Mondiaux d'athlétisme : "C'est du grand n'importe quoi", réagit Yohann Diniz aux épreuves menacées d'annulation à cause de la chaleur

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Dorangeon
Yohann Diniz

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La Fédération internationale a émis ce lundi l'hypothèse de voir les épreuves du 50km marche et du marathon féminin annulées en raison d'une chaleur excessive à Doha. Le champion du monde en titre du 50 km marche, Yohann Diniz, pointe du doigt la réflexion trop tardive de l'organisation : "C'est bien de se réveiller trois jours avant".

Vous venez d'apprendre l'information selon laquelle des épreuves de fond, dont la vôtre le 50km marche, pourraient être annulées à Doha. Quelle est votre réaction ?
Yohann Diniz
: "Déjà en organisant les Championnats du monde à Doha, on savait très bien qu'il n'allait pas faire 20 degrés. On sait qu'il fait très chaud à cette période là de l'année. Ce n'est pas nouveau. C'est bien de se réveiller trois jours avant les Championnats. Donc c'est un peu du grand n'importe quoi. Après, oui c'est bien, on veut protéger les athlètes et leur intégrité physique. Mais il fallait peut-être y penser avant, et pas trois jours avant."

Vous remettez en cause donc la désignation de Doha comme organisateur de ces Mondiaux ? 
YD 
: "Ça a été fait, donc il fallait prendre ça en compte. On savait qu'il allait faire chaud. Donc, est-ce que la date était bonne ou pas ? Il fallait y réfléchir avant. Ça peut être une bonne décision de ne pas mettre en danger les athlètes. Mais c'est nous prendre en otage sur des épreuves où on se prépare pendant des mois à être prêt pour une compétition qui a lieu tous les deux ans. Tu as des enfants, une famille. Tu fais tout en fonction des Mondiaux pour te préparer comme il fallait, tu pars en stage. Et trois jours avant, on te dit 'Tu ne vas peut-être pas participer, tu le sauras une heure avant'. Sans compter les questions que cela pose : est-ce dangereux ou non si tu prends le départ, est-ce que tu risques d’hypothéquer tes chances pour les Jeux Olympiques de Tokyo... Ce sont des choses qui auraient du être réfléchies en amont."

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Si on se projette avec une annulation, annoncée quelques heures avant, de l'épreuve, comment vont réagir les athlètes, et vous-même ?
YD 
: "Ils seront dégoûtés. Il y aura une part d'incompréhension, mais aussi une décision intelligente de la part de l'organisation. C'est un peu le cul entre deux chaises. S'il fait beaucoup trop chaud, pour évacuer la transpiration, ça va être difficile. Les conditions peuvent être hard, de là c'est une bonne décision. Mais mettre les Mondiaux à cette date, à Doha... Après je disais à ma Fédération qu'il y a des pistes et un stade climatisé. Pourquoi ne pas faire le 50 km là dedans ?"

C'est de l'amateurisme ? 
YD 
: "Je ne sais pas mais ce sont des épreuves longues. On savait qu'elles allaient être touchées parce qu'avec de telles conditions, c'est dangereux. L'année prochaine à Tokyo, ça sera la même chose. On avance les horaires de départ pour les JO. On passe d'un départ de 7h30 à 5h30 du matin. Ça fait deux années de suite qu'il fait très chaud à Tokyo en août. Il va falloir encore avancer l'heure peut-être avec les Test Events qui ont lieu récemment, dont le triathlon où il y a eu des malaises. Ce sont des choses sur le calendrier qui sont incompréhensibles."

Pour Doha, les épreuves menacées sont programmées tard le soir, à 23h30...
YD 
: "(Il coupe) A cette heure là, il n'y a plus que "33-34 degrés" mais il y a un ressenti à 43-44 degrés. On est dans un four. Forcément, l'intégrité physique peut en prendre un coup. C'est dommage de se bouger maintenant."

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Dans le cas où la compétition est maintenue, et qu'il y a 45 degrés de ressenti. Prendrez-vous le risque de faire l'épreuve ?
YD 
: "Maintenant, je suis en train de me poser la question. Je savais qu'il y avait ces conditions, je me suis préparé pour. Mais je ne suis pas allé sur place. Si les grands penseurs commencent à penser que ça peut être dangereux, c'est que ça doit l'être. Il doit y avoir des conditions extrêmes. J'ai déjà connu des conditions dures à Osaka quand j'ai été vice-champion du monde, ou aux Jeux de Rio en 2016 où j'avais eu un problème physique."

Avec cette annonce tardive, quelles solutions sont possibles selon vous ?
YD 
: "Mis à part faire l'épreuve sur une piste dans un stade climatisé... L'autre option, c'est si les athlètes en sont capables, ils peuvent redescendre sur 20km. Si l'organisation annule le 50km, il devrait y avoir la possibilité de redescendre sur une distance plus courte. Même si ce ne seront pas les mêmes athlètes qui seront sur le devant de la scène, car ce n'est pas la même préparation. Moi clairement, j'avais mis ma préparation uniquement sur le 50km. Je ne ferai pas de performance sur le 20km."

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