OScar pistorius tribunal 2013
Oscar Pistorius devant le tribunal de Pretoria | AFP

De la testostérone et des seringues chez Pistorius

Publié le , modifié le

Au second jour de l'audience d'Oscar Pistorius devant le tribunal de Pretoria (Afrique du Sud), l'accusation et la défense ont bataillé sur les interprétations entourant la découverte d'une arme détenue sans permis, de la testostérone et des seringues au domicile de l'athlète handisport accusé du meurtre de sa fiancée. Les zones d'ombre perdurent sur le déroulé de la fameuse nuit.

 

Les choses se compliquent pour Oscar Pistorius. Au deuxième jour de son audience devant le tribunal de Pretoria (Afrique du Sud), le parquet, avec l'aide des enquêteurs, a une fois de plus mis à mal la thèse de l'accident. Pistorius clame avoir pris sa fiancée pour un cambrioleur caché dans la salle de bain. Une dispute, plusieurs tirs et de la testostérone ont été révélés devant le tribunal de Pretoria.

Un témoin a entendu des cris et des coups de feu

Accusé du meurtre de sa fiancée Reeva Steenkamp jeudi dernier, l'athlète handisport a dû faire face, mercredi, à un faisceau de preuves accablantes. Divers témoignages ont ainsi rapporté une dispute bruyante du couple quelques heures avant le drame. Un témoin aurait également entendu un coup de feu suivi d'un cri de femme, puis de nouveaux tirs, le tout dans un appartement allumé.

Le procureur Gerrie Nel a également ajouté que Reeva Steenkamp était habillée lorsque son corps a été découvert par la police, contredisant les propos de Pistorius qui disaient que les deux amoureux étaient endormis et qu'il avait ensuite tiré dans le noir pour les protéger.

Appelé à témoigner, Hilton Botha en charge de l'enquête a également expliqué que la police avait découvert des cartouches pour une arme dont Pistorius n'a pas de permis (calibre .38). La défense a tenté de faire prévaloir que les balles – différentes de celle de l'arme trouvée le soir du meurtre – appartenaient au père de l'athlète. Des fioles contenant de la testostérone ainsi que des seringues ont été retrouvés dans la chambre de l'accusé.

Touchée de trois balles

L'enquêteur en chef a annoncé qu'il était établi que la batte découverte sur place avait bien servi à défoncer la porte de la salle de bain. La victime a reçu trois balles : à la tête (au-dessus de l'oreille droite), au bras (coude cassé) et à la hanche. Selon les premières expertises, une cartouche a été trouvée à l'extérieur de la salle de bain, trois à l'intérieur.

"Quand vous ouvrez la porte, le siège des toilettes se trouve à votre gauche. Il faut donc se tourner un peu et tirer en angle pour toucher les toilettes", a souligné Botha qui pense "que (Pistorius) savait qu'elle était dans la salle de bain et qu'il a tiré quatre fois et qu'il l'a tuée". L'arme du crime et des téléphones ont été saisies sur place. La police a tenté d'expliquer qu'aucun des appareils n'avait été utilisé pour prévenir la police ou les secours, la défense avançant que l'hôpital privé le plus proche avait pourtant été appelé dès 3h20. L'enquêteur qui a présenté un plan détaillé des lieux pour soutenir sa thèse a néanmoins été mis à mal par la défense.

Un tempérament volcanique

L'avocat de la défense, Barry Roux, a contesté toutes les accusations. A commencer par les témoins de la dispute : un qui se serait trouvé à près de 600m du lieu du crime et l'autre qui aurait entendu huit coups de feu (au lieu de quatre). Concernant les fioles retrouvées, Roux a évoqué des remèdes à base de plantes qui ne sont pas proscrites par le règlement antidopage. Le champion paralympique du 400m se serait équipé d'une arme après une première tentative de cambriolage. Un événement pour lequel il n'a déposé aucune plainte, a indiqué l'enquêteur. Quant à la présence de sa fiancée dans la salle de bain, Pistorius avait expliqué qu'elle s'était levée en pleine nuit pour aller aux toilettes. L'avocat de la défense a indiqué que la vessie de Steenkamp était vide. L'un des rares éléments plaidant en faveur de la thèse avancée par Pistorius qui a toujours expliqué avoir cru à la présence d'un cambrioleur dans la salle de bain. Par ailleurs, selon les experts, le corps du mannequin ne présentait aucune trace de coups, offensifs ou défensifs.

En revanche, diverses preuves des attitudes parfois violentes du sportif ont été portées au dossier : ses menaces envers l'ex-footballeur Mark Batchelor auquel il aurait menacé de casser les jambes ou encore une altercation sur un champ de course avec un inconnu qui aurait porté plainte contre l'athlète sans l'intervention d'un de ses amis. Roux a néanmoins réussi à faire avouer à l'enquêteur que la thèse de Pistorius pouvait en partie se tenir, même si certains faits restent obscurs, comme la présence du tireur dans la salle de bain.

L'audience a été suspendue jusqu'à jeudi 11h. Le tribunal doit désormais étudier la demande de libération sous caution. Le procureur Gerrie Nel veut inculper Oscar Pistorius de meurtre avec préméditation, ce qui pourrait lui valoir la prison à vie, et refuse la libération, évoquant des risques forts de fuite à l'étranger.