Le siège de l'IAAF
. | REUTERS - ERIC GAILLARD

Scandale du dopage: le destin de la Russie en trois scénarios

Publié le , modifié le

A Monaco, à 18h, le Conseil extraordinaire de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) se réunit pour statuer sur les possibles sanctions appliquées à la Russie, suite au scandale de dopage et de pots-de-vin. En début de soirée, les athlètes russes sauront s'ils sont suspendus de toutes compétitions, comme le préconise l'Agence mondiale antidopage (AMA), ou si les sanctions sont plus contrastées. Mais il semble évident que sanctions il y aura. Voici les trois scénarios de la fin de journée.

Premier choix: aucune sanction

La possibilité existe mais elle est infime. Face aux révélations de la Commission indépendante de l'AMA, le Conseil de l'IAAF (composé de 27 membres) aura bien du mal à ne pas sanctionner. Surtout que les pots-de-vin détaillés dans ce rapport ont, semble-t-il, inondé l'instance internationale sous la présidence de Lamine Diack, désormais mis en examen par la justice française. Pour Sebastian Coe, qui ne va pas faire le voyage à Monaco et ne participera au vote qu'en cas d'égalité, sanctionner sera un moyen de montrer sa volonté de faire sortir son sport d'une impasse, lui qui a été élu en août dernier à la présidence de la Fédération avec notamment la promesse d'une "tolérance zéro" envers le dopage.. Et à un an des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, les membres de l'IAAF ne peuvent pas montrer la moindre faiblesse. Et ce ne sont pas les engagements de la Fédération russe et du pouvoir politique tout entier, surtout ces dernières 48h, qui devraient attendrir les membres du comité exécutif.

Deuxième choix: une suspension générale

L'AMA a demandé que les athlètes russes soient tous interdits de compétitions durant une période qui inclut les JO de Rio (5-21 août 2016). L'IAAF a la possibilité de suivre ce conseil, sans en porter l'entière responsabilité. La décision aurait l'avantage d'envoyer un signal extrêmement fort aux Russes, mais aussi à la planète entière. Car le scandale concerne aussi des athlètes kenyans et les autorités de ce pays. Et nul n'ignore que le dopage n'a pas de frontière. Si la suspension est d'un an, l'athlétisme russe fera une croix sur les Jeux Olympiques de Rio l'été prochain. La déflagration serait énorme pour une nation majeure de l'athlétisme en particulier et du sport en général, et renverrait trente-et-un ans plus tôt avec le boycott de l'URSS des JO de 1984 à Los Angeles. Cela signifierait que Rio se ferait alors sans le champion du monde 2015 du 110m haies Shubenkov, le vice-champion du monde du 400m haies Kudryavtsev, ou la championne du monde de la hauteur Kuchina ainsi que la médaillée de bronze Chicherova, championne olympique en titre... Mais même avec une sanction plus légère de quelques mois, les athlètes russes seraient handicapés dans leur préparation pour l'événement olympique, en étant privés de toute épreuve, notamment face aux concurrents étrangers. L'IAAF pourrait également suspendre tous les athlètes, avec des clauses de levée de suspension en fonction des engagements et de l'application de nouvelles règles en Russie. La sanction pourrait ainsi être levée totalement ou partiellement dans les mois qui viennent C'est pour cela que le pays multiplie depuis 48h des annonces montrant sa bonne volonté, en se déclarant prête à créer une nouvelle agence antidopage, à nommer une personne étrangère à la tête de son laboratoire en charge des contrôles alors que son ancien responsable a "été démissionné", à faire toute la lumière et à punir tous les coupables...

Troisième choix: une suspension individuelle

Beaucoup de voix se sont fait entendre ces derniers jours pour appeler à des sanctions plus ciblées. Sergey Bubka, ancien athlète de l'URSS qui a vécu le boycott de 1984, a ainsi déclaré: "Tous ceux qui sont impliqués, officiels, managers ou entraîneurs, doivent  payer le prix. Mais les athlètes normaux, ceux qui n'ont rien à voir avec  l'affaire, ne doivent pas manquer une seule compétition". Sa voix est importante car l'Ukrainien est vice-président de l'IAAF. Le légendaire entraîneur russe de saut en hauteur, Evgueni Zagoroulko, a rappelé pour sa part: "Beaucoup d'athlètes n'ont pas eu la chance de participer aux jeux  Olympiques en 1980 et 1984 (deux éditions des JO marquées par les boycotts de  plusieurs pays, ndlr). Les raisons de leur absence étaient différentes mais le  résultat restait le même: le monde du sport a subi une grave perte". Mais comment l'instance pourrait faire le tri entre les athlètes dopés et les autres ? Tout le problème est là. En détruisant plus de 1400 échantillons, le directeur du laboratoire de Moscou laisse derrière lui une nation d'athlètes sous le coup de la suspicion généralisée. En couvrant les cas positifs, en incitant ses athlètes à verser des pots-de-vin à l'IAAF pour éviter d'être sanctionnés malgré un contrôle positif, la Fédération russe a placé ses athlètes propres dans le même panier que les autres. Et dans ce panier de crabes, cela semble bien difficile de faire le tri.