Kenenisa Bekela à l'entraînement
Après avoir tout gagné sur piste, Kenenisa Bekele s'essaie désormais à la route. Sans avoir fait d'adieux définitifs au 5 000 et 10 000m... | CARL DE SOUZA / AFP

Marathon de Chicago : Bekele prend une leçon

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Le triple champion olympique Kenenisa Bekele a terminé seulement quatrième du marathon de Chicago, dans un temps de 2h05'51. L'Ethiopien de 32 ans, a craqué au 30e kilomètre. L'heure est désormais à la remise en questions pour ce multiple champion olympique.

Bekele a échoué au pied du podium ce dimanche, pour le deuxième marathon de sa carrière. Il termine à 1'40 d'Eliud Kipchoge, vainqueur en 2h04'11". Une performance jugée décevante pour les spécialistes du marathon, qui attendaient mieux du coureur éthiopien, fraîchement débarqué sur les courses hors-stade. Il faut dire que l'athlète de 32 ans avait  impressionné le monde de l'athlétisme en avril dernier, quand il avait remporté le marathon de Paris, pour ce qui était alors sa première tentative sur la distance. Kenenisa Bekele s'était même emparé du record de l'épreuve, en s'imposant en 2h05'04". 

Le recordman du monde du 5 000 et du 10 000 mètres, est donc arrivé en favori à Chicago, avec la ferme intention de battre son record personnel, voire lorgner sur le tout récent record du monde, détenu depuis quelques semaines par Dennis Kimetto en 2h02'56. "Je veux réussir un bon chrono, sinon, il faudra peut-être penser à faire autre chose", avouait-il d'ailleurs avant la course. Finalement, Bekele n'est pas parvenu à suivre le rythme de ses principaux adversaires. Dans des conditions de course assez fraîches (12°C), il a lâché prise dès le 30e kilomètre, incapable de répondre aux attaques de ses rivaux. Pourtant à l'arrivée, le triple champion olympique a bien franchi la ligne devant Kipchoge. Mais c'est juste parce que ce dernier se permettait un tour d'honneur histoire de fêter sa victoire, tout en étant "coursé" par la sécurité.

Un entraînement à revoir 

"Il faut que j'analyse mon programme d'entraînement, je manque encore d'expérience", a-t-il avancé pendant la conférence d'après-course. La performance en soi est loin d'être ridicule pour un deuxième marathon. Mais elle n'est pas digne d'un Bekele qu'on a vu dominer pendant de longues années le demi-fond mondial. La principale raison de cet échec peut se trouver du côté de l'entraînement du champion africain. Pour son premier marathon, à Paris, l'Ethiopien, qui a marqué l'histoire de l'athlétisme, courait entre 180 et 200 kilomètres par semaine. Mais là-bas, il avait été victime de crampes durant les huit derniers kilomètres, ce qui aurait pu lui coûter sa victoire. Pour préparer Chicago, son entraînement hebdomadaire oscillait plus entre 160 et 180 kilomètres, avec l'intention de garder plus de fraîcheur dans le final. Cette différence de taille dans la préparation s'est vue dimanche, où celui qui est considéré comme l'un des plus grands demi-fondeurs de l'histoire a tout simplement craqué. "Il va falloir que je change mes méthodes d'entraînement", a-t-il reconnu après l'arrivée. Autre raison de cette déconvenue : le décalage horaire. "J'ai peut-être eu du mal avec  le long vol pour venir jusqu'ici. Je n'ai pas bien dormi ces derniers jours." 

2015 : sur piste ou sur route ?

Reste que, parmi les athlètes qui passent du demi-fond au marathon, Kenenisa Bekele réalise des débuts plutôt bons.  Meilleurs même que ceux d'Haile Gebresselassie, ex-recordman du monde de la distance, qui n'avait pas couru sous les 2h06' pour ses deux premiers marathons. On peut également citer Paul Tergat, lui aussi ancien porteur du record, qui avait réalisé 2h08'. Alors, si le passage de la piste à la route s'avère plus compliqué que prévu, le champion éthiopien est loin d'être ridicule sur la distance. Un autre athlète est dans le même cas, il s'agit de Mo Farah, double champion olympique. Ce dernier a en effet terminé huitième du marathon de Londres, en 2h08'21". Trois mois plus tard, à Zurich cet été, il devenait double champion d'Europe du 5 000 et du 10 000m.  Les Jeux de Rio sont dans deux ans, et arrivent plus vite qu'il n'y paraît. Les Mondiaux 2015, à Pékin, approchent eux-aussi à grands pas. A l'heure actuelle, on ne sait toujours pas si Bekele se relancera sur la piste, lui qui sort de quatre saisons gâchées par les blessures. Mais si c'est le cas, il retrouverait ses adversaires habituels (Tadese, Farah...), sur des distances qu'il connaît par coeur. Pour l'entraînement, les automatismes risquent de revenir plus vite que pour le marathon, et le duel avec Mo Farah n'en serait que plus alléchant. Entre deux grands demi-fondeurs, qui s'essaient actuellement au marathon.  

Mathilde L'Azou