Bernie Ecclestone, Formule 1
Bernie Ecclestone | SVEN HOPPE / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP

Affaire Ecclestone: la justice allemande arrête le procès contre 100 millions de dollars

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Le tribunal de Munich a déclaré qu'il mettait fin au procès pour corruption de Bernie Ecclestone en échange d'un paiement de 100 millions de dollars par le prévenu. Son casier judiciaire restant vierge, le grand argentier de la F1 pourra continuer d'occuper son poste.

"La procédure est arrêtée, en accord avec le parquet et le prévenu,  conformément à l'article 153a" du code de procédure pénale qui régit ce type de  négociations, a déclaré Peter Noll, le président du tribunal. Ecclestone, 83 ans, était jugé depuis le 24 avril à Munich pour avoir versé  44 millions de dollars (31,8 millions d'euros) de pots-de-vins présumés, en  2006 et 2007, au banquier allemand Gerhard Gribkowsky, qui travaillait pour la  banque publique bavaroise Bayern LB, en vue de conclure la vente des droits de  la F1 au fonds d'investissement CVC Capital Partners.

44 millions de dollars, "le prix du silence"

M. Ecclestone dispose d'une semaine pour verser les 100 millions de dollars  (74 millions d'euros) dont 99 millions iront dans les caisses de l'Etat  régional de Bavière et 1 million dans celles d'une fondation d'aide à l'enfance. Avec cet accord, le casier judiciaire d'Ecclestone demeure vierge, ce qui  lui permet de continuer à diriger la Formule Un. Paradoxalement, la défense a monnayé un abandon des poursuites alors  qu'Ecclestone n'a cessé de nier les charges contre lui. Apparu fringant à  l'ouverture du procès en avril, le milliardaire n'a manqué aucun jour  d'audience, laissant à ses avocats le soin de s'exprimer.

Ecclestone ne contestait pas le paiement de 44 millions de dollars à M.  Gribkowsky, mais il présentait cela comme le "prix du silence" pour que ce  dernier ne fasse pas de révélations gênantes sur son patrimoine au fisc  britannique. Entendu mi-mai, le banquier allemand a maintenu ses accusations de  corruption. L'homme d'affaires britannique, un fils d'ouvrier dont la fortune tourne  autour de quatre milliards d'euros, va pouvoir poursuivre son règne sur le  monde de la F1 entamé il y a quarante ans, et qui lui a valu un soutien appuyé  du monde du sport automobile. Sans attendre la décision des juges bavarois, l'ancien champion du monde  Niki Lauda avait salué dès samedi le retour d'Ecclestone aux manettes de la F1.  "Il est le seul qui connaît tout, le business, les problèmes des équipes, il a  tout en tête", se réjouissait l'ex-pilote autrichien.

"Du blanchiment judiciaire"

L'arrêt du procès après quatre mois d'audience, pour un montant sans  précédent, a suscité beaucoup moins d'enthousiasme en Allemagne. Déplorant  qu'on puisse "acheter la justice", certains médias et responsables politiques  ont réclamé un changement de législation. "Quelle que soit sa situation financière et sa place dans la société,  chacun doit rendre des comptes", avait notamment martelé l'ex ministre de la  Justice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger (parti libéral FDP). Interrogée par  la radio Deutschlandfunk, elle a plaidé pour une "restriction drastique" de ces  négociations par la loi. Le Süddeutsche Zeitung, dans un éditorial acide, avait aussi dénoncé à  l'avance une opération de "blanchiment judiciaire" relevant de la  "provocation", d'autant que l'autre protagoniste de l'affaire, Gerhard  Gribkowsky, purge une peine de huit ans et demi de prison ferme. 

"Les tarifs pratiqués dans cette station de lavage diffèrent assurément de  ceux d'une station-service normale. Et l'on n'y nettoie pas une simple voiture,  mais le patron du circuit", avait dénoncé le chroniqueur judiciaire du  Süddeutsche, ancien magistrat à Munich. En guise de commentaire, le journal populaire Bild, plus gros tirage de la  presse allemande, s'est contenté de citer le réalisateur serbe Emir Kusturica:  "Quand tu ne peux pas régler un problème par de l'argent, tu peux toujours le  régler avec encore plus d'argent".

AFP