Senna cockpit Lotus 1986
A quelques minutes du GP du Canada, Ayrton Senna débute sa concentration à bord de sa Lotus noire et or (1986). | Denis Alix/NEWSCOM/SIPA

Senna, une étoile filante

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Une étoile filante brésilienne est passée dans le ciel de la Formule 1 entre 1984 et 1994: Ayrton Senna da Silva, triple champion du monde, s'est éteint il y a 20 ans sur le circuit italien d'Imola, alors qu'il menait le Grand Prix de Saint-Marin.

La mort en direct de Senna  a déclenché une onde de choc qui s'amplifie  cette semaine, au 20e anniversaire de ce choc mortel contre le mur en béton de  la courbe de Tamburello, le 1er mai 1994 à 14h17. C'était au 7e tour et Senna ,  encore parti en pole position, était en tête. L'homme qui l'a le mieux connu pendant son passage en F1, c'est Ron Dennis,  le patron de McLaren, chez qui Senna  a raflé 35 de ses 41 victoires et conquis  ses trois titres mondiaux (1988, 1990, 1991). "Pourquoi Senna  est-il considéré par beaucoup comme le meilleur pilote de  tous les temps ?", se voit-il demander, lundi, sur le site de l'écurie de  Woking, en Angleterre. Réponse de Ron Dennis: "Parce qu'il a été vraiment très  bon pendant tout le temps qu'il a passé sur cette planète. C'est dur de trouver  un aspect positif au fait qu'il a eu un accident et a perdu la vie, mais ça  veut aussi dire qu'on n'a pas assisté à son déclin". "Beaucoup de pilotes restent trop longtemps dans le sport et ternissent  leur image", ajoute le patron de McLaren, dont les deux pilotes les plus  emblématiques, Ayrton Senna  et Alain Prost, ont terminé leur carrière de  manière bien différente: le Brésilien est mort en course, le Français s'était  sagement retiré six mois plus tôt, sur un 4e titre mondial.

Coups d'éclat chez Lotus

La rivalité entre Prost et Senna , notamment chez McLaren, a dopé les  audiences de la F1. Surtout en 1988 quand le champion confirmé et son jeune  rival raflent 15 Grands Prix sur 16, et Senna  son premier titre mondial. Puis  leurs relations se tendent et Prost part chez Ferrari. Ron Dennis avait repéré Senna  quand il était chez Lotus. Le Brésilien,  après des débuts remarqués chez Toleman, en 1984, enfile les coups d'éclat  pendant trois saisons: deux victoires par an, mais surtout 16 pole positions au  volant d'une Lotus pourtant moins rapide que ses rivales. "Le moteur Honda était bon, donc Ayrton voulait venir chez nous. On a  beaucoup discuté de la future voiture, puis il a bien fallu qu'on parle  d'argent. Comme on n'arrivait pas à se mettre d'accord, ça s'est terminé en  lançant une pièce de monnaie, et j'ai gagné: Ayrton a eu un contrat de trois  ans, avec 1,5 million de dollars la première saison", se souvient Ron Dennis.

75 paires de chaussures

De 1988 à 1993, Senna  brille chez McLaren, remportant plus d'un GP sur  trois (35 en 96 départs), mais tout aurait pu basculer courant 1990, quand  Ferrari lui propose un pré-contrat, qu'il signe, pour rejoindre... Prost à la  Scuderia. Mais le transfert du siècle n'aboutit pas. Non pas à cause de Prost,  qui n'était pas au courant, mais en raison d'une rivalité au sein de Ferrari. L'autre facette de Senna , celle qui a fait de lui un seigneur du sport,  c'est qu'il était "un bon être humain, avec des principes et des valeurs",  rappelle volontiers Ron Dennis. Une anecdote résume cela. Dans un grand magasin d'Adelaide, après un GP  d'Australie, Senna  est en train d'acheter des valises quand surgit un  journaliste anglais: "Qu'est-ce que tu fais là ?". Réponse de Senna : "J'ai  besoin de ces valises pour transporter des chaussures..." Et il lui montre une liste de 75 personnes, avec toutes les pointures. Tous travaillent pour la Fondation Senna , ils aident chaque jour les  pauvres de Sao Paulo, alors Ayrton veut leur faire plaisir et il prend le temps  de le faire: "Chacun aura une paire de chaussures choisie par moi", sourit le  triple champion du monde.

Daniel Ortelli (AFP)

AFP