Semaine spéciale Paris 1924, épisode 5 : Paavo Nurmi, le Finlandais volant

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Auteur·e : Alain Vernon
Paavo Nurmi
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Les spectateurs du stade de Colombes, en 1924, découvrent une machine à courir venue du froid, sans jamais afficher un rictus de fatigue, malgré la canicule qui s’abat sur la banlieue parisienne... C’est le Finlandais Paavo Nurmi que seul le tchécoslovaque Emil Zapotek viendra concurrencer dans la légende en 1952.

Paavo Nurmi est un petit bonhomme d’1,74m, blond au regard glacial et aussi discret que résistant. Son premier surnom de "fantôme finnois", tant il était peu expansif, va se transformer en "Finlandais volant" grâce à ses 5 médailles d’Or. L’un des plus beaux exploits de l’histoire olympique.

Lorsqu’il arrive à Paris, Nurmi, est déjà triple champion olympique en titre sur le 10 000m, le cross individuel et le cross par équipes aux Jeux d’Anvers en 1920. A Paris, son appétit d’or est féroce, car il voulait s’inscrire sur six épreuves ! La fédération finlandaise l’oblige pourtant à se ménager en le retirant du 10 000m. D’abord facile vainqueur du 1500m, il réussit le doublé une heure plus tard sur 5000m, devant son compatriote Ritola.

"L’homme au chronomètre"

Dans l’épreuve du cross, couru en pleine canicule dans la campagne entre Pontoise et Colombes, les participants tombent comme des mouches... Seuls 15 rescapés termineront cette course très critiquée et qualifiée d’inhumaine. Mais Nurmi, lui, est insensible à la fatigue et à la chaleur, il s’adjuge deux nouvelles médailles d’or, en individuel et par équipes avec la Finlande. Le lendemain, alors que certains concurrents sont encore à l’hôpital, Nurmi enchaîne avec le 3000m par équipes : cinquième médaille d’or, record absolu pour "l’homme au chronomètre" car il portait toujours une montre au poignet.

A Paris, il rafle 5 médailles d'or

Nurmi n’est pourtant pas rassasié et piétine de rage dans la tribune de Colombes lorsque, sur 10 000m, son compatriote et rival Viho Ritola est sacré champion olympique. Nurmi prendra d’ailleurs sa revanche sur 10 000m, quatre ans plus tard à Amsterdam, en s’imposant devant Ritola en battant même le record du monde de la distance... Mais à Paris, Paavo Nurmi est incontestablement la grande star de l’athlétisme mondial. 5 médailles d’or ! Le Miroir des Sports écrira : “Paavo dépasse les limites humaines!”. Il faudra attendre l’avènement de l’américain Carl Lewis en 1984, pour égaler la performance du Finlandais.

Nurmi était fasciné par l’effort depuis le sacre d’un autre finlandais aux Jeux de Stockholm en 1912, Hannes Kolehmainen, en or sur 5000, 10 000m et en cross. Né à Turku en 1897, une petite cité portuaire du Sud-Ouest de la Finlande, Paavo Nurmi avait dû entrer dans une usine de filature à la mort de son père ébéniste, à l’âge de 15 ans, pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais les exploits de Kolehmainen enthousiasment tous les finlandais. Nurmi, précurseur de nouvelles méthodes d’entrainement, se met à courir trois fois par jour, suit un régime végétarien strict et enchaîne des temps de folie partout où il s’inscrit. En 1919, militaire, il fait une marche de 15 km avec fusil et sac à dos en moins d’une heure ! Ses supérieurs le voient arriver en courant avec 30 minutes d’avance sur ses camarades...

22 records du monde

Nurmi n’oublie malgré tout pas les études. Après son régiment, il entre à l’école industrielle d’Helsinki, d’où il ressortira trois ans plus tard, avec un diplôme d’ingénieur en mathématiques. Ses premiers titres olympiques à Anvers en 1920, confirment qu’il est à l’apogée de sa brillante carrière lorsqu’il débarque aux Jeux de Paris. Nurmi va cumuler pas moins de 22 records du monde en demi-fond et en fond en près de quinze ans de suprématie. 9 titres olympiques et 3 médailles d’argent. Le “Flying finnish” fera aussi le tour des Etats-Unis, auréolé de ses performances comme meilleur coureur de fond du monde.

Il sera malheureusement suspendu à vie, juste avant les JO de Los Angeles en 1932, accusé d’avoir enfreint les sacro-saintes lois de l’amateurisme... Alors qu’il est devenu chef d’entreprise, la Finlande lui rendra un immense hommage en 1952, lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Helsinki, où il sera le dernier porteur de la flamme, au cœur d’une foule en adoration pour son héros national, comme Kolehmainen, Ritola, Salminen, Viren... Décédé d’une crise cardiaque le 2 octobre 1973 à l’âge de 76 ans, il fut élu au Temple de la Renommée de la fédération internationale d’athlétisme en 2012.

Alain Vernon