Un manifestant au Bahreïn lors des émeutes de vendredi
Un manifestant au Bahreïn lors des émeutes de vendredi | AFP

Un mort au Bahreïn

Publié le , modifié le

Le Wefaq, l'opposition chiite bahreïnie a annoncé samedi la découverte du cadavre d'un homme sur le lieu d'une manifestation nocturne anti-régime dans un village chiite près de Manama. "Le cadavre du martyr Salah Abbas" a été découvert près de Chakhoura, un village près de Manama, où une manifestation hostile au régime a été réprimée "sauvagement" par les forces de sécurité, a annoncé le Wefaq, principal groupe de l'opposition, dans un communiqué.

Le ministère de l'Intérieur a confirmé sur Twitter la découverte d'un  cadavre samedi à Chakoura et précisé qu'une enquête de police était en cours. Selon un membre de sa famille joint par l'AFP, Salah Abbas a été arrêté par  les forces de sécurité alors qu'il participait à la manifestation de Chakoura. Après cette arrestation, "nous n'avons pas eu de nouvelles de lui jusqu'à  l'annonce de la découverte de son corps samedi matin", a ajouté ce proche, qui  a requis l'anonymat.

Il s'agit du premier mort dans les manifestations liées au GP, mais la répression de la révolte populaire entamée en février 2011 a déjà coûté la vie à des dizaines de personnes. Ces derniers jours, l'opposition avait fait état de blessés et de dizaines d'arrestations lors de la répression de précédents rassemblements. Selon une commission indépendante, la répression de la révolte en février/mars avait fait 35 morts, dont quatre sous la torture. Amnesty International estime pour sa part que 60 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement. t de nombreux opposants restent sous les verrous, en particulier le militant chiite Abdel Hadi al-Khawaja, condamné à la perpétuité et en grève de la faim depuis le 8 février.

"Non à la Formule de sang"

Les "Jeunes du 14 février" avaient promis "trois jours de colère"  coïncidant avec le Grand Prix prévu dimanche, sous le slogan "Non à la Formule  de sang". Depuis plusieurs jours, des manifestations plus ou moins violentes ont lieu  autour de Manama, dispersées avec plus ou moins de violence aussi, selon  qu'elles se déroulent de jour ou de nuit. L'opposition dénonce des blessés et  des arrestations, mais pour l'instant la course est toujours à l'ordre du jour  sur le circuit de Sakhir.  Les communiqués des opposants à la dynastie sunnite et les images des  télévisions étrangères révèlent surtout des défilés en plein jour, plutôt bon  enfant, avec des jeunes hommes en polo Ferrari et des jeunes femmes légèrement  voilées cachant leur sourire derrière des pancartes hostiles au régime.

Vendredi, des femmes voilées de noir favorables à l'opposition chiite et  ouvertement soutenues par l'Iran, ont défilé dans l'ouest de Manama. Et la  nuit, loin des caméras, des manifestants plutôt jeunes et souvent cagoulés ont  brûlé des pneus et affronté les forces anti-émeutes. Cette effervescence dure déjà depuis plus d'un an à Bahreïn, où la F1 n'a  fait qu'attirer les regards sur le petit royaume dont les défenseurs des droits  de l'Homme dénoncent régulièrement les autorités.

Manifestations violentes vendredi soir

Vendredi soir, des dizaines de personnes ont manifesté à l'entrée de Karzakan, Al-Malikiyah, Dumistan et Sada, situés à quelques kilomètres du circuit, près de Manama selon plusieurs témoins. Certains étaient encagoulés et d'autres portaient un linceul barré de l'expression "Je suis le prochain martyr". Des jeunes ont mis le feu à des pneus sur des routes jouxtant leurs villages et lancé des pierres et des cocktails molotov en direction des forces de sécurité, qui les ont dispersés à coups de gaz lacrymogènes et de bombes assourdissantes selon ces mêmes témoins. La foule a scandé des slogans hostiles au gouvernement, répétant "A bas Hamad", en référence au roi de Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa, lors de ces manifestations qui ont lieu à l'appel du mouvement des "Jeunes du 14 février".

Ce mouvement, un collectif radical, a appelé à "trois jours de colère" coïncidant avec le Grand Prix prévu dimanche, sous le slogan "Non à la Formule de sang". Vendredi, au premier jour des essais libres, la police a dispersé par la force des milliers de manifestants anti-régime dans la région de Boudaya, à 4 km à l'ouest de Manama, selon l'opposition. Les manifestations à répétition, à l'appel de l'opposition chiite qui réclame des réformes constitutionnelles dans ce royaume dirigé par une dynastie sunnite, ont conduit à un renforcement de la sécurité autour du circuit de Sakhir. Malgré ces manifestations, le prince héritier, Salmane Ben Hamad Al-Khalifa, a écarté toute annulation du Grand Prix, comme cela avait été le cas l'an dernier en raison des troubles dans son pays. "Une annulation ferait le jeu des extrémistes", a-t-il déclaré. Les manifestations à répétition ont cependant conduit à un renforcement de  la sécurité autour du circuit de Sakhir. Des véhicules blindés étaient  stationnés samedi sur l'axe routier reliant Manama au circuit, où des fouilles  systématiques, avec des portiques de sécurité, étaient menées aux entrées du  public, selon des journalistes.

Samedi, l'Allemand Nico Rosberg (Mercedes) a signé le meilleur temps de la 3e et dernière séance d'essais  libres. 

AFP