Coronavirus : Vanessa Boslak, ancienne perchiste de l'équipe de France, kinésithérapeute en unité "Covid"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Matisse Bourdelle
Vanessa Boslak lors des JO de Rio en 2016
Vanessa Boslak lors des JO de Rio en 2016 | JEAN MARIE HERVIO / DPPI Media / DPPI via AFP

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Championne française de saut à la perche à la retraite, Vanessa Boslak évolue désormais au cœur de la lutte contre le Covid-19. Dans sa clinique des Hauts-de-Seine, la kinésithérapeute soulage les patients en détresse respiratoire et aide ceux qui se réveillent à retrouver leur mobilité.

"Quand je rentre chez moi, je suis explosée." 17 fois championne de France, Vanessa Boslak a quitté les perchoirs et les stades d'athlétisme pour le milieu hospitalier après les Jeux olympiques de Rio en 2016. Deux mondes, deux combats où l'ancienne athlète s'épanouit malgré les difficultés. Son passé de championne n'est pas derrière elle, il l'accompagne tous les jours. "Même si ça n'a strictement rien à voir et que la situation est gravissime, mon sport m'a aidée." Face au stress, Boslak gère. "Je ne suis pas insensible mais j'arrive à encaisser." 

Depuis quelques semaines la vice-championne du monde en salle (Istanbul, 2012) voit arriver tous les jours dans sa clinique des Hauts-de-Seine des patients atteints du Covid-19. "En réail y a des gens qui n’ont pas d’antécédents médicaux, alerte la Nordiste. Certains ont tendance à penser que seules les personnes âgées avec du diabète, du surpoids ou de l'hypertension artérielle sont touchées. Ça dépend vraiment du système immunitaire. Tant que vous ne l'avez pas eu, vous ne savez pas comment votre corps va réagir." 

Des interventions au plus proche des malades

Actuellement, 16 patients occupent des lits en réanimation sur les 25 disponibles. Alors forcément le nombre de missions de la kinésithérapeute augmente : "Quand ils se réveillent ils ont une sorte de tétraparésie, leurs muscles sont engourdis, détaille Vanessa Boslak. On les aide à remobiliser les membres. On fait aussi de la kiné respiratoire car les muscles qui permettent l'oxygénation sont sidérés au début. Avec des exercices, on les aide à les réutiliser correctement. On fait du cas par cas. Des médecins nous demandent aussi de faire des tests qui consistent à faire cracher les patients dans des petits pots qui partent ensuite en laboratoires pour analyses." 

Une profonde colère 

Pour se protéger au mieux, les kinésithérapeutes ont besoin de masques bien sûr, mais aussi de combinaisons intégrales et de tabliers lorsqu'ils font bouger les patients. Du matériel qui comme partout ailleurs se fait rare. "C’est très compliqué, on n'en a pas beaucoup voire quasiment pas, déplore-t-elle. Au début, c’était vraiment de la débrouille pour en récupérer soi-même. J’ai une amie qui a un ami tatoueur. Il m'a filé des masques." Depuis, l’établissement leur a fourni une boîte de 50 masques FFP2 mais à "cinq kinés, ça part vite." Pour que la protection soit efficace, il faut les changer deux fois par jour. Résultat : Vanessa Boslak a développé des symptômes : "Tout le monde en a eu. Alors après est-ce que c’était le coronavirus ? On ne sait pas car on n’a pas été dépisté. Moi j’ai eu des mots de tête il y a un mois, mais peut-être que c’est juste une migraine."

Kinésithérapeute en milieu hospitalier, Vanessa Boslak vient en aide aux patients atteints du coronavirus.
Kinésithérapeute en milieu hospitalier, Vanessa Boslak vient en aide aux patients atteints du coronavirus. © JULIEN CROSNIER / DPPI Media / DPPI via AFP

Selon la perchiste, ces manques de moyens matériaux et humains révélés aujourd'hui au grand jour ont été dénoncés depuis des années avec comme seule réponse : "des coups de matraques et des bombes lacrymogènes." Le constat établi, Vanessa Boslak aurait aimé évoluer dans un système de santé similaire à celui de nos voisins allemands : "Quand vous regardez leurs moyens, on ne joue pas dans le même tableau. On est passé de 7 000 à 12 000 lits de réanimations mais eux en sont à 28 000." 

Quand il n'y a pas de matériel, je n'ai pas de honte à mettre un sac poubelle !

Pas de quoi pour autant saper le moral de la Nordiste : "C'est notre job, on commence à s'habituer au virus. On a peut-être moins cette peur et on fait tout pour se protéger. Je n'ai pas de honte à mettre un sac poubelle."  

Pour supporter ce sentiment d'abandon et cette période difficile, la Nordiste peut compter sur un mental solide. "Certains craquent plus facilement que d'autres, moi j'avoue avoir une certaine force par rapport à ça." Cette capacité à faire front pourrait venir de ses années passées sur les sautoirs : "On aborde peut-être les choses différemment car on a été habitué à de gros stress, confirme-t-elle. Mais les infirmières, les aides soignantes, les agents d'entretien n'ont pas fait de haut-niveau et arrivent à gérer la situation." Les héros de notre quotidien qui mériteraient tous des médailles.

Matisse Bourdelle