Wilco Zeelenberg, le patron de l'écurie malaisienne Yamaha-SRT, est venu le chercher en 2019 pour le jeter dans la fosse aux lions en MotoGP, il était encore difficile d'imaginer la trajectoire ascendante du Français. De jeune étoile à 14 ans dans le championnat d'Espagne de vitesse avec Repsol Honda, il a ensuite connu des saisons difficiles en Moto3 et Moto2, là où un autre pilote tricolore - Johann Zarco - remportait deux titres de champion du monde de Moto2. "Dès 15 ans, il a tout explosé", explique ce dernier à l'AFP, en revenant sur son parcours. "À 16-17 ans, il n'a plus rien fait. Puis à 18-19 ans, il a repris du niveau avant, à 20 ans, que tout cela explose à nouveau".

"Cela fait très longtemps qu’il roule, sa famille a tout mis en oeuvre pour qu'il devienne pilote", détaille pour France TV Sport Régis Laconi, qui a suivi de près la montée en puissance du phénomène. "Ils sont allés en Espagne car à ce moment-là c’était plus simple de rouler plus jeune. Tout cet ensemble cumulé au fait que c’est un surdoué de la moto, ça donne ce résultat."

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Déjà prêt à prendre la relève de Valentino Rossi ?

Sept podiums obtenus la saison passée pour ses débuts dans la catégorie reine, une cinquième place au classement des pilotes et le titre de "révélation de l'année"... Quartararo a fait une entrée pour le moins remarquée dans l'univers feutré de la MotoGP. Le tout dans l'écurie satellite de Yamaha - c'est-à-dire que le Français ne bénéficiait même pas de moto d'usine, beaucoup plus performante que les montures non-officielles dont disposent les équipes dépendantes d'un constructeur (Yamaha Petronas, Honda LCR, Ducati Pramac...). Pour Christian Sarron, "personne ne s'attendait à ce qu'il soit aussi à l'aise, aussi rapide. Même pas Fabio, pour en avoir parlé avec son père. Avec une machine qui n'était pas officielle, une nouvelle équipe..."

De quoi logiquement attirer le regard de l'échelon supérieur. Convaincu par les qualités du Niçois de 21 ans, l'écurie d'usine Yamaha l'a fait signer pour les deux prochaines saisons en remplacement d'un certain... Valentino Rossi, sextuple champion du monde italien. "Tout cela montre qu'il y a une grosse confiance de l'usine japonaise dans ce jeune pilote, ils sont prêts à lui confier les rênes", ajoute Michel Turco.

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"C'est vrai que Fabio devient le 4e pilote français à gagner en MotoGP. Mais je pense qu'il va très bientôt être le seul à en avoir gagné deux" (Christian Sarron)

Dès lors, une question revient rapidement sur toutes les lèvres : est-ce que Fabio Quartararo peut viser le titre dès cette année ? Oui pour deux des trois (avec Pierre Monneret en 1954, ndlr) anciens pilotes français vainqueurs en MotoGP, Régis Laconi et Christian Sarron. "C'est vrai que Fabio devient le 4e à gagner en 500", réalise soudain ce dernier. "Mais je pense qu'il va très bientôt être le seul à en avoir gagné deux. Et peut-être dès la semaine prochaine (pour le Grand Prix d'Andalousie, sur le même circuit de Jérez, ndlr). L'an passé il se battait pour la victoire sur plusieurs courses, et personne ne s'y attendait. Donc la logique c'est qu'il se batte pour le titre. Il a une Yamaha qui semble efficace. Jerez n'est peut-être pas le meilleur circuit pour s'en rendre compte mais on a bien vu que dans les lignes droites, il n'avait pas le même handicap que l'an passé."

Pour l'observateur moto depuis plus de 20 ans Michel Turco, attention toutefois à ne pas tirer de plans sur la comète. "Le titre cette année, c'est peut-être un peu prématuré, même si Marquez est blessé. Il aura face à lui Maverick Viñales et Andrea Dovizioso... Il reste le pilote d'une équipe satellite, il n'y a pas les mêmes moyens, le même soutien de l'usine, moins d'ingénieurs... Mais il a une bonne moto et si la réussite est là, ce n'est pas impossible. D'autant qu'on a un championnat très particulier cette année avec seulement 13 courses, dont certaines se répètent sur les mêmes circuits. Ça peut changer la donne."

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S'il est encore beaucoup trop tôt pour parler de l'avènement de l'ère Quartararo, cette victoire ouvre bel et bien une nouvelle page dans l'histoire du sport automobile en France. Et peut-être aussi une nouvelle image de cette discipline un peu mise à l'écart dans l'Hexagone. "Aujourd'hui on voit que les sports mécaniques ne sont plus vraiment tendance", poursuit Michel Turco. "La moto garde ce côté dangereux, sauvage... On a toujours l'image de gens qui ne respectent pas trop les règles. Un gamin comme Quartararo qui est jeune, sympathique, souriant, ça peut aider à casser ce cliché."