Ca s'est passé le 31 juillet 1994 : Sergueï Bubka signe son dernier record du monde en plein air de la perche

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Sergueï Bubka
Sergueï Bubka | ERIC FEFERBERG / AFP FILES / AFP

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La carrière de Serguei Bubka est bardée de trophées et récompenses en tout genre. Le perchiste ukrainien est une des plus grandes figures du sport, à grands coups de records mondiaux à la pelle. Le 31 juillet 1994, il signe sa dernière marque historique en passant 6,14m en plein air, lors d'un meeting à Sestrières. Une barre qui tient toujours 26 ans plus tard. Retour sur ce moment qui reste dans les annales de l'athlétisme.

Un tartan au milieu des pistes. A Sestrières, on vient surtout skier. Mais aussi une fois par an pour y voir de l'athlétisme dans les années 90. La station italienne se vante de tenir le meeting le plus haut du monde, à 2035 mètres d'altitude. La réunion de Sestrières, c'est un cadre bucolique, des conditions idéales pour la performance… et une Ferrari flambant neuve pour l'athlète qui battrait un record du monde. C'est la raison d'être du rendez-vous du Piémont, qui a pour objectif de mettre en lumière ses infrastructures alpines par des performances à graver dans l'histoire. C'est ce que compte bien faire Serguei Bubka en 1994.

Le perchiste ukrainien est une des plus grandes stars de son temps, une icône qui dépasse le cadre purement sportif. Mais Bubka n'est alors plus tout à fait le même champion glouton que par le passé. A 30 ans, l'Ukrainien reste "le Tsar" de la perche, celui qui a réussi 6,15m en salle à peine un an plus tôt, une marque que l'on croit alors intouchable. Mais il ne collectionne plus les records du monde sur le même rythme que par le passé. Il est même devenu humain, deux ans plus tôt à Barcelone, lors des Jeux Olympiques. Alors qu'il devait écraser la concurrence, Bubka bute deux fois à 5,70m puis son tout pour le tout à 5,75m se transforme en zéro pointé. Avant de se rendre à Sestrières, il ne fait pas mieux que 5,70m à Saint-Petersbourg, lors des Goodwill Games, dont il est une des vedettes, en plein rapprochement entre les Etats-Unis et l'ancien bloc de l'Est.

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On le croyait sur le déclin

Sestrières doit être l'occasion d'une revanche pour Bubka, avec les conditions si particulières du meeting comme meilleur allié. Mais la météo à une telle altitude joue souvent des tours aux ambitions des organisateurs. Ce même 31 juillet, l'Américain Mike Powell, détenteur du record du monde du saut à la longueur, égale sa marque mythique établie en finale des Mondiaux de Tokyo de 1991. Mais son envol à 8,95m est gonflé par des rafales très largement favorables (+3,90m) et ne peut être homologué. En 1995, le sauteur cubain Ivan Pedroso atterrit à 8,99m, battant de quatre centimètres le record de Powell. Mais cette fois, un juge placé sans le vouloir juste devant l'instrument de mesure du vent empêchera ce bond de passer à la postérité.

Pas en pleine confiance, Bubka connaît un début de concours compliqué. Sa première tentative à 5,80m est un échec. Sa course si caractéristique de vitesse ne lui donne pas l'impulsion nécessaire pour passer la première barre. "Les conditions étaient parfaites, avec un excellent sautoir et un vent pratiquement nul, mais j'ai eu du mal à me mettre en action, avoue-t-il alors aux journalistes sur place. J'ai dû prendre une perche plus dure et résistante après mon premier échec à 5,80m." Ce changement de matériel, comme seul Bubka pouvait alors se permettre par ses capacités physiques et techniques, va tout bouleverser. 

Un centimètre pour 300 chevaux

L'Ukrainien passe sur une stratégie agressive et se réserve directement pour 5,90m. Cette fois, la barre ne tremble pas. Il est assuré de la victoire dans le concours, alors comme souvent, Bubka demande la hauteur du record du monde. Mais plutôt que d'assommer la concurrence et l'histoire avec un saut tonitruant, le perchiste préfère grappiller centimètre par centimètre. Sa précédente marque établie à Tokyo deux ans auparavant trône à 6,13m. Ce sera donc 6,14m pour cette fois. 

Il s'élance et ressemble pour une fois à un pantin désarticulé par l'effort au moment de franchir l'obstacle. Mais son corps est confortablement à la hauteur requise. Le public explose de joie. Bubka, en habitué, reste mesuré. Il vient pourtant de signer son 35e record du monde (le 17e en plein air), l'ultime de sa carrière, à 30 ans. "Je n'ai pas l'impression d'avoir réussi un saut parfait à 6,14 m, surtout sur le plan technique, explique-t-il. Je sautais mieux en 1991, par exemple. Si je retrouve les mêmes sensations, je devrais passer 6,20 ou 6,30m !"

Bubka repart avec un nouveau trophée pour ses étagères et une Ferrari 348 de 300 chevaux à mettre dans son garage. Pour ce qui est des records, il n'atteindra jamais les hauteurs qu'il espérait, même si de nombreux observateurs restent persuadés qu'il en avait les capacités. Il peut toutefois se consoler en se disant que malgré les générations, le dernier record du monde établi dans sa carrière tient toujours, malgré une génération de perchistes, menée par Renaud Lavillenie, prête à le déloger. Armand Duplantis sera sans doute le suivant à s'y attaquer.

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