Ça s'est passé un 5 juillet 1981 : Alain Prost remporte son tout premier Grand Prix de F1 en France

Publié le , modifié le

Auteur·e : Paul Giffard
Alain Prost, pilote de l'écurie Renault
Alain Prost, pilote de l'écurie Renault | DPPI / DPPI MEDIA / DPPI VIA AFP

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Arrivé en provenance de McLaren, Alain Prost connaît un début de saison délicat avec sa nouvelle écurie, Renault. Le prodige français ne parvient pas à répondre aux attentes jusqu'à ce 5 juillet 1981. À domicile, le pilote de 26 ans va profiter des conditions climatiques et d'un nouveau programme moteur pour s'imposer. L'histoire retiendra que le Tricolore a remporté son tout premier Grand Prix à Dijon avec la marque au losange. Une victoire, synonyme de tournant dans la saison.

Pas encore "Le Professeur", mais déjà un élève prometteur. Ce 5 juillet 1981, Alain Prost s'impose à domicile, sur le circuit de Dijon-Prenois. À bord de sa monoplace, le jeune français va se battre contre vents et marrées pour être le premier reçu par le drapeau à damier. Après une première saison difficile mais encourageante chez la modeste équipe McLaren, le natif de Lorette (Loire) est recruté par la marque au losange. La mayonnaise tarde à prendre entre le pilote et le constructeur français. Jusqu'à cette étape dijonnaise. 

Pour ce 8e Grand Prix de la saison, l'homme de 26 ans est clairement sous pression. Ses deux premières courses ont été marquées par des collisions (Etats-Unis et Brésil). Si la troisième s'est concrétisée par un podium, il n'a pas terminé pas les quatre GP suivants. Alors que des interrogations planent au-dessus du futur quadruple champion du monde, une évolution sur le moteur turbo à l'été va le propulser vers un avenir radieux. 

Une odeur de poisson chez Renault

Il n'y a pas que la moutarde qui sent fort à Dijon, la monoplace de Prost aussi. "L’odeur était si mauvaise que ça a fait fuir la presse tout le week-end", détaille l'ingénieur Bernard Dudot sur la chaîne Youtube du Groupe Renault. Comme une odeur de poisson erre au sein de l'écurie française. Les effluves proviennent du moteur de leur prodige. "Nous avions trouvé le moyen de refroidir l’entrée d’air du moteur pour améliorer sa performance", se souvient le patron du programme Turbo. "Mais à cette époque, nous ne disposions pas de glace sèche sur le circuit. Donc on a acheté de la glace normale chez un poissonnier à deux pas du circuit…" C'est la naissance du système intercooler. 

Malgré la mauvaise odeur, la voiture performe enfin. À bord de sa RE30, Alain Prost passe avec succès la séance de qualifications. Il partira en 3e position derrière son coéquipier et compatriote René Arnoux (Renault) et le Britannique John Watson (McLaren-Ford). Pendant la course, un nouvel élément, cette fois climatique, va permettre au jeune pilote tricolore de se hisser en tête.

Un orage a tout changé

Dimanche, 14h, c'est le grand départ. Les pilotes partent pour 80 tours de piste et le premier tournant de la course a lieu ...dès le premier virage. Profitant d'une certaine confusion, le Brésilien Nelson Piquet (Brabham-Ford) vire en tête. Le futur champion du monde mène la danse devant Watson, Andrea De Cesaris (McLaren-Ford) et Prost. Si le Français parvient à dépasser les deux McLaren, l'Auriverde semble filer vers la victoire...

Soudain, un orage s'abat sur la Bourgogne et la course est interrompue. Tout s'est joué à deux tours près. Nous sommes au 58e tour et moins de 75% de la distance prévue n'a pas été parcourue. C'est donc logiquement qu'un nouveau départ est donné après le déluge. L'histoire n'est plus la même à 22 tours de l'arrivée et va tourner en faveur de Prost. Les monoplaces Renault peuvent contenir plus d'essence que les bolides équipés d'un moteur atmosphérique mais le poids trop important les prive de l'utilisation de pneus tendres sur une course entière. Sur quelques tours, c'est différent et Prost va en profiter. 

Une double victoire pour Renault

Sur une piste humide, Prost, lui, en profite pour chausser de nouveaux pneus. Le Tricolore ne tarde pas à se débarrasser du Brésilien, à la traîne. À présent leader de la course, Prost ne lâchera pas son trône et arrive en tête au baisser du drapeau à damier. Le classement final est établi en additionnant les temps des deux manches. C'est donc l'étoile montante de la course automobile qui remporte son tout premier Grand Prix en Formule 1, chez lui, devant son public. Prost devance John Watson et Nelson Piquet, malheureux troisième. 

Une double récompense pour l'écurie française, elle, qui n'avait marqué que six petits points au classement des constructeurs et pointait alors à la 7e place. Un apaisement donc et la pression va redescendre petit-à-petit au sein de la marque au losange. Alain Prost est définitivement lancé et la saison se conclura avec une belle 5e place au général et deux autres victoires : Pays-Bas et Italie. Quant à Renault, il terminera la saison à la 3e place. Le succès de leur pilote à Dijon a été un véritable tournant.

Paul Giffard paul_gfrd