Oscar Pistorius
Oscar Pistorius au tribunal de Pretoria | DANIEL BORN / POOL / AFP

L'heure du verdict pour Pistorius

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Après six mois de procès, le champion sud-africain Oscar Pistorius va être fixé dans les heures ou les prochains jours. Accusé d'avoir tué sa petite amie le jour de la Saint-Valentin 2013, l'athlète amputé des deux jambes va écouter très attentivement la juge Thokozile Masipa, chargée de lui lire un récapitulatif des charges et des faits qui luis sont reprochés. Une fois le verdict prononcé, d'ici maximumum trois jours, la peine de prision éventuelle sera prononcée dans environ un mois, à l'issue d'une nouvelle audience lors de laquelle la défense pourra plaider des circonstances atténuantes.

Oscar Pistorius est accusé d'avoir tué le 14 février 2013 sa compagne Reeva Steenkamp. Le mannequin de 29 ans a été retrouvée morte après avoir été touchée par plusieurs balles. Le seul témoin et seul survivant est le compagnon de la jeune femme. Pistorius explique ainsi avoir commis une "erreur", en pensant qu'un cambrioleur s'était introduit à son domicile et tirant sur la porte fermée de ses WC, sans voir sa victime. L'accusation réfute cette version des faits.

Star des Jeux Olympiques de Londres de 2012, Pistorius avait couru avec des  valides, une performance couronnant des années de bataille juridique pour faire homologuer ses prothèses en carbone qui donna un rayonnement à tout le handisport. Le meurtre a brisé sa carrière mais n'a pas mis fin à l'intérêt des médias  du monde entier qui devraient se bousculer à l'audience à partir de 09h30  (07h30 GMT) dans une effervescence qui n'aura d'égal que l'austérité des heures  qui suivront.

"La juge va lire les charges, normalement en commençant par les charges  mineures, puis récapituler tous les faits. C'est pour cela que cela va prendre  du temps", explique à l'AFP Me Audrey Berndt, avocate française au barreau de  Johannesburg. "Ce n'est pas comme dans les films américains où le jury remet un petit  papier au juge. Ici, il n'y a pas de jurés, c'est la juge avec ses deux  assesseurs qui décident, et ils ne peuvent pas juste donner leur opinion,  j'aime ou j'aime pas Pistorius, ils doivent expliquer comment ils sont arrivés  à leur décision", dit-elle.

Pristorius risque la perpétuité

La lecture du jugement s'annonce d'autant plus minutieuse que la juge  Masipa, depuis le début du procès le 3 mars, s'applique à ne rien laisser au  hasard, et à laisser le moins de marge de manoeuvre possible à la défense pour  se pourvoir en appel. Indirectement, elle travaille à redresser l'image de la justice  sud-africaine qui peine à se montrer aussi exemplaire envers la majorité des  justiciables, dans un pays où les plus pauvres n'hésitent pas à se faire  directement vengeance en groupe contre les auteurs de délits, lynchant pour un  vol de portable ou un viol d'enfant.

Contrairement à l'ex-footballeur américain OJ Simpson, acquitté de  l'assassinat de sa femme en 2005, Pistorius a peu de chance d'être totalement  innocenté. "Cela me paraît difficile, estime l'avocat David Dadic. Cela créerait un  précédent terrible si une personne peut être acquittée pour un tel  comportement." "Le fait que Pistorius ait tiré et tué quelqu'un n'est pas en doute",  souligne aussi Me Berndt. Ce que la justice doit prouver, au-delà du doute raisonnable, c'est  l'intention qu'avait Pistorius au moment de tirer. "C'est là-dessus qu'ils vont  décider s'il est coupable de meurtre, ou d'homicide involontaire",  ajoute-t-elle. Lui-même a répété à la barre : "Je n'ai pas eu le temps de penser. J'ai  entendu du bruit, j'ai pensé que quelqu'un était venu m'attaquer, donc j'ai  tiré."

Une version improbable selon l'accusation qui s'appuie sur le témoignage de  voisins réveillés par des cris mais qui n'ont rien vu. Le parquet souligne aussi que Pistorius a tiré quatre fois. L'arme était  chargée de balles expansives. Il ne s'en séparait jamais et la plaçait sous son  lit pour dormir, à l'image de sa mère décédée qui dormait avec un pistolet sous  l'oreiller. L'accusation avance aussi que le jeune homme de 27 ans se disputait  souvent, même en compétition, et avait tendance à se comporter comme si tout  lui était permis, notamment avec les armes à feu. Deux infractions à la loi sur  le port d'armes ont été jointes au dossier. Passible de la perpétuité (25 ans incompressible) s'il est jugé coupable de  meurtre, Pistorius pourrait obtenir une peine plus légère voire rester en  liberté sous caution en attendant d'avoir épuisé tous les recours.

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