Renaud Lavillenie 082011
Renaud Lavillenie. | THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Lavillenie: "J'ai vraiment été déçu et dégoûté"

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En marge du meeting inaugural de la halle Stéphane Diagana à Lyon, le perchiste Renaud Lavillenie, sacré champion olympique à Londres, s'est dit fier d'avoir donner des émotions, mais "déçu et dégoûté" des commentaires qui ont suivi son changement d'entraîneur.

Q: Quelle est la différence majeure dans votre vie depuis votre titre olympique ?
R: "Avant je touchais un public essentiellement athlétique, maintenant c'est un public lambda. Je me suis retrouvé à avoir trois fois plus de personnes à me solliciter qui n'avaient jamais regardé d'athlétisme et qui me suivent maintenant. Les Jeux, c'est une envergure planétaire... on ne peut plus passer inconnu. Je ne le regrette pas parce que c'est une certaine fierté. Se dire qu'il y a plein de personnes qui ont vibré en vous regardant, ce n'est pas donné à tout le monde. L'émotion, au final, c'est ce qui revient à chaque fois."

Q: Vous vous êtes aussi retrouvé au coeur d'une mini-tempête en changeant de coach...
R: "J'ai vraiment été déçu et dégoûté de voir que les gens qui n'y connaissaient rien, qui n'avaient aucune connaissance de la relation et des vraies raisons, puissent porter des jugements. Je me suis même fait insulter sur ma page fan, c'est ahurissant. Qu'est-ce qu'il y a de plus normal que de vouloir changer pour casser la routine ? Ca m'a surpris de me faire insulter par des gens qui, un mois avant, me portaient plus haut que tout. Mais plus je serai amené à être populaire et plus ce sera comme ça. Et maintenant je suis champion olympique et si je ne gagne pas toutes mes compétitions, c'est fini quoi ! C'est ça qui est malheureux."

Q: Les JO vous ont fait changer de catégorie en termes de revenus ?
R: "J'ai fait une montée progressive, ce n'est pas en 2012 que j'ai gagné plus. Depuis 2009, ça a évolué que ce soit le sponsoring ou les meetings. Je n'ai pas multiplié par cinq d'un coup. Je suis dans une très bonne dimension et je n'ai vraiment pas à me plaindre. Par rapport à des primes d'engagement, je pense que j'ai pris 30% en plus, ce qui est vraiment pas mal. Et puis mon contrat équipementier est évolutif et il a grossi dans le même ordre d'idée".

Q: Vous vous entraînez désormais en groupe, est-ce important pour vous ?

R: "Travailler en groupe (avec Philippe d'Encausse, son nouvel entraîneur) était une des motivations pour lesquelles j'ai changé. Tout est un peu articulé autour de moi, et lors des séances de pieds, de perche, mes partenaires sont là. C'est quelque chose que Damien (Inocencio, son ancien entraîneur) ne pouvait pas me proposer. Ca permet d'échanger, de rigoler un peu, d'avoir un retour sur plusieurs athlètes. Avant, j'avais ma façon d'évoluer, j'étais concentré sur mon objectif mais sur ma préparation je sentais un manque. Ca pouvait marcher à court terme, mais pas tout le temps."

Q: Sur quoi portent les axes de travail que vous vous êtes fixé ?
Q: "Développer et entretenir mes qualités de pied, tout ce qui est élasticité, rebond pour que j'arrive encore plus vite. Et l'autre axe, c'est dans le domaine technique avec la partie liaison +course-présenter-impulsion+, le moment où je plante la perche. Optimiser et rendre plus fiable cette partie-là. Parce que quand on arrive à 6 m, on a moins de choix et c'est forcément plus difficile".

Q: Est-ce dur de s'y remettre après tant d'effervescence ?
R: "Non, parce que je ne fais pas ce sport pour être bon mais parce que j'aime ça. Et au final ça fait une différence énorme. Ce n'est pas parce que j'ai réussi à gagner des super-concours, que le statut a changé, que je vais perdre l'envie d'aller au sautoir. Quand j'ai une perche en mains, je suis le premier heureux et je ne suis pas prêt de la quitter. Et puis il y a toujours des objectifs, et un laps de temps - ma carrière - avec l'idée de la rendre la plus riche possible".

AFP