Pistorius plaide non coupable

Pistorius plaide non coupable

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Principal point attendu lors de la première journée du procès d'Oscar Pistorius, la défense a décidé de plaider "non coupable". A Pretoria, les défenseurs de l'athlète poursuivent donc sur leur lancée, puisqu'ils ont toujours affirmé que le champion paralympique de sprint avait cru qu'un cambrioleur s'était indroduit chez lui, raison pour laquelle il avait tiré à travers la porte de sa salle de bain. Sa petite amie, Reeva Steenkamp, avait trouvé la mort derrière cette porte, touchée par quatre balles de 9mm. Le procès a débuté ce matin, et doit durer trois semaines. Le premier témoignage demandé par l'accusation a été terrible pour la thèse défendue par la défense de la "méprise". Récit de la première journée d'audience.

Le suspense n'a pas duré longtemps. Débuté avec plus d'une demi-heure de retard, le procès d'Oscar Pistorius a rapidement répondu à une question. C'est la juge Thokozile Masipa qui a posé la question: "Comprenez-vous les chefs d'accusation ?" Oscar Pistorius a répondu: "Je comprends Madame." Et la juge a repris: "Que plaidez-vous ?" Il a répondu: "Non coupable." L'athlète a donc, sans surprise, maintenu sa version des faits qu'il a pu développer une nouvelle fois, niant "dans les termes les plus forts" les accusations de meurtre, par l'intermédiaire de son avocat. "Je pensais qu'un intrus faisait courir un danger imminent à Reeva et moi", a-t-il scandé. "J'ai approché de la salle de bain avec mon arme pour défendre Reeva et moi. Je croyais que Reeva était encore dans le lit."

Barry Roux, l'avocat de Pistorius, s'est lancé dans un nouveau récit des faits, ajoutant que l'accusation ne "s'appuie sur aucun fait objectif", qu'il n'y a "aucune preuve évidente des allégations" de meurtre, et que la scène de crime avait été contaminée par la police, déjà mise en cause lors des comparutions précédentes de Pistorius, au moment où sa libération sous caution avait été jugée. Mais il a reconnu que son client possédait bien des armes pour lesquelles il n'avait pas de permis. A l'opposé, le procureur Gerrie Nel a réaffirmé que les preuves existaient de la culpabilité de l'accusé, et de la préméditation de l'acte. "Il y avait seulement deux personnes dans la maison, pas de voisin. L'accusation est basée sur des preuves circonstancielles", a-t-il déclaré.

A la suite de ces deux déclarations, l'audience des témoins a commencé avec Michelle Burger, une voisine d'Oscar Pistorius, qui s'exprimait en afrikaner et était donc assistée d'une interprète. Pour la première fois du procès, les caméras ont cessé de filmer, tout en continuant d'enregistrer les micros, et donc les propos. "Elle a appelé à l'aide. Trois fois elle a hurlé pour appeler à l'aide", a-t-elle raconté, ce qui l'avait réveillée, elle et son mari, peu après 3h du matin. Et elle a continué, affirmant avoir entendu les quatre coups de feu: "Il y a une longue pause entre le 1er et le 2e tir". Un témoignage accablant, alors que la défense de Pistorius a toujours prétendu que les voisins, distants de plus de 100m, ne pouvaient rien entendre. Et les cris entendus viennent battre en brèche la position de la défense, qui plaide pour un accident et pour la méprise. C'est sur ce témoignage que la séance a été suspendue, pour le déjeuner.

Le premier témoignage d'une voisine

Au retour, l'avocat de Pistorius a procédé au contre-interrogatoire. Cherchant visiblement à déstabiliser le témoin, il a longuement  questionnée Mme Burger pour savoir si les cris qu'elle avait entendus coïncidaient avec  les coups de feu. Elle dit avoir entendu un dernier cri "faiblissant", après le  dernier coup. "Vous n'êtes pas sûre et maintenant ce que vous êtes en train de faire,  c'est que vous adaptez, vous spéculez, vous essayer de combler les vides (...)  et je vais montrer que votre déposition contredit ce que vous dîtes à la cour",  a asséné l'avocat. Mme Burger a expliqué que les événements de cette soirée avaient été  "extrêmement traumatisants" pour elle. "La peur dans la voix de cette femme est difficile à décrire à la cour.  (...) J'ai entendu la terreur dans la voix de cette femme", a-t-elle insisté. "J'étais persuadée qu'il y avait une attaque dans la maison par des  cambrioleurs, il n'y avait pas de doute dans mon esprit à cause de la peur dans  cette voix de femme (...) ces cris, ces hurlements, étaient pétrifiants",  a-t-elle dit. "On ne crie comme ça que quand votre vie est menacée", a ajouté le témoin.

Et elle a rejeté la possibilité d'avoir confondu le bruit des détonations du pistolet avec les coups que Pistorius dit avoir porté avec une batte de cricket contre la porte de la salle de bain pour l'ouvrir. "Je sais à quoi ressemble un coup de feu", a-t-elle affirmé. Visiblement peu à l'aise avec ses notes et ce témoignage, Barry Roux a demandé une suspension de séance. Et la première journée du procès s'est finie ainsi.

Vidéo: premier jour de procès pour Pistorius

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze