Fernando Alonso - Abou Dhabi
Fernando Alonso | AFP - FRED DUFOUR

Ferrari, l'échec d'une stratégie

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En tête du championnat depuis le Grand Prix de Corée, Fernando Alonso avait toutes les chances d'êtres sacré ce dimanche à Abou Dhabi. Seul pilote à avoir son destin en main, une première ou une deuxième place suffisait au double champion du monde espagnol pour décrocher une troisième couronne. Mais une erreur stratégique lui a ôté tout espoir.

Il a brandi le poing de rage. Après avoir franchi la ligne d'arrivée (7e), Fernando Alonso n'a pu réprimer un geste d'humeur à l'attention de Vitaly Petrov (Renault), bourreau bien malgré lui de son troisième titre des pilotes. Le double champion du monde espagnol (2005, 2006 Renault) savait qu'il venait de manquer un grand rendez-vous pour sa troisième couronne. Il s'en est fallu d'un rien : quatre points (256 pour Vettel, 252 pour Alonso). Plus frustrant encore, le pilote au cheval cabré n'a rien à se reprocher, son équipe est seule en cause.

Troisième sur la grille de départ, après avoir devancé en Q3 Jenson Button (McLaren) qui possédait une monoplace plus performante, Alonso voyait le champion du monde en titre lui chiper sa position dès le premier virage. Sans paniquer, le pilote de 29 ans ne se mêlait pas à la lutte pour le podium, conscient qu'une quatrième place lui assurait le sacre compte-tenu de la 5e position de Mark Webber (Red Bull).
La Scuderia, ayant fait du pilote australien son plus sérieux rival pour le titre allait d'ailleurs imiter sa stratégie lorsqu'il s'arrêta (11e tour). Une erreur fatale. Quatre tours plus tard, alors qu'il tient la cadence des trois pilotes devant lui, Ferrari ordonne à son pilote de s'arrêter aux stands. Il ressort en 12e place, devant Mark Webber, mais derrière Petrov (Renault) et Rosberg (Mercedes). Les deux pilotes ont profité de la voiture de sécurité au premier tour pour l'accrochage entre Schumacher et Liuzzi pour s'arrêter aux stands et chausser des pneus durs. Ils ne s'arrêteront plus. Alonso devait alors trouver la faille pour les doubler, à la régulière. "Nous nous sommes trop concentrés sur ce que faisait Mark Webber, reconnaissait Chris Dyer, responsable de la stratégie chez Ferrari. Perdre comme ça, ça fait mal, très mal."

Problème, le pilote Renault allait bien involontairement sonner le glas de son troisième titre. Avec sa vitesse de pointe 3km/h supérieure à celle de la Ferrari en ligne droite, il allait devenir un obstacle insurmontable pour l'Espagnol qui resta dans ses échappements durant 200km, non sans quelques excursions hors-piste. Pendant ce temps, le leader de la course, Sebastian Vettel (Red Bull) alignait les meilleurs tours et contenait à distance respectable les deux McLaren d'Hamilton et Button.

C'est sur cette bévue incroyable de son écurie que Fernando Alonso achève sa première saison pour la Scuderia. Une deuxième place au classement des pilotes, son meilleur résultat depuis sa 3e place en 2007 qui ne lui retirera pas sa déception. "Aujourd'hui (hier), quelqu'un d'autre a bien mieux fait son travail et a mérité son titre de champion" admettait Alonso au terme de la course. D'aucuns noterons qu'avec la victoire finale de Sebastian Vettel, la morale est sauve. Ferrari ne l'emportera donc pas grâce à sa "tricherie" d'Hockenheim. Au volant de la meilleure voiture de la saison, auteur de 10 pole positions, le plus jeune champion du monde de F1 (23 ans) a démontré qu'il possédait l'un des meilleurs coups de volant du plateau. Au sein d'une écurie qui a toujours privilégié l'équité entre ses deux pilotes, sa victoire n'est que d'autant plus méritée.