La terre-battue
La terre-battue | AFP - VALERY HACHE

Au royaume de la terre

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Consultant France Télévisions, Patrice Dominguez évoque la difficulté qu'ajoutent les différentes conditions climatiques sur terre-battue. A trois jours du début des Internationaux de France, l'heure est aux réglages.

- La finale à Rome, remise à lundi, peut-elle perturber la préparation de Novak Djokovic et de Rafael Nadal ?
Patrice Dominguez:
"Non. dans la mesure où il n'y a qu'un jour de retard, cela ne jouera pas en terme de récupération. Les joueurs sont habitués à des reports, surtout dans la saison européenne. Et cela ne touche que ces deux joueurs-là. Cela pourrait éventuellement toucher ceux qui jouent à Nice, à Dusseldorf, à Bruxelles ou à Strasbourg. Mais comme on annonce une amélioration à partir d'aujourd'hui, cela ne devrait pas arriver. Mais la terre sera certainement plus sèche car on n'annonce pas de pluie à Paris jusqu'à dimanche voire lundi. Les conditions seront plus rapides en début de quinzaine qu'elles ne l'étaient jusqu'à présent.

- Entre une terre lente et rapide, quelles sont les grandes différences ?
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"C'est le rebond qui n'est pas tout à fait le même. Les balles s'humidifient beaucoup plus rapidement, même si elles sont changées tous les 7 ou 9 jeux. Elles sont plus lourdes, donc plus difficiles à faire avancer. Et sur une terre humide, la balle s'enterre davantage. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas à l'avantage d'un Rafael Nadal, car sa balle rebondit moins haut. Et ce gaucher, qui tape très fort sur le revers des droitiers, est plus avantagé avec une terre sèche qui fait rebondir sa balle très haute. D'ici dimanche, les conditions peuvent encore changées. je pense qu'on va retrouver des conditions habituelles au début, et probablement plus rapides qu'elles ne l'étaient en début de quinzaine l'an dernier."

L'amortie, arme fatale sur une terre lourde

- Ces conditions de jeu peuvent-elles modifier la tactique des joueurs ?
- "Tactiquement, peut-être pas, mais cela change en fonction de sa technique. Par exemple, pour Novak Djokovic, la terre sèche va rendre performant son "kick" au service, son lift. En revanche, le revers coupé d'un Roger Federer va plus s'enterrer sur une terre lourde. Contrairement à ce qu'on pense, avec le jeu qu'il développe aujourd'hui, il sera moins désavantagé sur une terre un peu plus lourde. Mais il perdra alors une partie de son efficacité au service, ce qui reste une de ses armes favorites. Cela modifie l'efficacité technique, mais sur le plan tactique, ils ne vont pas modifier sensiblement leur méthode de jeu. En revanche, pour tous, un coup plus efficace sur une terre lourde, c'est l'amortie. "

- Quelle terre va plus arranger les joueurs français ?
- "Les joueurs français, peut-être à l'exception de Gaël Monfils qui est très incertain pour cette année, vont préférer une terre sur laquelle ils peuvent faire des points. Tsonga et Gasquet à la volée avec le service en plus pour le N.1 français, et même pour Gilles Simon qui joue sur l'échange en cadence en fond de court. Une terre très lourde n'avantage pas un joueur un peu moins puissant que certains Espagnols. Globalement, mis à part Monfils et encore, ils ne seraient pas avantagés par une terre très lourde, qui convient d'avantage aux 'vrais terriens'."

Une semaine pour faire du jus

- La préparation diffère entre les joueurs. Certains viennent tôt à Roland-Garros pour s'y entraîner, d'autres font des tournois exhibition, d'autres sont en tournois à Nice ou ailleurs. Quelle est la meilleure préparation selon vous ?
-"Rares sont ceux à avoir gagné Roland-Garros en ayant joué un tournoi la semaine d'avant. Les gros, qui ont fait une très bonne préparation depuis Monte Carlo, qui représente le vrai lancement de la saison sur terre, ne jouent pas la semaine précédant le tournoi. Ils font une petite exhibition, un match ou deux, mais c'est tout. Ils sont au point. Ils vont emmagasiner de l'influx, prendre leurs marques à Roland, s'habituer à la volumétrie du Central qui n'est pas commune comme à celle du Suzanne-Lenglen. Les prétendants à la victoire savent qu'ils seront programmés sur ces courts. Ils font un peu de vitesse, ils continuent à s'entraîner, et ils récupèrent. La saison sur terre a été longue. Regardez Nadal, il a gagné Monte Carlo, Barcelone, quarts de finale à Madrid, et a gagné Rome. Il a besoin d'une semaine pour récupérer. L'année où il a été battu par Soderling, c'est une année où il a fait des matches-exhibition la semaine d'avant. Cela lui a servi de leçon. Cette dernière semaine, c'est du réglage, notamment technique, et de la récupération, active. Et de la détente, sans se projeter trop tôt dans le tournoi."

- Pour vous, Rafael Nadal est le grand favori pour la victoire chez les hommes ?
- "Oui, il l'est redevenu par ses résultats lors des deux derniers mois sur terre-battue. Trois victoires en tournoi, un quart dans l'autre, alors que Djokovic n'en a pas gagné un sur terre. Automatiquement, avec son expérience, son niveau sur terre, il est favori pour un 7e titre. Il y a toujours des incertitudes dans un tournoi du Grand Chelem. A Roland-Garros, on ne peut pas avoir de moments de faiblesses. La première semaine est toujours celle de tous les dangers, même quand on s'appelle Nadal. L'an dernier, il avait fait cinq sets pour passer Isner au 1er tour. C'était inattendu."

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze