Le Mans 68, la légende de Henri Pescarolo s'est écrite en septembre

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Auteur·e : Xavier Richard
La Matra MS 360 M de Pescarolo et Servoz-Gavin en 1968
La Matra MS 360 M de Pescarolo et Servoz-Gavin en 1968 | DR

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Pour la 2e fois de leur histoire, les 24 Heures du Mans se dérouleront en septembre après le report de la course à cause de l’épidémie de Covid-19. En 1968, les évènements de mai avaient repoussé l’épreuve au 28-29 septembre. Une 36e édition marquée par la pluie et les prouesses héroïques de Henri Pescarolo sur sa Matra.

Après le carton du film « Le Mans 66 » au box office, Hollywood n’aurait aucun mal à surfer sur la vague mancelle en se lançant dans un biopic sur Henri Pescarolo, période 68. Jeune constructeur, Matra tente depuis deux ans de se faire une place sur les terres de Ferrari et Ford. L’apprentissage est difficile mais Jean-Luc Lagardère n’a pas son pareil pour galvaniser ses troupes et actionner la fibre patriotique. Dans des conditions dantesques, le 2e classe du Bataillon de Joinville Pescarolo va se révéler un bleu plus que téméraire. 

Un report bienvenu pour Matra

Proche d’un forfait en juin, Matra voit d’un très bon oeil le report de la course en septembre. La MS 630 M avec son nouveau V12 est loin d’être prête et ces quelques mois de préparation en plus sont les bienvenus. Mais qui dit nouvelle voiture dit défaut de jeunesse. Les pépins s’enchaînent comme les averses sur le circuit. Le départ s’effectue à 15h00 pour gagner une heure de plus avant la nuit mais la piste est détrempée quand le drapeau tricolore s’agite. Servoz-Gavin, équipier de Pescarolo, s’arrête dès le 1er tour, l’essuie-glace ne fonctionne pas. Une accalmie permet à la Matra N.24 de remonter au classement.

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Le public français, sevré d’exploit depuis la chevauchée solitaire Pierre Levegh et sa Talbot en 1952, se prend déjà à rêver. C’est une autre épopée héroïque qui va enchanter les foules. Fin septembre 68, les nuits mancelles sont fraîches et humides. Très humide quand la pluie refait son apparition au milieu de la nuit. Une situation délicate qui ne perturbe en rien Pescarolo. Moins à l’aise sous l’eau, Servoz-Gavin va lui perdre pied alors que le moteur d’essuie-glace a définitivement grillé et en changer est strictement interdit. 5h07 du matin, il pose sa 630 M devant le stand et jette l’éponge devant un Lagardère médusé.

« Vous ne voudriez pas essayer par hasard ? »

Son dernier espoir essaye de dormir non loin de là dans sa caravane. Le patron déboule, explique la situation tragi-comique du moteur d’essuie-glace et lance comme une bouteille à la mer : « Servoz ne veut pas continuer. Vous ne voudriez pas essayer par hasard ? » Pescarolo ne calcule rien, prend son casque vert et fonce. Pris entre espoirs et remords, Lagardère ne veut pas envoyer son pilote à l’abattoir et lui demande confirmation. « Je trouvais ça stupide d’arrêter et je suis parti dans l’enfer, comme un abruti complet », raconte « Pesca » dans le livre Matra au Mans de François Hurel. Quelques tours plus tard, on fait signe au pilote de s’arrêter. « Je rentre donc et Lagardère me demande si ça va. J’étais furieux qu’on m’arrête pour ça, j’ai claqué la portière et je suis reparti en me disant que chaque tour serait le dernier. »

La Matra MS 630 M dans les esses du tertre
La Matra MS 630 M dans les esses du tertre © DR

La belle bleue continue alors sa route à plus de 300 km/h sous le déluge, dans le trafic et toujours sans essuie-glace. Une prouesse et une sacré dose d’inconscience. Cette folle nuit de septembre, Pescarolo roule à tombeau ouvert en pneus secs de 1h43 à 3h56 et en pluie de 5h10 à 8h54. Grâce à ce triple relais, la Matra est toujours sur le podium quand le jour se lève. « J’ai frôlé l’accident à chaque seconde tout en étant parfaitement décontracté, ce fût une libération totale, une sorte d’état second mais dans lequel je ne maîtrisais pas tout, sinon je ne serais pas resté sur la route. Jamais je n’ai revécu une expérience de ce niveau. C’était dantesque ! » Le pilote français avait peur de prendre la porte à chaque course. Ces relais de légende vont l’installer comme un pilier de Matra. Qu’importe si son auto terminera sa course entre Mulsanne et Indianapolis sur un début d’incendie au cours de la 23e heure, il en récoltera les fruits plus tard avec trois de ses quatre succès au Mans en 1972-73-74.