Le Dakar est un village de tentes
Le Dakar est un village de tentes |

Les tentes sont pliées

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Ce dimanche matin, le Dakar change de nature. Les tentes sont pliées, les structures montées et démontées chaque jour le sont pour la dernière fois. Entre la fatigue et l'euphorie, c'est une atmosphère d'aventure, où l'on sent déjà le départ. Tout en se disant que l'année suivante, tout recommencera. Et l'on dépliera les tentes.

Car le Dakar plus que tout autre événement, fonctionne avec ses rites et ses rythmes. Des équipes qui souvent très souvent les mêmes depuis des années, un mode de fonctionnement très codé: le bivouac avec les tentes où l'on apprend les lieux stratégiques où les déplier par rapport au vent et aux hélicoptères, les sanitaires en plein air où l'on parle de la course en se rasant, le restaurant où tout le monde se croise, y compris les pilotes, ce tourbillon de gens, de bruits, et de moteurs, véritable maelström dans le désert.

C'est aussi la Tour de Babel , faite de va et vient où l'on s'exprime dans toutes les langues, sans que cela ne constitue une barrière. Même si l'on est vient d'arriver, si l'on est un bizut sur l'épreuve, on fait très vite partie de la famille. Certes, c'est une grande famille où il est parfois difficile de pouvoir aller dans le même sens. Il faut du temps pour amorcer la mécanique et la faire tourner; d'autant plus qu'en prenant de l'importance, le Dakar a aussi pris du volume et donc est devenu plus lourd à gérer. Mais si l'esprit "total aventurier" des premières éditions a disparu, si le Dakar s'est quelque peu embourgeoisé, ça reste la belle épreuve difficile et belle sur laquelle on se fabrique volontiers des souvenirs.

Les camions qui abordent les dunes à pleine vitesse en les prenant de travers, les tout droit des motards dans les ergs rapides, les autos gonflées à blocs laissant des traînées de fumées âcres, le changement d'apparences et de consistance des pistes au fur et à mesure du passage des véhicules, dans ce paysage magnifique et lunaire, tout cela prend un relief démesuré que l'on ne trouve qu'ici. Et le soir, on refait la course et les pronostics. 

Le Dakar touche sa fin et, mission accomplie, tous les corps de métiers sont à la fois soulagés et un peu mélancoliques, comme lors d'une fin de colonie de vacances, à la différence près qu'un Dakar, ce n'est pas des vacances. Après des jours dans des zones isolées, excentrées des villes que l'on connaît à peine pour les traverser furtivement, mais dont on sait toute la fierté qu'elles ont à accueillir le rallye, celui-ci retrouve à Lima la civilisation, la ville et ses vicissitudes. Avant le retour chacun dans ses pénates. Finis les grands espaces calmes et tranquilles et le soleil orange qui se couche sur la Cordillère des Andes. Le rendez-vous est pris pour l'année prochaine.      

Christian Grégoire