Une victoire et après ?

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Panis, Trulli, Kubica, Alesi, Kovalainen, etc. Ils ont tous eu la chance de gagner un Grand Prix. Exploit majuscule, consécration tardive ou carrière ajournée, les profils diffèrent dans l'ère moderne de la F1. Vainqueur surprise à Barcelone, Pastor Maldonado sera-t-il lui aussi ce héros éphémère ?

Ceux qu'on n'attendait pas …ou plus

Etre présent le Jour J, ce n'est pas donné à tout le monde. Monaco, 19 mai 1996. Dans une course incroyable marquée par quatorze abandons (7 voitures classés et 3 seulement à l'arrivée), Olivier Panis a su tirer son épingle du jeu. Un moment de grâce pour le Grenoblois, vainqueur sur une étonnante Ligier-Mugen-Honda. Le seul vrai sommet de sa carrière. Car malgré quelques coups d'éclats les saisons suivantes, jamais plus il ne sera en position de gagner une course ni de réaliser un podium. Un exploit sans lendemain que beaucoup lui envie quand même. Surtout dans les rues de la Principauté.

Pour Jean Alesi, la victoire fût plutôt une délivrance. Des années à courir après la victoire (201 courses), à jouer les seconds couteaux dans l'ombre du duel Prost-Senna ou à jouer de malchance, jusqu'à ce 11 juin 1995 à Montréal. Dans le baquet de sa Ferrari, l'Avignonnais est à bonne distance de la Benneton de Michael Schumacher. La victoire va encore lui échapper quand l'Allemand est victime d'un ennui mécanique. Les derniers tours sont éprouvants mais la Marseillaise est enfin au bout. Alesi a beau réaliser sa meilleure saison en F1, son départ de la Scuderia pour Benneton le condamne à se battre pour les accessits, la monoplace de Briatore se révélant moins performantes que celles dont disposait Schumi.

Dans l'histoire récente de la F1, peu de pilotes ont pu inscrire leur nom dans le marbre. Entre Panis en 1996 et Jarno Trulli en 2004, aucun nouveau n'a gagné de GP. C'est à Monaco que l'Italien se distingue en dominant de bout en bout au volant de sa Renault. On prédit alors à Trulli un brillant avenir. Contre toute attente, cette victoire brouille ses relations avec Briatore, le grand manitou de Renault qui lui préfère Alonso. Trulli finit par se disperser et ne va pas finir la saison. Recasé chez Toyota, il n'y trouve pas un volant susceptible de le faire gagner. Sa chance est passée. La trajectoire n'est pas similaire mais ça y ressemble. Promu titulaire chez Renault en 2007, Heikki Kovalainen éclate et …file chez McLaren pour laisser sa place à Nelson Piquet Jr. En pleine confiance malgré plusieurs pépins de fiabilité, il gagne en Hongrie. Mais l'écurie de Woking n'a d'yeux que pour Hamilton et peine à retrouver son niveau. Fin 2009, il quitte McLaren pour le Lotus de Toni Fernandes où il retrouve Jarno Trulli.

Ceux qui en avaient sous la pédale

Le talent, le charisme, le panache étaient leur marque de fabrique. Des champions du monde en devenir, la Formule 1 en a connu beaucoup. François Cevert et Robert Kubica en avaient l'étoffe. Le premier s'est tué en essais à Watkins Glen le 6 octobre 1973. Le deuxième a vu sa carrière stoppée le 6 février 2011 en Italie dans un grave accident de rallye. Jackie Stewart en avait fait son élève, son disciple. L'Ecossais, triple champion du monde de F1, s'était pris d'amitié pour François Cevert, ce jeune français au charme et au coup de volant dévastateur. En 1971, Cevert avait démontré son énorme potentiel avec Tyrell. Vainqueur à Watkins Glen, il avait apporté sa pierre au titre constructeur de l'équipe britannique. Equipier modèle de Stewart, Cevert s'était "contenté" de six deuxièmes places derrière son mentor en 1973. Sa voie était toute tracée mais un accident a brisé son destin.

Robert Kubica est lui encore de ce monde mais son retour au plus haut niveau en F1 est assez improbable. Pétri de talent, le Polonais était devenu une valeur sûre de la discipline et un vainqueur en puissance. Le pilote est précoce et participe au retrait de Jacques Villeneuve chez BMW Sauber en milieu de saison 2006. Deuxième plus jeune auteur d'un podium, il veut aller vite et haut. Ce sera malheureusement le cas au Canada l'année suivante. Après la perte de son aileron avant, sa voiture décolle et s'encastre dans le muret à 230 km/h. Un choc frontal analysé à 75 G. Kubica s'en sort miraculeusement avec un traumatisme crânien et une entorse à la cheville. Rapidement de retour en course, il relance BMW. En 2008, les bons résultats s'enchaînent et, clin d'oeil du destin, il profite d'un accrochage entre Hamilton et Räikkönen pour s'imposer à Montréal. On le croit lancé mais quelques erreurs et une lente déclinaison du constructeur allemand le freine dans sa progression. Le Polonais s'exile chez Renault qui veut en faire son chef de file après le départ de Fernando Alonso. Amoureux du rallye, il y perdra ses illusions dans un incroyable crash du côté de Gènes. La main droite écrasée, il échappe de peu à l'amputation. Après plusieurs opérations successives, Kubica veut croire à un retour. Pas Renault qui libère le Polonais. En Janvier 2012, alors que le pilote s'apprête à reprendre le volant, il chute sur du verglas et se casse la jambe. Ça commence à faire beaucoup…

Ceux qui viennent d'ouvrir leur compteur

Ils s'imaginent déjà un destin à la Jenson Button, vainqueur à son 154e départ et champion du monde dans la même année. Nico Rosberg en Chine et maintenant Pastor Maldonado en Espagne ont bousculé l'ordre établi en F1. Sur une course seulement. Les deux ont crevé l'écran mais vont devoir confirmer ce que certains de leurs aînés n'ont pas su faire. Si on peut supposer que le pilote Mercedes aura d'autres occasions, qu'en sera-t-il pour le Vénézuélien avec sa Williams-Renault ? Trop impatient au début de sa carrière, il a montré dimanche à Barcelone qu'il savait garder la tête froide.

Chez Williams grâce à un gros chèque de PDSVA, la compagnie pétrolière d'Etat du Vénézuela, Maldonado n'est plus seulement un pilote "payant". Il rapporte aussi. Dans quinze jours à Monaco, tous les regards seront posés sur lui comme ils étaient sur Rosberg après Shanghaï. En attendant d'autres lendemains qui chantent, il a savouré son premier podium, porté en triomphe par Alonso et Räikkönen. "C'est une journée merveilleuse, incroyable pour moi et pour toute l'équipe. On a tellement travaillé ces derniers mois, course après course, et maintenant on est ici, indiquait Maldonado après la cérémonie du podium. Vous pouvez imaginer ce que je ressens." Que Maldonado en profite, on ne sait jamais de quoi est faite la suite.

Xavier Richard @littletwitman