Simon Pagenaud
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Simon Pagenaud : "Égaler le record de victoires à Indianapolis ? Pourquoi pas relever le défi"

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Premier français vainqueur des 500 miles d’Indianapolis depuis 99 ans, Simon Pagenaud est revenu pour france tv sport sur la plus belle victoire de sa carrière. Accompagné de l’imposant trophée Borg Warner, qui quittait le sol américain pour la deuxième fois seulement, le pilote de l’écurie Penske Racig s’est livré sur ses ambitions. S’il souhaite élargir son palmarès en endurance outre-Atlantique, Pagenaud ne s’interdit rien. Des 24h du Mans au Rallye de Monte-Carlo, il rêve en grand.

Un trophée d'1m65 pour 70kg. Simon Pagenaud n'a pas fait le déplacement des Etats-Unis tout seul. Le vainqueur des 500 miles d'Indianapolis a réussi à convaincre l'entreprise Borg Warner de transporter avec lui l'imposant trophée soulevé par les pilotes sacrés sur l'anneau. Un objet mythique, où sont gravés les visages de 35 pilotes entrés à jamais dans l'histoire du sport automobile. Le Français en fait désormais partie. 

Deux mois après, avec le recul, qu’est-ce que vous ressentez en regardant ce trophée avec votre visage gravé dessus ? 

Simon Pagenaud : "C’est un honneur immense parce que c’est un peu l’œuvre d’un pilote qui restera dans le temps. Mon visage est gravé à côté de ceux de certains de mes héros, donc c’est tout simplement incroyable. C’est la première victoire française aux 500 miles d’Indianapolis depuis 99 ans, la première pole position depuis plus de 100 ans. Pour moi, c’est une fierté énorme, et pour les Français, je pense aussi que c’est un exploit sportif assez retentissant. Je suis ravi de pouvoir être ici cette semaine pour pouvoir en parler."

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Si l’on se replace dans le contexte, quel a été le moment décisif dans cette victoire ? Il y a ce moment où vous décrochez la pole position et vous faites donc un premier grand pas vers la victoire. Et puis, il y a le moment où vous franchissez la ligne d’arrivée en tête.

S.P : "Le grand moment pour le faire, ce n’est pas cette année, mais c’est 2018. L’an dernier, je me suis mordu les doigts de ne pas avoir attaqué au bon moment. J’aurais pu gagner l’an dernier, je sais exactement pourquoi je n’ai pas réussi à le faire et je l'ai regretté énormément. Mais c’est tout ce travail, toute cette détermination nés de cet échec qui m’ont permis d’avoir les dents très longues en 2019. Je savais ce que je devais faire. J’ai construit mon château de cartes pendant cette période. Et j’ai pu le mettre en place en mai, avant de gagner. Et forcément, le moment le plus important c’est quand je bois le lait après la victoire (tradition pour les vainqueurs de l'épreuve). C’est là que j’ai vraiment réalisé ce qui venait de se passer." 

Vous avez dit après votre sacre que vous ne pensiez pas y arriver, mais que vous aviez néanmoins tout fait pour. Donc au fond, on peut dire que vous y avez toujours cru dans un coin de votre tête ?

S.P : "Il faut toujours y croire. C’est comme cela que j’ai construit ma carrière. Toujours y croire, ne jamais abandonner. Secrètement j’y ai toujours cru, mais je ne suis pas quelqu’un de très prétentieux qui va dire qu’il peut gagner avant que ce ne soit fait. C’était l’objectif de ma carrière et le fait qu’il soit atteint me donne un sentiment de liberté énorme."

Après avoir goûté une fois à la victoire à Indianapolis, est-ce que l’on peut vous imaginer vouloir rééditer cette performance, et pourquoi ne pas égaler le record des grands noms comme A.J Foyt, Al Unser, Rick Mears, vainqueurs à 4 reprises ?

S.P : "Une fois qu’on a franchi une étape et un rêve, il faut se fixer de nouveaux objectifs, et trouver d’autres rêves pour aller de l’avant. Ma seule limite, c’est le ciel. Donc il ne faut pas hésiter à se donner des objectifs fous. Et il est clair qu’égaler le record de victoires aux 500 miles d’Indianapolis serait extraordinaire. Ce serait presque impossible, mais justement, pourquoi pas relever le défi." 

Vous avez passé 13 années de votre carrière aux Etats-Unis. Quelle relation avez-vous avec ce pays ? On l’imagine particulière…

"J’ai été accueilli à bras ouverts par les Américains. Ma notoriété est plus forte aux Etats-Unis qu’en France pour l’instant. C’est quelque chose d’assez incroyable de s’imaginer qu’ils seraient prêts à soutenir un pilote français plutôt qu’un pilote américain. Ça montre leur mentalité, hyper intéressante. Je me sens très redevable auprès d’eux. J’essaie de leur donner un maximum et je souhaite être le meilleur ambassadeur possible des 500 miles pour les Etats-Unis, mais aussi pour la France. C’est mes racines. Le but, c’est aussi de faire partager tout cela avec les Français."

Vous avez même été reçu à la Maison Blanche et honoré par le président des Etats-Unis. Cela restera aussi comme l'un des moments forts après votre victoire ?

"Oui, c’est gravé dans ma mémoire pour toujours. Le fait d’être invité dans une institution comme la Maison Blanche, et encore une fois, je mets la politique de côté en disant cela, c’est quelque chose d’inimaginable. Etre félicité par le président des Etats-Unis en personne, c’est grand. Mais je ne suis pas tout seul dans cette victoire. Il y a toute mon équipe derrière et j’ai été heureux de pouvoir emmener tous les mécaniciens pour célébrer ce titre. C’était aussi extraordinaire pour moi de me retrouver dans le bureau ovale. A ce moment-là, je me suis arrêté et j’ai réalisé toute l’importance des décisions qui avaient été prises dans ce bureau. Ça reste unique." 

Vous avez déjà participé aux 24h du Mans  à plusieurs reprises. Est-ce que remporter cette autre course mythique est un des objectifs pour la suite de votre carrière ? Peut-être pas dans un futur proche, mais y songez-vous ? 

S.P : "Oui, exactement. Comme vous le dites, pas dans un futur proche car je suis engagé avec Penske Racing et je veux continuer ma quête aux Etats-Unis en IndyCar. Mais il est clair que j’aimerais pouvoir boucler la boucle. J’ai terminé deuxième des 24 heures en 2011 avec Peugeot. J’aimerais pouvoir refaire ça dans les mêmes conditions, mais des conditions pour gagner. Honnêtement, Je ne pense pas revenir pour faire de la figuration. C’est ce qui me donne cette motivation. Me battre pour gagner. Ce serait l’aboutissement d’une carrière extraordinaire. Je me souviens être allé au Mans quand j’avais 4 ans avec mon père. Ce sont des souvenirs impérissables. Et puis la France est mon pays, donc j’ai presque une responsabilité de devoir essayer."

Vous avez également crié haut et fort votre amour pour le rallye. Peut-on vous imaginer un jour disputer un rallye en WRC ? 

S.P : "Je suis un vrai passionné de rallye. A l’origine, tout est parti de là. Mais mon chemin s’est fait et le circuit est devenu ma spécialité. J’ai eu l’occasion de faire quelques rallyes et j’ai pris un plaisir énorme. C’est du pilotage instinctif qui me fascine. Il faut s’adapter aux changements de terrain, il y a une dimension différente au niveau du pilotage. Et j’aime aussi beaucoup le genre de relations qu’on peut avoir avec un co-pilote. Donc j’aimerais participer au rallye de Monte-Carlo au moins une fois, et puis, dans mes rêves les plus fous le remporter. Ce serait ma triple-couronne. Mais bien-sûr ça reste un rêve très lointain."

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