GP Corée du Sud Alonso 24102010
Fernando Alonso en action | AFP - PETER PARKS

GP de Corée du Sud: Alonso grand vainqueur

Publié le , modifié le

Au termes d'une course à rebondissement et tronquée en raison de la pluie, l'Espagnol Fernando Alonso (Ferrari) s'est imposé avec maîtrise et patience. Il profite des abandons en course des deux Red Bull de Mark Webber et Sebastian Vettel pour s'emparer de la tête du championnat du monde. Lewis Hamilton (McLaren) se relance en prenant la deuxième place. Le succès est complet pour Ferrari puisque Felipe Massa prend la troisième place. Un tournant de la saison.

"La piste est comme un lac en ligne droite" et "on ne voit pas les pneus avant" (Jason Button). "Je ne vois rien. C'est complètement impossible" (Fernando Alonso). La pluie, l’ennemi du pilote de F1. Elle a failli annuler le premier Grand Prix de Corée du Sud. Tombée finement mais de manière continue dimanche matin, la pluie s'est intensifiée à une quinzaine de minutes du début de la course, initialement prévu à 15h00 en Corée du Sud, et qui a dans un premier temps été reporté de dix minutes, pour commencer à 15h10. La suite a frisé l’amateurisme. L'entame s'est déroulée en temps voulu derrière la voiture de sécurité. Mais les drapeaux rouges ont été sortis à peine 6 minutes plus tard, signifiant l'arrêt temporaire de la course. La pluie ayant pratiquement cessé, les pilotes, après 45 minutes passées d'abord dans leur cockpit puis dans leurs stands, les pilotes ont remis leur combinaison et sont remontés dans leur voiture avant de tourner. Tourner et encore tourner derrière la voiture de sécurité. La raison invoquée ? La sécurité des pilotes. Les premiers virages du circuit de Yeongam, très secs, succèdent à de longues lignes droites, ce qui, additionné à la piste mouillée et à la pluie, aurait pu donner lieu à un grand nombre d'accidents.

Le décor est pourtant planté : les quatre premiers du championnat aux quatre premières places sur la grille. Une tension palpable et des pilotes prêts à tout donner pour quelques points de plus. Après les tergiversations des officiels et 1h20 d’attente, la course a repris ses droits. Même amputée d’une dizaine de tour, elle s’est avérée un tournant dans le sprint final pour le titre pilote.
Dès les premiers tours, Mark Weber est parti à la faute. Deuxième au 19e tour, l'Australien a perdu le contrôle de sa monoplace dans un virage. Parti en tête-à-queue, il a d'abord heurté le mur opposé, puis s'est fait percuter par Nico Rosberg (Mercedes), qui n'a pu l'éviter, alors que sa Red Bull était revenue sur la piste. Le visage fermé du leader du championnat en disait long sur sa déception. "C'est complètement ma faute, a-t-il expliqué à la BBC. "J'ai mis une roue  sur le vibreur à la fin du virage 12, ce qui a fait glisser l'arrière de ma  voiture, comme au ralenti. C'est mon erreur. Ce n'était pas mon jour." L'accident a provoqué une nouvelle neutralisation temporaire de la course, le temps de débarrasser les débris de la Red Bull et de la Mercedes. D’ailleurs, il est apparu un nouvel accroc dans l’organisation avec l’absence de grue pour retirer rapidement les voitures abandonnées sur la piste. Dans des conditions incertaines laissant beaucoup de possibilité de dépassement, la course s’emballait. Les incidents se multipliaient, les interruptions aussi. Déjà agacé par les retards de l’organisation, Bernie Ecclestone a des raisons de faire grise mine. Les organisateurs devront aussi s'expliquer sur les très longues files de voitures encore bloquées aux portes du circuit à 15h35. L'opération séduction de la F1 envers la population coréenne, qui avait semblé fructueuse, les tribunes étant substantiellement garnies, s'en retrouve annihilée.

Quoiqu’il en soit, cet abandon a été un premier tournant. Une aubaine pour les poursuivants de l’Australien. De son côté, Sebastian Vettel ne s’est posé aucune question. Tranquillement en tête, il a pensé s’acheminer vers une victoire ô combien importante avant d’abandonner au 46e tour. Son moteur a cassé. Rageant après avoir dominé autant. Une Bérézina pour les Red Bull dominatrices aux essais mais "fanny" en course. Le grand gagnant du jour est Fernando Alonso. Discret et en embuscade, le double champion du monde s’est montré patient et sérieux pour saisir l’opportunité de reprendre des points. Il n'a pas pensé en prendre 25 sur Weber et Vettel. Inespéré en somme. Dans la nuit tombante, il n’a pris aucun risque pour boucler les derniers tours de course emmenant dans son sillage un autre pilote heureux en la personne de Lewis Hamilton (McLaren). Ce n’est pas le cas de son coéquipier et compatriote Jason Button. Le champion en titre auteur d’une course quelconque débourse 42 points de retard. Il a reconnu qu'il était "presque  impossible" qu'il conserve sa couronne. A deux courses de la fin (Brésil et Abu Dabhi) et 50 points à prendre, ils sont désormais quatre à prétendre à la couronne suprême. A la question : "Etes-vous encore en position de remporter le titre ?",  Webber a pourtant répondu "absolument", car "les positions ne sont pas  importantes. Ce qui l'est, ce sont les points", qui "peuvent changer très  vite". Un Grand Prix pas si mal finalement.

Fernando Alonso (Ferrari, 1er): "Les conditions étaient extrêmement difficiles: pas de visibilité du tout pendant les dix premiers tours de la course, plus les tours derrière la voiture de sécurité. Mais ensuite, la voiture s'est bien comportée. Peut-être pas aussi bien que celle de Sebastian (Vettel) à certains moments de la course. Mais quand j'ai vu que Mark avait un problème, cela a changé l'image de la course. Le podium devenait suffisant. Mais la victoire a vraiment un très bon goût. (Pour le titre), rien n'a vraiment changé. Avec le nouveau système de points, tout peut arriver en une course. Si tu ne marques pas, tu perds 25 points sur l'un de tes adversaires principaux. Ici, Mark et Sebastian ont été malchanceux."

Lewis Hamilton (McLaren, 2e): "C'est un super résultat. J'en suis très heureux. Bien sûr, nous avons commis quelques erreurs, mais les conditions étaient vraiment délicates. Fernando a réalisé un excellent boulot. Ils avaient en général un peu plus d'adhérence que moi dimanche. Au final, mes pneus étaient morts. Il s'agissait donc de ramener la voiture à la maison. Mais c'est bon pour le Championnat et c'est bon pour l'équipe. Nous ne nous attendions pas à ce que les deux Red Bull finissent hors course dimanche. Cela montre combien le Championnat est serré. Fernando est rapide, mais cela reste ouvert."

Felipe Massa (Ferrari, 3e): "Troisième, cela veut dire de bons points pour l'équipe, cela veut dire une bonne course dans des conditions difficiles, parce qu'à la fin, il faisait vraiment, vraiment sombre. La lumière très forte que nous avons sur le volant, conjuguée à l'obscurité, compliquait ma tâche. Au début, la visibilité était presque de zéro. Il était difficile de voir où était la voiture de devant. Mais je suis très heureux de mon résultat, pour moi comme pour l'équipe. Et Fernando a été très bon, aussi."

Jason Button (McLaren) : "J'ai vécu un cauchemar. Une course hystérique. Je n'avais aucune adhérence. J'étais le plus lent du circuit. Dès que je freinais, mes pneus avant se bloquaient et je partais tout droit. C'était une journée assez horrible ; Non seulement je n'étais pas rapide, mais en plus je tuais mes pneus qui à la fin, (était) presque en slicks. L'(ancien) leader (Mark Webber) n'a pas marqué, ce qui veut dire que je suis encore dans le championnat mathématiquement. Mais il y a tellement d'autres gars devant qui ont plus de points que moi que cela rend ma tâche presque impossible."

Mathieu Baratas