Stéphane Diagana
Stéphane Diagana | AFP

Stéphane Diagana : "Le record de Muhammad peut descendre sous les 52 secondes"

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Alors que l’Américaine Dalilah Muhammad a créé la sensation ce week-end en battant le record du monde du 400m haies féminin (52 sec 20) lors des championnats des Etats-Unis, notre consultant Stéphane Diagana est revenu sur cette performance historique. Pour lui, ce chrono n’a rien d’étonnant, et il pourrait même passer sous la barre des 52 secondes dans les années à venir.

Muhammad s’était approché du record de Pechonkina plusieurs fois. Est-ce que vous vous attendiez à ce qu’il soit battu avant les Mondiaux de Doha fin septembre ?

Stéphane Diagana : "Un record si tôt dans la saison, c’est vrai que c’est impressionnant, d’autant que les championnats du monde sont encore loin. Mais aux sélections américaines, les filles sont prêtes. Compte-tenu de la qualité des concurrentes et du niveau qu’il faut avoir pour se qualifier, s’il y a bien un endroit où un record pouvait tomber, c’était là. Alors oui Muhammad est championne olympique, mais il faut dire qu’on attendait un peu plus Sydney McLaughlin, la jeune pépite de la discipline qui, à mon avis, battra elle-aussi ce record. Même si cela ne veut pas dire que Muhammad ne l’améliorera pas avant".  

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Donc vous pensez qu’il pourrait être à nouveau battu rapidement ?

S.D : "Pourquoi pas, oui. Pour moi, ce record de 52’34, qui durait depuis longtemps (2003), n’était pas forcément au niveau de ce que peuvent faire les filles sur 400m haies. Gagner 4 dixièmes sur son record personnel comme l’a fait Muhammad, à l’approche des championnats du monde, ça montre bien que les athlètes ne sont pas encore au top de leurs performances. Elle visait ce record depuis un moment. Je crois que ce chrono peut potentiellement descendre sous les 52 secondes. Avec des filles qui sont capables de courir un tout petit 50 secondes sur le 400, il faut quand même être très bien physiquement pour pouvoir faire ça. Mais je miserais davantage sur McLaughlin. Elle est très jeune (20 ans), et avec ses performances sur 200 mètres et sa base de vitesse, si elle venait à courir en 51’90 ou 95 un jour, cela ne m’étonnerait pas vraiment".

Muhammad a couru en 52’20 alors qu’il avait beaucoup plu, et que la piste était détrempée. Est-ce que cela donne encore plus de crédit à ce record ?

S.D : "Ça prouve qu’il y a une grande marge. Surtout pour McLaughlin qui a couru en 52 sec 88 mais qui pour moi est vraiment l'avenir du 400 haies féminin. La piste était détrempée certes, mais on voit par exemple que sur sa dixième haie, Muhammad est très haute au-dessus de la haie. Donc ce qu’elle réalise n’est pas encore aussi fin techniquement que ce que pouvait faire par exemple un Félix Sánchez chez les hommes, avec un franchissement très fluide, très économique. Chez Muhammad, il y a encore beaucoup de perte d’énergie vers l’avant, de propulsion vers le haut à l’impulsion. Ses réceptions engendrent de la perte de vitesse et créent de la fatigue. En amenant de la fluidité et des bases plus fortes de vitesse, je pense qu’on pourrait descendre assez vite sous les 52 secondes".

Le duel s’annonce serré dans la perspective du titre mondial. Vous voyez plus Muhammad ou McLaughlin remporter la médaille d’or dans deux mois ?

S.D : "Je pense déjà que ce record va piquer au vif McLaughlin. Elle était attendue et elle n’a pas gagné. Mais justement c’est intéressant, car on est à la fin juillet. Il reste deux longs mois et cela va permettre aux athlètes de se préparer de manière optimale. Si elle prend un peu plus de risques, je vois quand même McLaughlin au-dessus, en tout cas avec un potentiel supérieur. Aux sélections américaines, on a bien vu que les deux avaient fait jeu égal avant le dernier 200. Puis Muhammad est très loin dans la dernière ligne droite. McLaughlin réagit trop tard. Elle revient un peu sur le plat et limite la casse. Mais ce n’est pas normal qu’elle soit aussi loin dans la dernière ligne droite avec son potentiel de vitesse sur 200 mètres. Je pense qu’elle doit travailler encore de ce côté-là. Faire deuxième en 52 ’88 comme ça, dans une course qu’elle a courue, à mon avis, en dessous de son potentiel, ça montre ce dont elle est capable".

Les Mondiaux arrivent tard cette année. Est-ce que cela peut influer sur la saison des athlètes ?

S.D : "La préparation sur deux mois pose question oui. Avec les championnats du monde fin septembre, cela fait une saison très longue, surtout pour les athlètes américains qui ont déjà des rendez-vous importants au mois de mai. C’est une vraie interrogation. Mais cela va être aussi vrai pour les athlètes non-américains. Si on regarde Karsten Warholm, Rai Benjamin ou Abderrahman Samba, ça fait déjà un moment qu’ils sont sur le pont. Et c’est d’autant plus vrai pour des disciplines physiologiques comme le 400, ou le 400 haies. Ce n’est vraiment pas simple d’être au top sur une période aussi longue donc il y a une vraie interrogation".