Ça s'est passé un 25 mai 1935 : Jesse Owens s'offrait 6 records du monde en 45 minutes lors des championnats universitaires américains

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jules Boscherini
Jesse Owens

Si Jesse Owens est resté dans les mémoires grâce à ses quatre médailles d'or glanées lors des Jeux Olympiques de Berlin en 1936, l'Américain est aussi devenu un demi-dieu du panthéon sportif grâce à cette journée du 25 mai 1935. Sur les pistes du Ferry Field d'Ann Arbor dans le Michigan, Owens réalisera la performance de sa vie en battant toutes les neuf minutes en moyenne un record du monde lors des championnats universitaires US. Une journée qui restera dans la légende.

Un an avant les Jeux Olympiques de Berlin, Jesse Owens participe avec son université de l’Ohio aux Jeux universitaires américains, communément appelés championnats de la "Big 10 Conference". Ce jour là, le 25 mai 1935, le jeune Owens, 21 ans, ne le sait pas encore mais il va réaliser ce qui est peut-être le plus grand exploit de l’histoire du sport. En moins d'une heure (45 minutes pour être précis), Jesse Owens va exploser tous les records ! Pas moins de cinq records du monde tombent sous les pas du natif d’Oakville qui aurait même pu en faire tomber un 6e.

Une blessure qui aurait pu tout gâcher

Si Jesse Owens sort de ces championnats couvert de gloire, l'histoire n'aurait bien pu ne jamais s'écrire. La faute à une blessure survenue 5 jours avant le début de la compétition. Owens tombe dans les escaliers de son dortoir et sa venue dans le Michigan est alors fortement remis en cause. L’athlète souffre de douleurs intenses au dos et a même besoin d’aide pour s’habiller.

Le site officiel des Jeux Olympique rapporte que selon les comptes rendus de l’époque : "La star du sprint doit être aidée pour entrer et sortir de la voiture dans laquelle certains membres de l’équipe rallient Ann Arbor. Une fois sur place, Owens peut à peine se plier pour toucher ses genoux. Il se plonge même durant une demi-heure dans un bain bouillant, ultime tentative pour dénouer ses membres." Son entraîneur prend toutefois la décision de le laisser participer aux championnats à la seule et unique condition de lui faire part de son état après chaque épreuve.

Premiers records dont une performance qui tiendra un quart de siècle

La décision du coach est surprenante mais portera ses fruits. À 15h15, Jesse s’avance tant bien que mal sur la ligne de départ du 100 yards (91,44 mètres) et déclarera qu’au moment de s’accroupir, il a senti que la douleur "disparaissait, comme par miracle". Le départ est donné et rien ne pourra stopper Owens qui passe en tête aux 30 yards grâce à une foulée fluide et régulière. Il franchira la ligne d’arrivée avec un chrono de 9,4 secondes égalant dès sa première course le record du monde de la discipline. Jesse Owens aurait même pu améliorer ce record puisque la majorité des chronomètres officiels ont en réalité enregistré un temps de 9,3 secondes. Pourtant les informations de Sport Illustrated révèlent que "les règles de l’époque stipulent que chaque coureur doit être crédité de son chrono le plus lent".

Porté par ce premier record égalé, Owens se dirige dix minutes plus tard, à 15 heures 25, vers la piste du saut en longueur. Engagé dans les autres courses, le garçon de l’Alabama sait qu’il n’aura le temps d’effectuer qu’un seul saut... Bien décidé à mettre toute son énergie dans celui-ci, il s’élance et devient le premier homme à franchir la barre des 8 mètres ! Un saut extraordinaire à 8,13 mètres qui fait voler en éclat le précédent record du monde de 15 centimètres, établi par le Japonais Chūhei Nanbu à 7,98 mètres. La légende raconte que, peu avant l’épreuve, Jesse Owens est allé placer un morceau de papier sous un caillou à hauteur du record de Nanbu. Ce record tiendra jusqu’en 1960, soit 25 ans de règne pour l’Américain détrôné par Ralph Boston, juste avant les Jeux de Rome en 1960, avec un bond à 8,21 mètres.

2 courses pour 4 nouveaux records

Bien que blessé avant le début de ces championnats, Jesse Owens semble dans la forme de sa vie. Moins de 10 minutes après son précédent record, le héros du jour se présente à 15 heures 34 sur la ligne de départ du 220 yards (201,17 mètres). Emporté par sa foulée fluide, il subjugue les spectateurs et termine avec une telle avance sur ses adversaires qu’on rapportera qu’il semble avoir couru tout seul. C’est un nouveau triomphe pour Owens qui se paye deux nouveaux records du monde pour le prix d’une seule course (ndlr : à l’époque les temps du 220 yards sont également pris en compte pour le 200 mètres). Un temps de 20,3 secondes qui lui permet de balayer le précédent record de trois dixièmes.

À 16 heures, Jesse Owens est au sommet de son art et clôture sa folle journée avec deux nouveaux records grâce à une performance dantesque sur le 220 yards haies. Alors qu’il n’est pas spécialiste des haies, Owens s’offre une nouvelle fois la gloire en expédiant l’épreuve avec un chrono de 22,6 secondes. Avec pas moins de 5 mètres d’avance sur son adversaire, il entre un peu plus dans la légende de son sport en devenant le premier homme à passer en dessous de la barre des 23 secondes. C'est un nouveau coup d'éclat de la part de celui qui détient à présent, le record du monde du saut en longueur, du 220 yards, du 200 mètres, du 220 yards haies et du 200 mètres haies. À peine la compétition achevée, les douleurs dorsales de Jesse Owens referont alors leur apparition.

L’histoire est en marche

Cette performance à Ann Arbor restera gravée dans les mémoires mais Jesse Owens ne s'arrêtera pas là. Quelques semaines avant les jeux Olympiques de Berlin, Owens battra un nouveau record et s’offrira la meilleure performance mondiale sur 100 mètres en 10,2 secondes, détenue depuis 1930 par le Canadien Percy Williams. Il est alors prêt à relever le défi qui l’anime depuis longtemps déjà : remporter trois médailles d'or aux Jeux Olympiques. Le reste appartient à l’histoire. Jesse Owens se présentera au Stade Olympique de Berlin et décrochera sous les yeux d’Adolf Hitler quatre médailles d’or en sept jours. Un record qui ne sera égalé qu’en 1984, par un certain Carl Lewis.

Jules Boscherini @julesboscherini