Oscar Pistorius va connaître sa peine

Oscar Pistorius va connaître sa peine

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Oscar Pistorius, reconnu coupable par la justice de l'homicide involontaire de sa petite amie en 2013, doit être fixé aujourd'hui sur sa peine, à l'issue d'un interminable procès de près de huit mois suivi passionnément par l'Afrique du Sud et le monde.

Le procureur a requis dix ans de prison ferme contre le champion  d'athlétisme de 27 ans. La défense, mettant en avant son handicap - il est  amputé des deux jambes, demande une peine d'arrêts domiciliaires assortie d'un  travail d'intérêt général. Des dizaines de journalistes seront présents, et plusieurs chaînes de  télévision sud-africaines retransmettront en direct, comme elles l'ont fait  depuis le premier jour, ce qui pourrait être le dernier épisode de ce procès  hors-norme. Pour décider, la juge Thokozile Masipa aura étudié les arguments des deux  parties, exposés durant la dernière semaine d'audience du 13 au 17 octobre. Selon le parquet, il serait immoral que Pistorius échappe à la prison, alors qu'il a tué Reeva Steenkamp de quatre balles tirées à travers une porte de toilettes, fut-ce en la prenant pour un cambrioleur.

La défense va sur tous les terrains

Pour la famille de la victime, le sportif doit aussi "payer pour ce qu'il a  fait", comme l'a demandé une cousine de Reeva, à l'issue d'un émouvant témoignage à la barre. La défense allègue que Pistorius n'a pas voulu tuer, qu'il a déjà été puni  par l'épreuve morale qu'il a subie depuis le drame, par sa ruine financière et  par la fin de sa carrière sportive. L'avocat Barry Roux a en outre tenté de démontrer qu'une prison sud-africaine ne serait pas un lieu adapté pour  accueillir un homme amputé des deux jambes, et que son incarcération risquerait de tourner au calvaire. Une radio privée sud-africaine croyait cependant savoir, lundi matin,  qu'une cellule du quartier sécurisé de la prison de Pretoria était déjà prête à  accueillir Pistorius en cas de peine de réclusion criminelle.

Le verdict rendu par la juge Masipa avait été vivement critiqué. Beaucoup,  à commencer par le procureur Gerrie Nel, n'ont pas compris qu'elle n'ait même  pas retenu l'intention de tuer, alors que Pistorius a tiré à hauteur d'homme,  avec des munitions de guerre, dans la porte d'un petit cabinet de toilettes. La magistrate a finalement rendu un verdict d'homicide involontaire "par  négligence", la même qualification qui s'applique à un chauffard ivre qui tue  des piétons sur la route. "L'accusé a tiré en sachant que quelqu'un se trouvait là", derrière cette  porte, a martelé une dernière fois le procureur vendredi en conclusion de son  réquisitoire : "Reeva a eu une mort horrible (...) La punition doit refléter le caractère sacré de la vie humaine." 

Pistorius "brisé mais bien vivant"

Quelle que soit la sentence, le jeune champion paralympique qui courait sur  des prothèses de carbone est tombé à jamais de son piédestal. Jadis idole  sportive et modèle de courage pour avoir réussi, malgré son handicap, à participer aux jeux Olympiques de Londres-2012 avec les valides, il est  aujourd'hui un homme brisé, a plaidé son avocat. "Brisé, mais bien vivant", contrairement à sa victime, a rétorqué  l'inflexible procureur Nel. Les juristes sud-africains s'attendent à ce que la défense ou l'accusation  fassent appel, si la sentence est jugée trop dure, ou au contraire trop  laxiste. Ce qui relancerait le feuilleton Pistorius pour plusieurs mois.

AFP