F1: De l’affaire Weinstein au départ des "Grid Girls"

F1: De l’affaire Weinstein au départ des "Grid Girls"

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Entre l’affaire Harvey Weinstein et la Formule 1, il n’y a a priori aucun rapport. Et pourtant, cinq mois après le scandale autour du célèbre producteur accusé de viol et de harcèlement sexuel révélé par le New York Times, les nouveaux patrons –américains- de la F1 ont pris une décision radicale : les « Grid Girls », ces mannequins légèrement vêtus ne seront plus présentes lors des Grands Prix. Et si cette annonce représente un succès pour la cause féminine, elle ne fait pas forcément le bonheur de tout le monde.

C’est bien une révolution que notre société dite moderne est en train de vivre depuis quelques mois. Les plaintes pour harcèlement sexuel ont explosé aux Etats-Unis comme en France, et bien d’autres pays occidentaux. Le phénomène #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux ne fait que confirmer un profond changement des mentalités et le monde du sport, plutôt discret sur le sujet malgré quelques affaires ici et là, va probablement devoir modifier quelques traditions « d’un autre temps » comme l’estime le directeur du circuit britannique de Silverstone, Stuart Pringle.

Des "Grid Girls" à Monza
Des "Grid Girls" à Monza © AFP

« Les normes sociétales actuelles »

Cette réaction fait suite à la décision du nouveau propriétaire de la F1, Liberty Media, de mettre fin à la présence des « grid girls ». Dès le premier Grand Prix de la saison prévu en mars en Australie, on pourra noter l’absence de ces jeunes femmes à la plastique irréprochable tenant les ombrelles au-dessus des pilotes ou les quelques panneaux publicitaires. Cette tradition « ne correspond pas aux valeurs défendues par notre marque et est clairement en contradiction avec les normes sociétales actuelles", a ainsi indiqué Sean Bratches, le directeur des opérations commerciales de la F1. "Nous ne pensons pas que cette tradition soit appropriée ou en accord avec la F1 et ses fans", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Cette décision officialisée ce mercredi, fait suite à une réflexion entreprise depuis la fin de l’année dernière, peu après l’affaire Weinstein. Si différents mouvements félicitent chaleureusement cette annonce, et encouragent même d’autres sports à emboiter le pas de la F1 comme par exemple le cyclisme ou la moto, d’autres ne cachent pas leur déception. C’est le cas de nombreux spectateurs pour qui la présence de ces jeunes femmes faisait partie d’un spectacle. Selon un sondage réalisé en décembre dernier par la BBC, 60 % des personnes interrogées souhaitaient que les « Grid Girls » restent.

Les 24 Heures en avance

D'autres avaient déjà pris les devants, bien avant l'affaire Weinstein. L'Automobile Club de l'Ouest promoteur du championnat du monde d'endurance et donc des 24 Heures du Mans, avait décidé dès la saison 2015 de ne plus faire appel aux jeunes femmes. "Les conditions des femmes sont quelques peu différentes à présent", avait à l'époque expliqué Gérard Neveu, Directeur général du championnat du monde d'endurance.

Une Grid Girl "dégoûtée"

Les Grid Girls au chômage

Et si cette décision représente une victoire pour les mouvements féministes, les « Grid Girls » elles-mêmes sont loin d’être du même avis. L’une d’entre elles, Charlotte Gash, déclare être « furieuse et plutôt dégoûtée que la F1 a cédé à une minorité pour être politiquement correct ». Interrogée par BBC Radio 5, elle explique « être l’une des chanceuses à ne pas compter seulement sur cette source de revenus, mais il y en a qui n’ont que ça ».

Pour Caroline Hall, qui gère une agence employant ces jeunes femmes, la décision a été trop hâtive. « Ils auraient pu envisager des manières de leur confier un rôle plus en adéquation avec les temps modernes (…) », et notamment « de faire en sorte que ce soit plus égal entre les sexes ». Entre tradition d'un autre âge et diktat du politiquement correct, la F1 a fait son choix.

Romain Bonte